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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 102, novembre-décembre 2015

Oil Akbar !

Mis en ligne le 9 décembre 2015 Convergences Monde

On nous parle de guerres de religions, d’obscurantisme qui nous menacent… Le monde d’aujourd’hui ne manque pas de scories moyenâgeuses. Ce sont les outils de coteries au pouvoir ou en quête de pouvoir, qui n’expliquent en rien le chaos au Moyen-Orient. Si la région est à feu et à sang, et au centre de l’actualité mondiale, ce n’est pas la faute au Coran ou à la Bible, série 1 ou 2, mais bien plutôt à un tout autre dieu, plus moderne, le dieu pétrole.

Car derrière ces guerres dans la région, qui nous sont présentées soit comme de simples opérations de maintien de l’ordre, soit comme des interventions destinées à éliminer des dictatures, celle d’un Saddam Hussein, d’un Kadhafi ou d’un Assad (quand leurs chefs sont jugés trop usés ou indociles), soit encore comme des croisades contre le terrorisme, il ne faut pas oublier la toile de fond : l’acharnement des grandes puissances : de la première d’entre elles, les USA, à garder un contrôle sur la région ; et des autres, France et Angleterre, à y conserver leur part... de l’énorme richesse en hydrocarbures du sous-sol.

Cette domination de quelques grandes puissances sur le monde et ses richesses ne peut passer que par des intermédiaires. En particulier ces coteries réactionnaires. Même si celles-ci, jouant leur propre jeu, leur pètent parfois au nez. Justifiant de nouvelles interventions militaires.

Iran 1979-2015 : des islamistes à nouveau en odeur de sainteté après 36 ans de purgatoire

C’est sous prétexte de lutte contre Daech que vient de se faire le rabibochage des USA avec le régime iranien. Le rapprochement était déjà amorcé quand les USA ont choisi en Irak de mettre au pouvoir les chefs de clans de la communauté chiite proche de l’Iran. Cela après avoir répété pendant plus de 30 ans que ce régime était infréquentable et lui avoir imposé des années d’embargo.

Qu’est-ce qui avait valu à l’Iran ce purgatoire, et surtout aux Iraniens des privations drastiques, en plus de la dictature des ayatollahs ? L’absence de démocratie ? Le caractère rétrograde moyen-âgeux ? Un supposé caractère anti-impérialiste ou révolutionnaire ? Sûrement pas !

L’Iran était surtout un mauvais exemple pour avoir renversé en 1979 la dictature du Shah (une des plus sanguinaires de la planète, tout particulièrement contre les travailleurs et l’opposition de gauche et d’extrême gauche), un pilier de la domination militaire dans la région, mis en place par un putsch organisé par les USA pour prendre le contrôle des pétroles iraniens.

C’est cette dictature du Shah qui a fait d’un chef religieux comme Khomeiny un opposant. C’est l’absence de direction politique ouvrière et révolutionnaire à la révolte qui a permis à l’ayatollah et à ses milices de prétendus « gardiens de la révolution » d’imposer leur régime, dont l’actuel est l’héritier. Cette récupération a surtout été le moyen, pour les couches dirigeantes iraniennes, d’écraser les révoltes et les grèves ouvrières. Comme les Frères musulmans d’Egypte ont cru leur heure venue d’arracher leur part de pouvoir après le renversement de Moubarak, avant que l’armée égyptienne, peu partageuse, se débarrasse à nouveau d’eux. Et c’est bien le caractère réactionnaire du régime iranien, qui aujourd’hui, aux yeux des grandes puissances, fait de cette ancienne bête noire un allié.

Afghanistan 1979-1989, puis 2001- 2015 : deux guerres symétriques, et retour à la case départ

D’où sortent ces Talibans que les armées américaines et leurs alliés sont partis chasser en 2001 en Afghanistan, et qui, après 14 ans de guerre et d’occupation militaire, sont près d’être à nouveau associés au pouvoir ?

Ils sortent des jeux de massacre américains, dans la guerre précédente, celle menée de 1979 à 1989 par l’URSS en Afghanistan. Car pour contrer les ambitions de Moscou dans la région, les USA avaient soutenu, financé et armé des troupes rivalisant pour le pouvoir dans le pays, sans chipoter sur leur degré d’islamisme.

Comme Daech aujourd’hui, ils avaient fait des émules. En particulier parmi ces « Afghans-Algériens » qui se flattaient d’être des anciens combattants d’Afghanistan. Ils paradaient en costume des montagnes de là-bas dans les rues d’Alger, aux heures de la montée du FIS, mouvement islamiste algérien, dans les années 1988-1991.

Les attentats perpétrés le 11 septembre 2001 à New York par Ben Laden, ancien serviteur de la CIA en Afghanistan, ont donné prétexte aux USA pour tenter de prendre directement le contrôle de ce pays, après l’effondrement de l’URSS, l’Afghanistan étant une zone de passage clé, notamment pour les ressources pétrolières d’Asie centrale.

D’où la nouvelle guerre, américaine cette fois, entreprise en 2001, qui a chassé les Talibans, une autre coterie islamiste venue au pouvoir en 1996. Devenus donc en 2001 ennemis à abattre, ceux-ci ont pu ensuite, dans un contexte d’impopularité croissante de l’occupation américaine et de corruption du régime, se refaire une santé. Au point qu’ils menacent aujourd’hui sérieusement le régime, comme lors de leur récente offensive sur la ville de Kunduz, au nord du pays. Des négociations ont été ouvertes entre eux et le gouvernement pro-américain de Kaboul pour envisager un partage du pouvoir.

Irak 1991 puis 2003 – 2015

La première guerre en Irak (1991), entreprise par une coalition sous leadership américain, sous prétexte de libérer le Koweït envahi par le régime de Saddam Hussein (ruiné par huit ans de guerre contre l’Iran que les USA l’avaient encouragé à mener), cachait peu ses véritables enjeux, pétroliers. La seconde guerre d’Irak, menant à l’occupation du pays en 2003, prenait le prétexte totalement bidon de la possession d’armes de destruction massive par Saddam Hussein. Cette guerre a plongé le pays dans le chaos où il est aujourd’hui. L’émergence de Daech n’en est qu’une des gangrènes.

Mais il est à noter que pour les grandes puissances, sous les décombres de l’Irak, l’essentiel est sauf : la production pétrolière. Après une chute drastique durant les années d’embargo qui ont suivi la guerre de 1991 (tombée à quelque 500 000 barils par jour, contre environ 2 500 000 auparavant), cette dernière a repris son rythme de croisière en 2004, un an seulement après le début de l’occupation, pour atteindre en 2014 son chiffre record de 3,1 millions de barils par jour. Dans un pays à feu et à sang !

Alors qui peut croire aux fadaises invoquées pour la nouvelle escalade militaire entreprise aujourd’hui par Obama, Hollande et consorts, sous prétexte de nous « protéger du terrorisme » ?

29 novembre 2015, Olivier BELIN

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