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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017 > Migrants

Migrants

Région lyonnaise

Pour venir en aide aux déboutés du droit d’asile, jouons-la collectif !

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Politique

Lorsque l’assistance sociale et les professeurs du collège Louis Aragon de Villefontaine dans le Nord-Isère ont appris que des élèves allaient bientôt dormir dans la rue, certains ont eu envie de s’organiser.

La situation était de fait révoltante

Les familles qui attendent de savoir si elles vont obtenir le statut de réfugié sont hébergées dans des logements du Cada (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) et scolarisent leurs enfants dans le collège du secteur. Or, lorsque ces familles sont déboutées du droit d’asile, elles ont 30 jours pour quitter le logement qu’elles occupaient depuis parfois plusieurs années. Ces évictions expéditives ne respectent même pas la trêve hivernale ! Et les grosses associations comme Forum réfugiés, France terre d’asile ou Adoma auxquelles l’État sous-traite la gestion de ces centres, deviennent les acteurs de ces évictions. Des hommes, des femmes, parfois âgés, malades, des enfants qui ont fui des pays qui les mettaient en danger se retrouvent du jour au lendemain sans logement, sans aucune ressource, sans droit de travailler ni aucun autre droit !

Très souvent ces familles vont faire des demandes de cartes de séjour et n’ont reçu aucune OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Elles sont donc dans une sorte d’entre-deux, n’ayant pas le droit d’être en France mais n’étant pas obligées d’en partir. Un « trou » juridique laissant des familles entières dans le plus grand dénuement. L’argument des autorités est qu’il faut bien libérer les logements pour d’autres demandeurs d’asile. L’État considère n’avoir aucun devoir envers ces familles, et surtout pas celui de leur garantir l’accès à un hébergement décent, même en plein hiver. Le 115 (service de l’hébergement d’urgence) est de toute façon saturé. À tel point que des agents du 115 se sont mis en grève à Grenoble cet hiver, car ils ne supportaient plus de devoir opposer « des refus à 95 % des appels » !

Comme dans bien d’autres secteurs, l’État, par souci d’économies, préfère laisser des associations ou des particuliers pallier ses carences.

Très vite, les enseignants mobilisés se sont aperçus que d’autres familles rencontraient les mêmes problèmes dans quatre autres établissements proches (à Villefontaine, à L’Isle-d’Abeau, à Bourgoin-Jallieu) et que d’autres profs, parents d’élèves, lycéens, militants syndicaux ou associatifs du secteur souhaitaient aussi réagir. Une vingtaine ont donc décidé de rassembler les différentes initiatives en une seule force. C’est ainsi qu’est né ce qu’ils ont appelé le « collectif ».

Un collectif mobilisateur

Des associations s’occupent déjà d’accompagner les familles dans leurs démarches juridiques et administratives, pour demander le droit d’asile, obtenir un passeport, un récépissé, une carte de séjour, etc. En tant qu’associations humanitaires reconnues et subventionnées, elles préfèrent souvent respecter l’ordre établi et de ne pas faire de vagues pour continuer à travailler en bonne entente avec les acteurs de l’État. L’objectif du collectif devait être ailleurs : comme celui d’autres structures de lutte comme RESF, celui de faire du bruit, de révéler au grand jour ces situations révoltantes et d’établir un rapport de force pour exiger des élus et des décideurs qu’ils fournissent des solutions.

Ils ont structuré leur combat autour de deux revendications : un logement décent pour tous et des papiers pour tous ! Ils ont alors multiplié les actions : des diffusions de tracts sur les marchés pour sensibiliser les habitants et récolter de l’argent pour payer les cartes de séjour, passeports, nuits d’hôtel ; des rendez-vous avec les élus locaux, maires, députés, sous-préfet ; des rassemblements devant des écoles concernées ou des mairies ; un cortège pour la manif du 1er mai ; et même une manifestation qui a réuni une petite centaine de personnes devant la sous-préfecture. Cette dernière a d’ailleurs été « exceptionnellement fermée » pour l’occasion, ce qui n’a pas manqué d’être relevé par la presse locale !

Bien entendu, les officiels passent leur temps à se renvoyer la balle. Les élus locaux disent que tout cela relève de la responsabilité de l’État. Les responsables de l’État répondent qu’il faut aller solliciter les élus locaux et faire appel à la solidarité de la population. De rares élus ont néanmoins accepté de mettre un logement vacant à la disposition d’une famille.

Si chaque commune du secteur accueillait une famille déboutée le temps qu’elle obtienne une carte de séjour, dans un seul de ses nombreux logements vacants, il n’y aurait plus de problème.

Le combat continue

Les mobilisations du collectif et des associations permettent parfois d’obtenir des solutions. Certaines familles obtiennent un logement, une carte de séjour, peuvent chercher du travail, et voient ainsi leur situation s’améliorer, même provisoirement. D’autres reçoivent des OQTF et doivent faire face au risque de se faire reconduire de force à la frontière. Dans tous les cas, le combat continue et il est nécessaire de maintenir le rapport de force. Ces familles vivent ici, les enfants vont à l’école ici, les adultes travaillent ici. Leur vie est ici ! Elles doivent rester ici !

Toutes les actions, toutes les réunions sont en tout cas l’occasion de tisser des liens militants. Des professeurs, des élèves et leurs parents, des syndicalistes, des militants associatifs, des migrants se retrouvent dans un même combat et font ensemble des expériences de lutte. 

20 mai 2017, Nikki PROMAKH

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Numéro 113, juin-juillet-août 2017

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