Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001

Quelles perspectives pour les militants du PCF ?

Mis en ligne le 22 septembre 2001 Convergences Politique

Les échéances du prochain congrès -fixées pour la fin du mois d’octobre- sont désormais assez proches. Le PCF va mal et son avenir -du moins à l’aune des sondages électoraux- semble bien compromis. Cette question taraude sans doute bien des militants. Mais que leur propose Robert Hue ?

Le « nouveau communisme » selon Robert Hue…

Dans les cartons de la direction, il y a toujours le projet de changer le mode de fonctionnement et les interventions du PCF en l’ouvrant davantage à tous ceux qui ne sont pas communistes. Ce projet est à l’évidence dans la continuité de ce qui a déjà été entrepris en renouvelant récemment la direction du parti. C’est surtout la continuation et l’accentuation de toute une évolution qui a vu les liens du PCF avec la classe ouvrière se distendre progressivement, et ses cellules d’entreprises disparaître plus sûrement encore. Pour mener quelle politique ?

La question de savoir ce que devrait être le projet d’un « nouveau communisme » est des plus embrouillée. Selon Robert Hue, ce serait un véritable défi : comment ne pas être prisonnier de ce qu’il est possible ou non de réaliser en participant à un gouvernement dominé par le Parti Socialiste, sans pour autant s’enfermer dans un discours strictement protestataire, en étant présent là où se prennent les décisions afin de les infléchir chaque fois que c’est possible ? La mutation a beau être engagée depuis plusieurs années, la voie reste en effet toujours aussi incertaine pour un parti qui ne serait ni social-démocrate ni d’extrême gauche, alors que la référence à l’URSS a bel et bien disparu.

En réalité, la direction du PCF semble avoir la préoccupation de répondre avant tout à ceux qui seraient tentés par l’extrême gauche, après les derniers résultats électoraux plutôt catastrophiques. Or à la différence de l’extrême gauche, le PCF serait capable, selon Robert Hue, de marcher sur ses deux pieds : être au gouvernement tout en étant capable de relayer et d’impulser les luttes de la classe ouvrière.

… en forme de trompe l’œil

C’est évidemment se payer de mots ! Quelle est donc la mobilisation qui aurait été relayée par les ministres communistes ? Les interventions de Gayssot, qui laissent sur le carreau des centaines de travailleurs d’AOM-Air liberté, auraient-elles contribué à relancer la lutte de ceux-ci ? Sa présence à la tête du ministère des transports a-t-elle servi à autre chose qu’à encourager les directions syndicales à ne pas trop en faire ? On l’a vu notamment à la SNCF quand la direction de la CGT a milité contre la grève des roulants, main dans la main avec le ministre.

A écouter Robert Hue, les ministres communistes auraient contribué à faire adopter des mesures favorables aux travailleurs parce qu’ils sont au gouvernement. Il pense sûrement aux amendements déposés en juin dernier à la loi sur « la modernisation sociale ». Mais il a beau abuser de la méthode Coué, et répéter sur tous les tons que c’est une avancée, on ne voit toujours pas comment elle servira de point d’appui aux travailleurs pour améliorer le rapport de force.

La direction du PCF prétend avoir tiré les leçons du passé et notamment de l’expérience de 1981. Mais le fait d’être au gouvernement n’aide pas non plus les militants du Parti Communiste à intervenir dans les luttes au niveau où cela serait nécessaire. Cela conduit surtout à travestir la réalité et à présenter de manière mensongère la politique menée par le gouvernement Jospin. Lorsque la direction du PCF a prétendu au moment du vote sur la loi Aubry que c’était une « avancée de civilisation » (Maxime Gremetz), et que c’était un point d’appui pour aller plus loin encore dans les négociations, il trompait son monde. C’est au contraire en disant la vérité sur cette loi qu’on aurait aidé à organiser la riposte au niveau où c’était nécessaire, tous ensemble. Au lieu de cela, les travailleurs et les militants se sont retrouvés isolés, entreprise par entreprise, à essayer de limiter les dégâts, et pas davantage.

Alors si demain la mobilisation contre les licenciements prenait une toute autre ampleur au point de gêner le gouvernement, que ferait le PCF ? De quel côté serait-il ? Celui du gouvernement et ses ministres, ou des travailleurs et des chômeurs ? Appellerait-il à faire confiance à la loi, et à ses entraves, ou à développer la lutte ? La réponse ne fait hélas guère de doute.

Quelle alternative ?

Dans le projet communiste de Robert Hue, la seule chose qui semble à peu près claire et précise, c’est que le PCF doit avoir une « posture plus offensive »… pour engranger quelques voix supplémentaires lors des prochaines élections !

C’est donc toujours la même recette et les mêmes limites lorsqu’il prétend être un peu plus offensif. Cela fait des années, des décennies, que Robert Hue, et George Marchais avant lui, et même Maurice Thorez encore avant, nous racontent la même chose. Comme si le score du PCF en 1981 –le double de ce qu’il est actuellement– avait permis de faire bouger les choses à gauche ! Ou celui de 1945, qui était lui-même le double de celui de 1981 !

La direction du PCF conduit ses militants dans une impasse depuis bien longtemps en restant cramponné au Parti Socialiste, et en cultivant l’espoir d’améliorer un peu le rapport de force électoral tout en prenant soin de rester un parti de gauche suffisamment « responsable » aux yeux de la bourgeoisie pour être accepté au gouvernement. Mais cela n’empêche pas Robert Hue de persister dans la même voie : n’a-t-il pas affirmé maintes fois que c’est la seule voie possible, et que toute autre alternative condamnerait ses militants, et le parti lui-même, à l’isolement ?

Les militants du Parti Communiste ne seraient pourtant pas condamnés à l’isolement en menant une politique résolue contre les attaques du patronat et du gouvernement, et en défendant la perspective de lutter tous ensemble pour des revendications vitales comme l’interdiction des licenciements. C’est même cela qui pourrait donner à nouveau du crédit aux idées communistes, en répondant aux préoccupations des travailleurs, et en n’hésitant pas à remettre en cause les profits de la bourgeoisie et son droit de propriété. C’est en tout cas la politique que défend l’extrême gauche. Mais à l’évidence, ce n’est pas celle que souhaite mener Robert Hue, même si cela doit écœurer un peu plus les militants du Parti Communiste attachés à défendre les intérêts du monde du travail.

P.S. Après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, Robert Hue n’a pas seulement tenu à affirmer sa « solidarité envers le peuple américain », ce qui est tout à fait compréhensible. Il a tenu aussi à se montrer solidaire des « dirigeants qu’il s’est donné ». Ce soutien remarqué à l’impérialisme est une nouvelle démonstration qu’en cas de crise, il a choisi de se placer du côté de l’ordre bourgeois. C’est aussi vrai sur le terrain des luttes ouvrières.

Le 20 septembre 2001, Raoul GLABER

Mots-clés :

Imprimer cet article Réagir à cet article