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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 9, mai-juin 2000 > DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

Parité aux élections, égalité professionnelle : des lois en trompe-l’oeil

Mis en ligne le 1er juin 2000 Convergences Société

La loi définitivement adoptée début mai impose aux formations politiques de présenter des candidats des deux sexes en nombre égal aux élections législatives, sénatoriales, régionales, municipales et européennes. Pour les scrutins de liste cette parité doit être respectée par groupe de 6 candidats (3 hommes et 3 femmes parmi les 6 premiers, idem parmi les 6 suivants, etc…).

Nmtons en passant que, sous de fallacieux prétextes juridiques, le gouvernement a limité le champ d’application de sa loi aux communes de plus de 2500 habitants, excluant ainsi près du tiers de la population. De même, les élections cantonales ne sont pas concernées. Pas question sans doute de bousculer les petits notables provinciaux de tous bords politiques !

La feuille de vigne des partis machistes

Certes cela ne résout nullement le problème de l’inégalité réelle entre les deux sexes dans cette société, mais que la loi impose de faire une place égale aux femmes parmi les candidats aux postes électifs montre au moins que la pression de la revendication pour une égalité entre hommes et femmes se fait plus forte aujourd’hui. Et voir la colère des politiciens réactionnaires ou l’embarras de ceux qui se veulent progressistes, inquiets d’avoir peut-être à céder la place, est même franchement réjouissant.

Mais d’un autre côté, en créant une obligation juridique, le gouvernement jette un voile sur le fonctionnement machiste des grands partis de gouvernement, à commencer par le PS lui-même. Car rien n’empêchait le Parti Socialiste de payer d’exemple en faisant figurer spontanément, sur ses propres listes, un nombre normal de candidates. On est plus crédible lorsqu’on balaye devant sa porte. Ce n’était pas le cas jusqu’ici.

Or, quand elle n’est pas imposée, la proportion de femmes sur une liste électorale est un des critères permettant de juger la nature d’une formation politique. En excluant les femmes de ses listes, ou en leur réservant une place secondaire, un parti trahit ses orientations misogynes. Et c’est un élément d’appréciation pour les électrices et les électeurs. La composition d’une liste reflète en partie ses orientations politiques, mieux parfois que les déclarations officielles.

Les listes des grands partis bourgeois vont donc peut-être s’ouvrir à 50 % de femmes, par obligation. Cela ne changera sans doute pas leur politique, surtout vis-à-vis des femmes travailleuses. D’abord parce que ces femmes qui accepteront de figurer sur leur liste auront fait par là même allégeance à cette politique. Et les exemples de femmes parvenues au poste électif suprême dans le passé, y compris dans des Etats où la condition de la femme est la pire, le Pakistan ou l’Inde par exemple, ont montré que cela ne changeait rien.

Ensuite parce que les partis peuvent multiplier les candidatures de femmes-potiches, contrôlées par l’un ou l’autre courant, simples pions dans les bagarres internes à l’appareil. (Souvenons nous des « juppettes », ces ministres promues dans le gouvernement Juppé pour lui donner une allure moderne… et renvoyées à leur foyer à la première occasion). La loi sur la parité pourrait alors avoir pour effet de dévaloriser les candidatures féminines, marquées du sceau de l’obligatoire.

Le prix d’une candidate

Pour couronner le tout, le gouvernement a cru bon d’assortir la parité d’un système de sanctions financières. Lorsque le déséquilibre entre les sexes excède 2 % dans leurs listes, les partis perdent proportionnellement une fraction du financement public. Tel parti qui le souhaiterait peut donc évacuer les candidatures féminines… en payant (après avoir envisagé le « permis de polluer » négociable, le gouvernement a créé une sorte de « permis de machisme » payant).

Nicole Péry, secrétaire d’état aux droits de femmes, déclarait le 8 décembre dernier dans les colonnes de L’Humanité : « Je ne veux pas que fric et femmes puissent être l’objet d’un débat, ce ne serait pas digne de la part de la représentation nationale ». C’est pourtant ce qui a eu lieu : 1 % de fric en moins pour 2 % de femmes manquantes, tel est le tarif fixé par les parlementaires.

L’égalité professionnelle… à négocier

Un peu plus discrètement, la gauche plurielle s’est également fendue en mars d’une loi sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes.

L’Etat devra assurer la parité au sein des jurys de concours et comités de sélection qui contrôlent l’accès aux emplois publics. Rappelons que les femmes sont majoritaires (57 %) dans la fonction publique mais qu’elles n’y occupent que 13 % des postes à responsabilités dont beaucoup sont pourtant nommés sur décision du pouvoir exécutif. Après deux décennies de gauche au pouvoir, presque continûment, il n’y a par exemple qu’une seule femme PDG d’entreprise publique, une nomination qui relève pourtant du conseil des ministres…

Les entreprises se voient, elles, imposer une « obligation de négocier » sur le sujet. En clair les employeurs privés ne sont donc tenus à aucune obligation de résultat : ils pourront maintenir les discriminations actuelles envers les femmes, à condition de bien vouloir en bavarder annuellement avec les représentants syndicaux (quand il y en a).

Julien FORGEAT


Parité bien ordonnée commence par soi-même

Les différents partis politiques qui, à la quasi-unanimité, ont voté la loi sur la parité, ont toujours renâclé à se l’appliquer à eux mêmes.

Aux législatives de 1997, on ne comptait encore que 23 % de femmes parmi les candidats, un seuil pourtant présenté alors comme un progrès. Le Parti socialiste, qui se faisait fort de féminiser l’assemblée, présenta 28 % de femmes, mais pas aux positions les plus favorables, de sorte qu’elles n’étaient plus que 17 % parmi ses élus. La féminisation de l’hémicycle atteint désormais péniblement 10 %.

Aux régionales de 98, la proportion de femmes parmi les élus était de 35 % pour le PS, 34 % pour les Verts, 27 % au RPR, 26 % au PCF (qui arborait pourtant 43 % de femmes dans ses listes !), 23 % pour l’UDF et 17 % pour le FN. Aux cantonales, ces pieux efforts se sont relâchés et il n’y eut que 8 % d’élues (4 % pour le RPR). Chassez le naturel…

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