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DOSSIER : SNCF : du monopole d’État au trust multinational

Privilégiés, les cheminots ?

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Entreprises

À force de campagnes de presse et de déclarations démagogiques, des préjugés contre les cheminots se sont ancrés. Mise au point sur ces idées reçues.

« Les cheminots sont des fonctionnaires » ? (à supposer que les fonctionnaires soient tous des « vernis »). Faux. La confusion vient du fait qu’ils travaillent dans une entreprise encore publique. Mais leur statut est antérieur à la création de la SNCF en 1937. Ils l’ont arraché du temps des Compagnies en 1920, à l’issue d’une grève puissante, où les affrontements avec la police ont été nombreux. Dans cette période d’agitation ouvrière qui suivait la révolution russe et la première guerre mondiale, les barons du rail ont préféré céder sur leurs revendications plutôt que de prendre le risque d’une extension du mouvement. À la clé : l’obtention, seize ans avant 1936, de quelques jours de congés payés, de délégués du personnel et, surtout, la sécurité de l’emploi. Une disposition encore en vigueur mais qui n’a pas empêché les effectifs des cheminots « au statut » de fondre de 500 000 en 1938 à 150 000 aujourd’hui. Par des départs en retraites et des démissions, la SNCF dégraisse en se passant de plan social.

« Les cheminots gagnent 4 000 euros par mois » ? Loin de là. Dans la majorité des métiers SNCF, l’embauche se fait au SMIC. De nombreux cheminots prennent leur retraite alors que leur salaire ne s’élève qu’à 1 500 euros par mois, primes comprises [1]. La direction a longtemps présenté ces salaires de misère comme une contrepartie d’un départ en retraite à 55 ans (50 pour les conducteurs). Mais en 2007, on est passé de ce « régime spécial » au pain sec et à l’eau : les retraites des cheminots sont calquées sur celles des fonctionnaires, ils partent donc plus tard en retraite, avec des pensions sérieusement amputées. La pension moyenne d’un cheminot devrait passer d’environ 1 000 euros par mois à moins de 800 !

« Les cheminots ont des conditions de travail avantageuses » ? À voir. Le travail en 3×8, en horaires décalés est très courant à la SNCF. Les jeunes embauchés ne connaissent leur planning que deux jours à l’avance, les repos ne tombent que rarement le week-end. Autant pour la vie familiale et sociale ! Ces roulements contraignants ont leurs conséquences sur la santé. Et il faudra maintenant tenir ce rythme au moins jusqu’à 60 ans...

Même si ce statut est très loin d’être avantageux, c’est encore trop pour les patrons du secteur. De plus en plus de travailleurs du rail, embauchés par des entreprises privées ou des filiales de la SNCF, ne sont pas « cheminots ». Ils sont maintenant soumis à une convention collective ferroviaire signée en 2008. Exit la sécurité de l’emploi [2]. Et, surtout, les plannings de travail sont bien moins contraignants... pour le patron ! Le gain sur les coûts salariaux par rapport au statut cheminot est estimé entre 25 et 30 % [3]. Un recul notable, d’autant que ces cadences infernales font peser de lourdes menaces sur la sécurité.

Arthur KLEIN


[1Une brochure de Lutte Ouvrière sur « Les grèves d’octobre-novembre 2007 contre la réforme des régimes spéciaux de retraire », précise que « la moitié des cheminots part en retraite avec 1300 euros ».

[2La SNCF elle-même procède à des licenciements dans ses filiales : 550 à Seafrance (ferrys) et 100 chez Novatrans (transport combiné rail/route).

[3Ce chiffre, cité dans le rapport Haenel compare les coûts salariaux de fret SNCF avec une filiale, VFLI. Il indique une tendance même s’il est difficile à vérifier.

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Numéro 67, janvier-février 2010

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