Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 68, mars-avril 2010 > DOSSIER : En Europe, comme aux Etats-Unis, les mêmes attaques

DOSSIER : En Europe, comme aux Etats-Unis, les mêmes attaques

Portugal : austérité pour la population, prospérité pour les banques

Mis en ligne le 11 avril 2010 Convergences Monde

Le 25 mars, le gouvernement portugais a confirmé le contenu du PEC, plan d’austérité qui prévoit de nouvelles coupes budgétaires, en le faisant adopter à l’assemblée nationale. Comme en Grèce, en Irlande ou en Espagne, ce plan, recommandé par la Banque Centrale Européenne et discuté lors de la toute récente réunion des seize pays de la zone euro, a pour objectif de réduire le déficit public en faisant payer les classes populaires.

Pour ramener le déficit de 9,3 % à 3 % du PIB en 2013, il est prévu de geler les salaires de la fonction publique, baisser les indemnisations et aides aux chômeurs – dont la moitié ne perçoit déjà aucun revenu à l’heure actuelle. Le budget de la santé subira une coupe de 715 millions d’euros d’ici 2013, les prestations sociales, déjà dérisoires, seront amputées de 0,5 %. Ce sont là les principales mesures annoncées, couplées avec attaque sur les retraites. Il s’agit d’en finir avec les retraites anticipées des fonctionnaires et de repousser pour l’ensemble des travailleurs l’âge de départ de 65 à 67 ans. Une manière de faire baisser le montant des retraites puisque, de fait, 54 % des salariés partent déjà avant l’âge légal et sans la retraite pleine.

La classe ouvrière réagit

Pas étonnant que, depuis le début de l’année, les grèves se multiplient, notamment dans le secteur public – hôpitaux, écoles, transports, aéroports. Mais aussi dans le privé où les périodes de chômage partiel souvent impayé et les fermetures d’entreprises vont bon train. La réaction est donc vive et les travailleurs sont nombreux à participer à des journées de grève et aux manifestations. Et cela malgré le matraquage actuel sur l’endettement de l’État. Celui-ci n’est qu’un nouveau prétexte pour faire accepter à la population des mesures encore plus douloureuses que ce qu’elle subit depuis des années.

Un gouvernement détesté

Car le gouvernement socialiste de José Sócrates n’en est pas à sa première charrette de mesures anti-sociales. Depuis le retour de la gauche au pouvoir en 2005, il les a enchaînées, à l’instar de Sarkozy : remise en cause des conventions collectives, possibilité pour les patrons d’aligner les CDD sans limite, remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Le serrage de vis s’est accentué en 2007. La TVA, impôt qui pèse essentiellement sur les bourses des plus pauvres, est passée de 19 % à 21 %. Pour faire accepter l’austérité, Sócrates s’est lancé dans un discours démagogique contre les privilèges des fonctionnaires. Il a effectué des restructurations drastiques dans la santé publique, réduisant les effectifs et fermant des dispensaires dans les banlieues et les petites villes de province. Dans l’enseignement, l’allongement des horaires des professeurs et leur affectation à toutes sortes de tâches administratives a provoqué un fort mécontentement.

Une succession de grèves depuis 2007

En mai 2007, une journée de grève générale a réuni de nombreux secteurs, dont les hôpitaux, les transports, très mobilisés, mais aussi les travailleurs de l’usine automobile Autoeuropa de Setubal. Le slogan « Toute ma vie en CDD, c’est non » a marqué les esprits, mais aussi beaucoup de slogans anti-gouvernementaux. En octobre 2007 s’était déroulée à Lisbonne la plus grosse manifestation – plus de 200 000 manifestants – depuis la révolution des œillets de 1974. En 2008, les grèves des enseignants ont été les plus importantes jamais vues : au plus fort du mouvement, une manifestation a rassemblé 120 000 professeurs sur 170 000 au total (elles ont fait tomber la ministre de l’éducation et limité la casse, mais les principaux sujets de mécontentement persistent). Puis ce fut au tour du personnel hospitalier. Lors de la grève de la fonction publique du 4 mars 2010 contre l’actuel plan d’austérité, ce secteur, avec les infirmiers en tête, a été massivement en grève (à 90 % selon la CGTP et l’UGT, les deux plus gros syndicats du pays) et cela après avoir fait un mouvement de trois jours, bien suivi, en janvier.

Appauvrissement

Luttes et radicalisation électorale se produisent dans un contexte d’appauvrissement, de peur du chômage et de précarité : Smic toujours à 460 euros, 10 % de chômeurs officiels dont la moitié ne touche rien ; plus de 500 000 travailleurs précaires ayant un statut équivalent à celui « d’auto-entrepreneurs » instauré par Sarkozy, qui ne cotisent ni pour l’assurance maladie ni pour la retraite le plus souvent. Selon des estimations, il y aurait deux millions de travailleurs vivant en dessous du seuil de pauvreté sur une population de onze millions, entre 200 000 et un million ne mangeant pas à leur faim. Beaucoup reprennent le chemin de l’émigration depuis une dizaine d’années, après un répit dans les années 1980 et 1990.

Et gros bénéfices pour les banques

Par contre les banques, Banco Espírito Santo en tête, affichent des bénéfices insolents. Ils ont progressé de 13 % entre 2008 et 2009 et le résultat de la Banque Centrale a même progressé de 24 %. Les banques portugaises, certes bien moins puissantes que les banques américaines, anglaises ou françaises, n’en déploient pas moins un réseau, notamment dans les pays d’Afrique anciennement colonies du Portugal, ou au Brésil. Au moment de la crise des subprimes, elles ont bénéficié d’un renflouement garanti par l’État à hauteur de 20 milliards d’euros, dont 1,3 milliard à fonds perdus pour couvrir les pertes frauduleuses d’une seule banque, la BPN. Le secteur bancaire a aujourd’hui recouvré sa santé, aux dépens du contribuable.

Au vu de cette santé insolente, pour mieux faire accepter les sacrifices à venir, le gouvernement envisage, dans le cadre du PEC, quelques mesures qui égratignent les revenus des riches. L’impôt sur le revenu passerait de 42 à 45 % pour les revenus supérieurs à 150 000 euros et une taxe sur les dividendes boursiers devrait être instaurée. Mais, pour l’essentiel, ce sont les couches populaires qui vont payer la note. Le programme de privatisation des services publics – Poste, Énergie, aéroport, ligne aérienne nationale, etc. – censé rapporter six milliards d’euros, se traduira aussi par une dégradation pour la majorité de la population, tout en étant une aubaine pour les grandes banques et les groupes capitalistes privés.

Pas encore l’union sacrée mais presque…

Le discrédit de l’actuel gouvernement socialiste va donc croissant. Il s’est soldé par un désaveu aux élections européennes et aux législatives de septembre 2009. Le score du PS est descendu à 36 % (contre 45 % aux législatives précédentes) au profit du PC et surtout du Bloc de Gauche (BE), un parti au sein duquel se retrouvent des courants d’extrême gauche, qui a obtenu 10 % des voix mais entretient l’illusion d’un changement par la seule voie électorale. Il dénonce certes les méfaits de la crise et la nécessité des mobilisations sociales. Ses députés ont voté contre le plan d’austérité à l’assemblée. Mais le Bloc de Gauche s’apprête à donner un blanc-seing au futur candidat du PS, Manuel Alegre, un socialiste quelque peu « alternatif » et populiste pressenti pour les présidentielles de 2011.

Pour faire passer le PEC, le gouvernement a bénéficié du soutien discret des partis de droite, rien d’étonnant. Les organisations syndicales, de leur côté, tout en appelant à des journées de grève, n’en tiennent pas moins un tout un discours sur la nécessité d’assainir les finances et de faire des sacrifices. Elles dénoncent plus volontiers les augmentations et primes accordées aux pilotes de lignes ou aux cadres supérieurs (comme récemment lors d’une grève des cheminots), qu’elles ne mettent en avant des revendications offensives pour les travailleurs.

D’un côté la bourgeoisie portugaise et, plus largement, européenne qui, sous prétexte de « stabilité » de la zone euro, impose des restrictions budgétaires drastiques soldées par la compression accrue de la masse salariale, de l’autre des classes populaires qui se sont mobilisées à plusieurs reprises, mais derrière des directions syndicales et politiques qui, comme partout ailleurs en Europe, leur proposent essentiellement, à ce jour… de se résigner à des sacrifices.

Anne HANSEN

Mots-clés : |

Imprimer cet article Réagir à cet article