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DOSSIER : SNCF : du monopole d’État au trust multinational

Quelle politique pour les cheminots ?

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Entreprises

L’entreprise de découpage de la SNCF renforce l’isolement. La gestion par activités entraîne certes quelques regroupements. Des « technicentres » neufs ou rénovés, où se fait la maintenance du matériel, sont organisés par régions. Celui de Paris Rive Gauche a connu une grève de dix-sept jours en avril 2009, de Trappes à Ivry-sur-Seine en passant par les ateliers de la Gare d’Austerlitz. Mais, sur un même site, gare ou triage, les contacts se font plus rares entre travailleurs de différents métiers. L’heure est au cloisonnement. La direction a commencé à installer des badgeuses : impossible pour un délégué des sédentaires de se rendre dans le vestiaire des contrôleurs !

Loin d’offrir une réponse à cet isolement, l’intervention syndicale est de plus en plus localisée et spécialisée. Du fait de la direction bien entendu, dont les réorganisations rapetissent le périmètre des délégués. Et comme les règlements relatifs aux horaires ou aux nombreuses (mais bien minables !) primes sont différents dans chaque secteur, comme les réorganisations rajoutent au maquis des problèmes, les revendications locales ou immédiates s’ajoutent aux attaques générales sur les salaires, retraites et effectifs insuffisants. Et force est de reconnaître que les directions syndicales, loin de s’opposer à cette pression localiste, s’y adaptent.

Prenons l’exemple de la Gare de Lyon. Sur un même site, et sans parler des salariés des entreprises sous-traitantes, on compte au moins quatre syndicats CGT. Les conducteurs, les contrôleurs, les sédentaires de la Gare… mais ceux qui vendent des billets pour la banlieue (Transilien) appartiennent désormais au syndicat de Melun, à plus d’une heure de train. Aucun effort n’est fait pour organiser des contacts entre ces différents militants. Et ça peut empirer : les nouveaux EIC auront leur propre CHSCT. Les dirigeants syndicaux parlent déjà non pas de s’opposer à ce nouveau découpage, mais de découper à son tour le syndicat pour s’adapter aux nouvelles réunions proposées par la direction...

Les conséquences sont néfastes : l’information ne circule pas entre les secteurs, les mouvements restent isolés, cantonnés à des revendications catégorielles. Alors que le Fret est ouvert depuis 2006 à la concurrence, bien peu de cheminots d’autres secteurs ont été informés des conséquences concrètes de cette politique. Bien sûr, ils ont été appelés à des journées d’actions isolées ou des rassemblements sans lendemain. Mais rien qui les convainquait que la destruction du Fret – et, surtout, des conditions de travail de ceux qui le font fonctionner –, était le prélude, l’expérimentation d’une politique que la direction tente maintenant de généraliser à tous.

Briser cet isolement au sein même de la SNCF est d’autant plus important que les cheminots ne sont plus les seuls travailleurs du Rail. Le privé intervient déjà dans bien des secteurs. Et le refus compréhensible des cheminots de voir leurs conditions de travail tirées vers le bas par le démantèlement, s’accompagne parfois de réactions d’humeur contre des collègues du privé, comme s’ils étaient les chevaux de Troie contre le prétendu service public ! Une attitude encouragée par des syndicalistes de toute obédience.

Et pourtant ! Les salariés de Véolia, d’EuroCargo Rail ou de Cremonini se sont fait entendre cette année en menant des grèves pour leurs conditions de travail ou leurs salaires. Et à l’intérieur de la SNCF, si les participations aux journées d’action nationales sont plus mitigées depuis la grève de 2007 sur les retraites et le lâchage en beauté de la CGT, des conflits locaux souvent durs se multiplient.

Des réactions aux restructurations sont nombreuses et déterminées. La tâche essentielle des cheminots combatifs serait de les faire converger. C’est le monde du Rail qui, par la grève de novembre-décembre 1995, a rendu célébre la formule « Tous ensemble, ouais ! ». Elle est plus d’actualité que jamais. Partout, mêmes salaires insuffisants, mêmes plans de suppressions d’emploi ou de licenciements. Dans le public ou ce qu’il en reste, comme dans le privé.

Les cheminots, que le patronat n’a pas réussi à atomiser, ne pourraient-ils pas reprendre le flambeau d’une grève qui se généraliserait ? À nouveau mais à plus large échelle qu’en 1995, être les catalyseurs et pivots d’un mouvement d’ensemble ? Les grèves de 1986, de 1995 et, plus récemment de 2007, leur ont laissé des expériences d’assemblées générales, voire de comités de grèves et de coordinations. Lutter, étendre, tenter de généraliser et s’organiser démocratiquement pour contrer les projets patronaux, mais aussi déjouer la politique de directions syndicales qui accompagnent plutôt qu’elles ne combattent les attaques, voilà ce que des cheminots pourraient mettre sur rails.

R.P.

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Numéro 67, janvier-février 2010

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