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DOSSIER : Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de cibles

Plans d’urgence pour Wall Street

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Monde

La campagne d’Obama a été l’une des plus chères de l’histoire américaine, grâce à de puissants soutiens privés [1]. Si ce fait à lui seul n’explique évidemment pas la victoire, il montre au moins que cette élection est aussi le projet d’une partie du plus puissant « big business » du monde : dans les circonstances exceptionnelles de la crise, un homme nouveau est un atout pour les classes dominantes états-uniennes. Les colossaux plans de sauvetage mis sur pied par Obama, bien supérieurs à leurs équivalents européens, montrent qu’elles n’ont pour l’heure qu’à se féliciter de leur choix.

Plus encore que pour la politique étrangère, l’action économique d’Obama s’inscrit dans la continuité de celle de George W. Bush. Dès septembre 2008, les géants de la banque et de l’assurance Fannie & Freddie Mae et AIG bénéficiaient d’une aide de 350 milliards de dollars. Puis les banques touchaient une enveloppe globale de 700 milliards, suivies d’une autre de 800 milliards… Le montant global des aides versées ou promises est aujourd’hui estimé à 8 500 milliards de dollars. Des sommes fantastiques justifiées par le Too big to fail , l’adage « trop gros pour tomber ». Mais la seule certitude est que la population ne verra rien de ces sommes, alors que les banques en profitent pour se racheter entre elles, voire payer les primes et salaires indécents de ceux-là mêmes qui ont provoqué la crise.

Des milliards pour les entreprises…

L’administration Obama a présenté, en plus des plans de sauvetages bancaires, un stimulus plan (plan de relance). Ce New Deal est estimé à 900 milliards de dollars, pour l’essentiel consacré aux entreprises, après prélèvement d’une petite dîme sociale.

Obama prétend que quatre millions d’emplois pourraient être « créés ou sauvés » grâce à son plan. Mieux que rien évidem­ment ; mais dans les deux ans à venir ce sont six millions de personnes qui vont arriver sur le marché du travail qui compte déjà douze millions de chômeurs (chiffre évidemment provisoire). Les quatre millions d’emplois promis seront vite dérisoires.

Le plan de relance promet également 140 milliards pour l’Education, à répartir entre la rénovation et la construction d’écoles et l’augmentation des dépenses pédagogiques. C’est une inversion de la tendance des dernières décennies – de la part d’un président par ailleurs soutien fervent d’une éducation privatisée. Mais les besoins réels sont là encore d’un autre format : selon différentes associations, les fonds nécessaires à une remise en état correcte des écoles se situeraient entre 400 et 500 milliards de dollars. Les 140 milliards ne pourront pas grand-chose contre les licenciements annoncés de nombreux profs ou les fermetures d’écoles, pas plus qu’ils ne rendront l’université accessible à la majorité de la population, dans un pays où les droits d’inscription sont rédhibitoires, même dans les universités publiques.

Le plan prévoit près de 160 milliards pour la Sécurité sociale, dont 87 milliards pour le système Medicaid, qui aide les plus pauvres et les personnes âgées à se procurer une assurance santé (un système lui-même particulièrement mal portant). Pas de quoi soulager le sort des millions de personnes qui en sont exclues (de l’ordre de 10 % de la population), ni rendre les milliards supprimés les dernières années. Restent 70 milliards affectés aux assurances chômage, afin de prolonger de sept mois les allocations, et d’aider les personnes licenciées à garder les assurances santé qui ne seront plus prises en charge par les employeurs. Mais aujourd’hui, seuls 30 % des chômeurs touchent des allocations et le plan Obama ne changera rien à cela : c’est de 80 à 100 milliards supplémentaires qu’il faudrait pour couvrir les chômeurs qui ne le sont pas. Et qu’est-il censé se passer après les sept mois de rallonge ? Le plan n’a quand même pas la prétention de résoudre la crise d’ici là…

Trente milliards sont alloués à l’entretien des autoroutes et des ponts. L’American Society of Civil Engineers (Association américaine de génie civil) estime qu’il en faudrait 50 fois plus pour remettre en état sur cinq ans les infrastructures de base de la première puissance du monde. 80 milliards sont promis en aide d’urgence aux déficits budgétaires des États. Là aussi une inversion de tendance – mais les déficits cumulés s’élèvent à 150 milliards (la Californie à elle seule doit 42 milliards).

Enfin 150 milliards sont prévus sur dix ans pour le développement des « énergies alternatives ». Une aubaine pour les entreprises privées du secteur, même si l’intérêt écologique d’un certain nombre de ces alternatives – parmi lesquels le charbon et le gaz naturel – est plus que douteux, voire nul en ce qui concerne l’émission de gaz à effets de serre.

… quelques miettes pour les travailleurs

Trois cents milliards sont consacrés aux baisses d’impôts. Les travailleurs toucheront une prime spéciale, de l’ordre de 400 dollars par personne, versée par tranches de 20 dollars par semaine sur cinq mois. Les entreprises, elles, auront 50 milliards en baisse d’impôts. 3 000 dollars seront enfin alloués aux employeurs pour chaque emploi créé, indépendamment du salaire versé ou de la durée du contrat.

Le plan de relance permettra probablement d’offrir un soulagement à la fraction des travailleurs concernés, mais sans commune mesure avec ce qui serait nécessaire. Ce n’est évidemment pas faute de moyens, quand le montant total des sommes annoncées approche les 10 000 milliards de dollars…

Mais le choix politique est absolument clair  : il faut sauver le « big business ». Obama a d’ailleurs ouvertement dit les choses le 29 janvier, lorsqu’il s’est lancé dans une critique des grands cadres des banques et leurs bonus indécents en pleine tempête de licenciements. Un peu de morale sur ces rémunérations « honteuses », pour expliquer enfin : « l’heure viendra de faire des profits, et de toucher des dividendes. Mais on n’en est pas encore là » . L’heure présente est celle des secours d’urgence pour stabiliser la situation économique, afin que les capitalistes puissent retrouver au plus vite bonus et superprofits.

C. V.


[1Comme celui de Warren Buffet, première fortune mondiale en mars 2008 et auteur de la phrase « Il y bien une guerre des classes en Amérique, et c’est ma classe qui est en train de gagner » .

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