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Texte soumis par la Fraction au congrès de LO

Pour que la croissance ne soit pas celle de l’exploitation : orientations et objectifs

1er décembre 2000 Politique

Cette année l’embellie économique en France, qui n’a suivi celle des États-Unis qu’avec des années de retard mais précédé de quelques temps tout de même celle d’autres grands pays de l’Union Européenne, s’est maintenue. Que le résultat final soit une hausse de 3 ou 3,5 %, la croissance se sera poursuivie. Parallèlement le nombre d’emplois a continué à croître, 1,5 million d’entre eux ayant été créés paraît-il en deux ans, ramenant officiellement le taux du chômage qui était de 12,6 % en 1997 à 9,5 % en septembre 2000. Tout cela a pour conséquences essentielles des rentrées supplémentaires dans le budget de l’État, la fameuse cagnotte, et surtout une nouvelle augmentation des profits des entreprises.

Certes chacun s’interroge sur la durée de cette reprise bien que personne évidemment ne puisse apporter de réponse. Aux États-Unis où cette croissance dure maintenant depuis huit ans, depuis pratiquement le même laps de temps on essaie de prévoir le moment de l’atterrissage, en douceur ou brutal. De même ici scrute-t-on le moindre indice. La faiblesse de l’euro ou la flambée des cours du brut vont-elles relancer l’inflation ? Le « moral des Français » est-il en train de baisser à nouveau ? Les consommateurs (c’est-à-dire d’abord les classes riches), après s’être livrés à une débauche d’achats, reprendraient-ils cet automne la déplorable manie, très française paraît-il, de songer d’abord à leur épargne ? En fait tout le monde reste bien persuadé que l’économie capitaliste ne peut aller que de boom en récession. Cela ne dit pourtant ni quand ni comment, ni l’importance de la prochaine rechute. Et en attendant toute la bourgeoisie, grande et petite, inquiète ou pas sur le proche avenir, entend bien bénéficier à fond de la période pour accroître encore ses profits et tirer le maximum de l’exploitation du travail.

Car sur ce fond de bonne santé économique l’euphorie ne règne que dans les classes possédantes, ses essentielles bénéficiaires. La majorité des travailleurs ont peu ou pas profité de cette reprise. Les salaires continuent à stagner. Il reste plus de deux millions de chômeurs officiels. Des centaines de milliers de jeunes ou de chômeurs ont pu trouver ou retrouver un emploi, mais pour un nombre presque égal, surtout dans les catégories aux salaires les plus bas, c’est un emploi précaire, intérim, CDD, « jeune » ou à temps partiel. L’intensité du travail s’est accrue pour toutes les catégories, y compris les ouvriers qualifiés, les techniciens ou même des cadres. Même lorsque il y a eu diminution effective du temps de travail, ce qui est très loin d’être le cas de la majorité, les conditions de vie ne se sont guère améliorées, que ce soit à cause de la flexibilité et l’instabilité des horaires, de la dégradation ou de l’insécurité des quartiers populaires ou encore des conditions des transports quotidiens de plus en plus longs ou pénibles.

En fait la reprise a au contraire incité le patronat, obnubilé par la perspective de profits toujours plus importants, à poursuivre et même à accentuer l’offensive commencée pendant la crise (qui en fait n’a jamais été réellement une crise pour le capital). Le projet de refondation sociale du MEDEF ne vise à rien d’autre que de durcir encore l’exploitation, peser sur les salaires et réduire les protections sociales ou légales des salariés. Premier volet de cette refondation sociale, la nouvelle convention chômage que le gouvernement a finalement agréée après trois mois d’hypocrites contorsions, est l’illustration parfaite de cette volonté.

Pour l’instant, la croissance a surtout contribué à mettre encore plus à l’aise le gouvernement, tout comme les patrons, et à lui donner une plus grande marge de manoeuvre. Sans trop de danger pour sa réputation, Jospin a pu ainsi faire une nouvelle démonstration de ce que, en l’absence d’une montée du mouvement ouvrier, on peut attendre de mieux d’une politique de gauche : quelques mesures faussement spectaculaires censées favoriser les travailleurs tout en comblant les voeux des riches, des possédants et des capitalistes. Loi Aubry sur les 35 heures, réduction des impôts, réforme de l’UNEDIC : à chaque fois la recette est la même. Quelques miettes pour une toute petite partie des travailleurs, la miche entière pour les patrons mais après avoir fait mine de refuser d’abord à ceux-ci toute la fournée qu’ils réclamaient à grands cris (sans espérer d’ailleurs vraiment l’avoir mais parce que leur intérêt est de jouer le jeu qui veut que la gauche au gouvernement se heurte à l’hostilité du patronat).

Dans ces conditions, en l’absence d’une réaction d’ensemble des travailleurs, pas dupes mais pour l’instant surtout dégoûtés de la politique et des politiciens, et face à une droite toujours pas remise de la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997 et divisée par les ambitions et les rivalités de personnes, la gauche plurielle peut se consacrer à préparer les prochaines élections, unique objet de ses préoccupations, présidentielles pour Jospin, municipales ou législatives pour tous les autres. Au point que les seules petites difficultés du gouvernement semblent venir des appétits de ses ministres, y compris du premier d’entre eux, ou des partis qui le soutiennent : Aubry et Chevènement abandonnant le navire pour mieux préparer leur avenir personnel ; manoeuvres diverses pour savonner la planche sous les pas de Chirac. Mais en ressortant, grâce à la complaisance du Monde, les affaires de la mairie de Paris dans lesquelles l’actuel président est mouillé jusqu’au cou, le boomerang est revenu sur le PS et, par certains de ses proches comme Strauss-Kahn, Jospin lui-même.

Tous les partis de la coalition gouvernementale, mis à part peut-être le PRG qui n’existe plus que grâce aux injections d’EPO électorale que lui donne régulièrement le PS, s’efforcent chacun dans son propre registre d’affirmer quelque autonomie et trouver quelques critiques à l’encontre du gouvernement, tout en lui apportant fidèlement soutien et votes chaque fois qu’il en est besoin. Certains bouts du PS s’y essaient eux-mêmes, comme la Gauche socialiste, voire Emmanuelli.

Tous se démarquent sur tel ou tel point de détail, pour mieux coller à l’ensemble des mesures gouvernementales. Pour Chevènement et le MDC, c’est la Corse. Pour les Verts, qui semblent quelque peu pollués à leur tour par l’atmosphère des divers assemblées et conseils où ils siègent désormais, c’est l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les législatives. Le plus sérieux dans l’application de cette tactique reste encore son initiateur, le PCF lui-même. Pour lui, en effet, elle ne répond pas seulement à la nécessité de faire pression sur le PS afin que celui-ci lui laisse quelque place au soleil des institutions. Elle correspond aussi au besoin de continuer à faire illusion auprès d’une base populaire, électeurs, adhérents, militants et ex-militants, une base certes bien diminuée mais pas disparue.

L’Humanité hausse le ton et critique, parfois, l’action du gouvernement ; le parti revendique des augmentations de salaires ou des minima sociaux ; pour tenter de justifier sa formule « un pied dans le gouvernement, un pied dans le mouvement populaire », Robert Hue a organisé par-ci par-là une manifestation, toujours dans des conditions telles qu’elle n’ait aucune chance d’être à l’origine ou contribuer au développement d’un mouvement. Quand il l’a fait à propos des licenciements, c’était pour mieux faire passer le vote de la loi Aubry par les députés communistes ; à propos des taxes sur l’essence pour mieux s’attribuer le mérite de la diminution ridicule que le gouvernement s’apprêtait à décréter. L’axe de la politique du PCF demeure de toute façon et coûte que coûte de rester en tous les cas dans le gouvernement. D’avec celui-ci il ne prend ses distances, toujours momentanément et bien prudemment, que pour mieux rameuter ses électeurs et ses militants et mieux leur faire admettre sa solidarité fondamentale avec la gauche plurielle. D’où ses palinodies, la dernière en date (au moment où nous écrivons, car le temps de publier il y en aura probablement d’autres) étant le renoncement à faire adopter par le « sommet de la gauche plurielle » du 7 novembre, tenu à son initiative, la misérable revendication d’une augmentation de 3 % du SMIC au premier janvier 2001. Le chiffre fâchait le PS. Le PCF l’a fait disparaître.

Les mouvements et les grèves n’ont pas manqué depuis un an. Depuis la rentrée de septembre leur nombre a encore augmenté, semble-t-il, même s’ils n’ont affecté la plupart du temps que des petites entreprises ou des secteurs minoritaires des plus grandes. Les travailleurs en lutte se sont montrés parfois prêts à recourir à des mesures extrêmes et illégales comme on ne l’avait plus vu depuis longtemps. Contre les fermetures d’usines et les licenciements, à propos des conditions de vie et de travail menacées par l’application des 35 heures, mais aussi pour l’embauche des travailleurs précaires, ou encore, en particulier ces derniers temps, pour l’augmentation des salaires : ces luttes concernent en fait les principaux aspects de l’aggravation actuelle de l’exploitation et tous les points sur lesquels portent les attaques patronales elles-mêmes.

Mais elles sont restées isolées, dispersées, émiettées, sans liens entre elles même lorsqu’elles avaient la même finalité ou se déroulaient dans la même entreprise. En quelques mois, par exemple, il y aurait eu, d’après les syndicats eux-mêmes, plus d’un millier de mouvements de grève à La Poste, ayant pratiquement tous pour cause initiale l’application de l’accord des 35 heures, certains même ayant un retentissement national, et pourtant tous restés confinés à un centre ou un bureau, au mieux une localité.

De cela, la responsabilité des directions syndicales est écrasante. Certes il n’est au pouvoir d’aucune d’entre elles de déclencher à volonté la grève générale. Mais aucune ne prépare ni ne propose un mouvement d’ensemble, même simplement en perspective. Aucune ne saisit les opportunités qui se présentent pour mener ouvertement et explicitement campagne afin que les objectifs s’unifient et que convergent les luttes. Bien au contraire. Sans parler des fédérations ou confédérations qui ont signé les accords contraires aux intérêts des salariés, même celles qui s’y sont refusées n’en ont pas appelé pour autant à la mobilisation des travailleurs pour mettre en échec ces accords qu’elles dénoncent. Les occasions ne leur ont pourtant pas manqué au cours d’une année où patrons et gouvernement ont recherché encore plus systématiquement que par le passé leur caution pour faire passer les réformes anti-ouvrières. Ainsi toutes les fédérations signataires ou non des accords de branche sur les 35 heures ont toutes sans exception accepté d’encourager la poursuite des négociations à l’échelon local, c’est-à-dire sur le terrain où on savait d’avance que le rapport de force est le moins favorable mais qui avait l’avantage de permettre de circonscrire d’avance les éventuelles flambées de colère des travailleurs. De même FO et la CGT repoussant la réforme de l’UNEDIC et le PARE proposés par le MEDEF, ont fait appel non aux travailleurs et aux chômeurs mais au gouvernement, alors que là aussi tout le monde pouvait savoir d’avance que Jospin et Aubry (ou celle qui devait lui succéder) étaient prêts à se rendre aux raisons du MEDEF pour peu que celui-ci accepte quelques changements purement formels ou tout à fait mineurs à son texte initial.

Dans les trois ans écoulés de gouvernement Jospin, les directions syndicales, mais aussi celles des associations de chômeurs par exemple, ont manifestement eu pour politique, tout en intervenant ici ou là, la plupart du temps sans trop d’ardeur, de ne pas gêner le gouvernement. Cela a été particulièrement sensible face à un patronat qui a le soutien direct ou indirect du gouvernement pour imposer de nouveaux reculs aux travailleurs et à la population pauvre avec la caution des appareils qui disent les représenter. La direction de la CGT elle-même a multiplié les gestes pour apparaître comme direction de négociation plutôt que de confrontation.

Résultat : il n’y a peut-être pas eu moins de grèves et de mouvements de contestation de la politique patronale ou gouvernementale que sous le gouvernement de droite précédent, mais encore plus que sous celui-ci les appareils s’attachent à ce qu’ils restent isolés afin de leur enlever tout caractère de contestation nationale et donc politique, comme ils avaient osé le faire en 95. L’attitude des directions syndicales des milieux hospitaliers ou enseignants a été bien significative en la matière. Les appareils syndicaux ont été présents de diverses façons certes dans les grèves de l’hiver dernier, démarrées par une certaine poussée d’en-bas, mais pour mieux négocier avec Aubry ou avec Lang. Sans que le gouvernement ne concède vraiment quelque chose. C’est certainement un motif de découragement et de désillusion du milieu militant.

Certaines de ces grèves locales ont arraché des concessions, une amélioration des indemnités de licenciement ici, quelques embauches ou quelques postes supplémentaires là, même des augmentations de salaire ces derniers temps. C’est la preuve que la volonté de lutte est loin d’être absente. C’est la preuve qu’une riposte, même sans perspective d’élargissement, est toujours préférable au fait de laisser passer les mauvais coups patronaux sans réagir, et que la première de nos tâches est bien de contribuer à organiser cette riposte même limitée chaque fois que l’opportunité s’en présente (et pour cela renforcer en priorité notre présence dans les entreprises et sur les lieux de travail).

Mais pour s’opposer aux attaques capitalistes, tous azimuts, elles-mêmes maintenant coordonnées sous la direction du MEDEF, à plus forte raison pour prendre à leur tour l’offensive, les salariés ont besoin de coordonner et leurs objectifs et leurs luttes. C’est vrai à l’échelle d’une entreprise. C’est encore plus vrai à l’échelle de toute la classe ouvrière. Ce ne sont pas les seuls travailleurs des entreprises qui licencient qui peuvent imposer l’interdiction des licenciements ; pas les seuls travailleurs des services publics qui peuvent imposer l’affectation des ressources publiques à l’amélioration de ces services et non aux subventions au patronat ; pas les seuls travailleurs précaires qui peuvent imposer la fin de la précarité et l’embauche ; pas les seuls chômeurs qui peuvent faire échec à l’instauration du PARE et a fortiori imposer le partage du travail entre tous ; pas une seule entreprise ni une seule catégorie ni même une seule branche qui peut imposer l’augmentation uniforme des salaires de 1500 F ou 2000 F, qui reste la revendication de certains syndicats malgré une tendance des directions fédérales ou confédérales à remettre en avant des demandes d’augmentation bien inférieures et en pourcentage. Sans parler du contrôle des comptes, publics comme de ceux des entreprises, par les travailleurs et la population, inenvisageable sans une mobilisation réelle et concrète de ces travailleurs et de cette population.

Comme, au plus fort de la montée du chômage, notre organisation avait défendu un plan d’urgence qui avait pour ambition de présenter et unifier les objectifs essentiels et communs au monde du travail, il est nécessaire aujourd’hui d’avancer, populariser et faire campagne pour un programme de relance ou de contre-offensive ouvrière. Un programme qui dans cette période de reprise, alors que les profits s’étalent insolemment mais que les salaires s’amenuisent et que le chômage persiste et la précarité s’accroît, pourrait rassembler sur quelques objectifs communs l’ensemble des salariés et des chômeurs : d’abord, certainement, une augmentation uniforme mais substantielle des salaires et des minima sociaux qui est la revendication de plus en plus pressante aujourd’hui ; mais toujours aussi l’interdiction des licenciements, et l’embauche des précaires et des chômeurs en prenant sur les profits du privé et en réservant les subventions de l’État à l’amélioration des services publics ; et pour garantir cela, le contrôle de la population laborieuse sur les comptes des entreprises et publics.

Bien des travailleurs sont sans doute d’accord avec tout ou partie de ces objectifs. De même il doit être évident pour beaucoup que seul un mouvement d’ensemble pourrait les imposer. En revanche, ce qui n’est pas évident pour la plupart, c’est que ce mouvement d’ensemble soit possible, tant le scepticisme est général et sur les capacités des directions ouvrières qui trahissent ou tergiversent depuis tant d’années et sur les capacités mêmes de la classe ouvrière qui n’a fait que perdre du terrain depuis une ou deux décennies.

Préparer la contre-offensive ouvrière consiste donc à contribuer à remonter cette pente, à repousser ce scepticisme, à redonner l’espoir en les capacités des travailleurs. Certes cet espoir grandira avec une multiplication des luttes et des succès même limités et partiels. C’est bien pourquoi la première de nos tâches est de participer à de telles luttes, à les impulser même, en faisant en sorte que le maximum de travailleurs participent non seulement aux actions mais à leur direction, en poussant à leur extension, en soulignant les relations avec les revendications des autres entreprises, catégories ou secteurs. Mais il grandira aussi si au sein du monde du travail il est de plus en plus patent qu’un courant, de plus en plus large, défend résolument ce programme et cette perspective.

Des occasions vont se présenter, à plusieurs reprises, dans la période qui vient, dans quelques mois avec les élections municipales, dans guère plus d’un an maintenant avec les législatives et présidentielles (ou présidentielles et législatives puisque « un riche débat », nous assurent les médias, remue beaucoup la classe politique pour savoir dans quel ordre il s’agit de procéder). Notre organisation a effectivement là une opportunité de se positionner à nouveau clairement et résolument en adversaire de ce gouvernement et des partis de la gauche plurielle qui le soutiennent, mais aussi de défendre publiquement et largement un programme qui corresponde aux besoins immédiats mais essentiels des travailleurs, ainsi que l’idée que seul le mouvement d’ensemble pourra l’imposer, et pas les bulletins de vote. En se présentant le plus largement possible, c’est même l’occasion de nous associer d’autres travailleurs et militants qui sont prêts à défendre cette plate-forme, sans partager toutes nos idées.

Mais les élections ne peuvent être la seule opportunité de mener campagne sur ces thèmes. Et si par ailleurs la campagne, permanente, menée dans notre presse, nos bulletins d’entreprise et notre hebdomadaire est indispensable pour renforcer l’influence du courant communiste révolutionnaire, elle n’est sans doute pas suffisante pour rassembler autour de celui-ci des travailleurs et des militants, ni communistes ni révolutionnaires peut-être, mais qui peuvent partager nos objectifs immédiats et les promouvoir avec nous.

Non seulement pour pouvoir prendre un jour la tête de la classe ouvrière l’ambition légitime d’un parti trotskyste mais aussi pour contribuer réellement dès maintenant à l’impulsion des luttes, l’organisation révolutionnaire serait-elle beaucoup plus forte que Lutte Ouvrière ne l’est actuellement devra entraîner d’abord pour des objectifs transitoires ou limités bien des gens qui sont loin de partager les idées révolutionnaires, appartiennent à des courants ou des organisations réformistes ou en partagent les illusions, par exemple aujourd’hui des illusions dans le gouvernement Jospin. C’est évidemment ce que nous nous efforçons de faire dans les luttes et même l’agitation et la propagande quotidienne au sein des entreprises.

Ce n’est pas seulement la tâche de chaque militant au sein de son entreprise. C’est aussi au plan général celle de notre organisation par la recherche d’une politique en direction du mouvement ouvrier, ses organisations syndicales et politiques, en particulier le Parti communiste français. La place qui est reconnue aujourd’hui à Lutte Ouvrière par les médias, par la gauche et surtout par beaucoup de travailleurs, ouvre la possibilité de rechercher cette politique. Nous avons eu cette démarche, quand, par exemple à l’automne de l’an dernier, nous avons répondu aux invitations du PCF d’organiser avec lui des manifestations ou encore quand, au printemps, nous lui avons adressé, ainsi qu’à certaines confédérations syndicales et associations de chômeurs, la proposition d’organiser une riposte à l’offensive du MEDEF à propos de l’UNEDIC. Il faut continuer à se saisir de chaque opportunité qui se présentera de proposer à ces organisations et à leurs militants de réagir en commun contre les attaques du patronat ou du gouvernement. Il l’aurait fallu, plus que nous l’avons fait, sur la loi Aubry hier, il le faut maintenant sur les salaires ou l’assurance-chômage, il le faudra certainement sur les retraites demain. Les luttes se déclencheront peut-être sans la participation des grandes organisations syndicales ou politiques, voire contre elles. Mais certainement pas sans une bonne partie des travailleurs qui les suivent ou de leurs militants. Il doit donc être patent pour tous ces travailleurs et tous ces militants que nous sommes prêts à lutter au coude à coude avec eux et avec leurs organisations si celles-ci organisent ces luttes. C’est le pendant indispensable d’une attitude sans aucune concession et de la dénonciation systématique de toute la politique anti-ouvrière du gouvernement, de la gauche plurielle et des organisations syndicales qui lui sont liées.

Dans cette perspective il nous faut rechercher l’alliance des groupes et militants d’extrême gauche, et en particulier la Ligue Communiste Révolutionnaire, et chercher à les entraîner à nos côtés. Nous avons de grosses divergences avec eux, en particulier, mais pas seulement évidemment, à propos du gouvernement et de la gauche plurielle, ce qui est certainement un obstacle à une action commune dans la période actuelle. Mais ces divergences, qui ne sont certainement pas plus grandes aujourd’hui qu’elles étaient à d’autres moments d’activités communes, n’ont pas empêché la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière de faire campagne ensemble pour les élections européennes. Et ces militants restent les plus proches, ceux qui font toujours référence aux idées communistes révolutionnaires, ceux avec qui nous avons les plus fortes chances de poser un jour les fondations d’un plus grand parti communiste révolutionnaire, à moins de n’avoir plus l’espoir que de le fonder seuls, par le développement de notre seule organisation.

Certes l’alliance nouée aux européennes n’a pu être renouvelée à l’occasion des municipales, la volonté de la Ligue Communiste Révolutionnaire de faire voter pour les listes de la gauche plurielle constituant en effet un préalable que nous ne pouvions accepter. Ce n’est pourtant pas une raison pour ne pas continuer à rechercher l’action commune. Sans concession, certes, en particulier à sa fâcheuse tendance à lorgner du côté de cette gauche plurielle, à la flatter ou à la suivre. Mais sans a priori sectaire non plus, ne serait-ce que pour ne pas rater les occasions de faire en commun tout ce qui peut être fait ou alors que les responsabilités soient bien établies, aux yeux des militants de Lutte Ouvrière comme de la Ligue Communiste Révolutionnaire et de tous ceux qui regardent vers l’extrême gauche, lorsque l’action commune n’est pas possible. Et pas seulement à l’occasion des élections, le terrain qui n’est sans doute pas celui où l’unité des révolutionnaires est le plus indispensable.

En revanche sur le terrain de l’activité dans la classe ouvrière et dans les entreprises, sur celui des luttes, il serait important d’entraîner la Ligue Communiste Révolutionnaire et ses militants (comme les autres militants révolutionnaires évidemment). Le texte adopté par la majorité de notre dernier congrès soulignait que l’année passée était, par exception, une année sans élection. Pourtant nous n’avons pas su proposer autre chose à la Ligue Communiste Révolutionnaire qu’une éventuelle campagne commune aux municipales. Alors, même si cette année est à nouveau une année d’élection l’ordinaire de ce pays pourquoi, élections mises à part, ou élections une fois passées, car il est vrai que nos forces sont comptées, n’essaierions-nous pas d’entraîner la Ligue Communiste Révolutionnaire dans une campagne sur des questions essentielles pour les travailleurs, contre le PARE et la réforme de l’UNEDIC, pour les augmentations uniformes de salaire de 1500 F ou 2000 F mensuels, et la nécessité de préparer le mouvement d’ensemble ? Ce sera pour nous, de toute manière, une tâche indispensable, seuls ou pas. Si nous en convainquions la Ligue Communiste Révolutionnaire ce qui a priori n’est pas acquis... mais pas impossible non plus l’extrême gauche aurait un peu plus de force et de crédibilité pour s’adresser aux organisations syndicales, au PCF, aux organisations de chômeurs, et à leurs militants, ces militants avec qui ils nous faut tenter de nouer les contacts et former les réseaux, formels ou informels, qui faciliteront la voie à la contre-offensive et à l’initiative du prolétariat pour reprendre et développer la lutte de classe.

Lutte de Classe n°55 - Décembre 2000

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