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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017

La Souterraine (Creuse)

Nous sommes tous des GM&S !

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Entreprises

C’était le 2 décembre 2016 : GM&S, une entreprise sous-traitante de l’automobile à La Souterraine dans la Creuse (spécialisée en découpe, emboutissage, soudure et tôlerie), était placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Poitiers. Les 277 travailleurs voyaient ainsi leur usine menacée de liquidation judiciaire pour la troisième fois en 8 ans.

Depuis, les salariés multiplient les manifestations à La Souterraine, Limoges et Poitiers, les barrages d’autoroute, les sit-in devant des usines Renault et PSA… Mais l’État et les constructeurs automobiles les baladent de réunion en réunion sans donner de réelles garanties sur la poursuite de l’activité.

Alors, les travailleurs de GM&S piquent un coup de colère, jeudi 11 mai, en piégeant l’usine à l’aide de bouteilles de gaz et de Jerricans d’essence : ils menacent de tout faire sauter s’ils n’obtiennent pas la poursuite de l’activité. Et ils se mettent en grève avec occupation. Les équipes se relaient sans problème pour l’occupation, signe d’une grande détermination.

Ils décident aussi, avec la CGT, le syndicat ultra-majoritaire et leader de la mobilisation, d’appeler à une manifestation nationale pour le mardi 16 mai.

Malgré très peu de publicité et quatre jours seulement après cet appel, ils reçoivent le soutien de milliers de manifestants venus de toute la France à La Souterraine, et ayant à cœur d’exprimer leur colère. De nombreuses délégations syndicales d’entreprises, dont Renault et PSA, ont fait le déplacement, ainsi que Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon, ce qui est très apprécié par les salariés.

Le 18, une réunion à la préfecture de Guéret avec Renault et PSA est annulée. Les salariés de GM&S décident quand-même d’y aller pour y déverser une partie de leur production.

Le gouvernement sort alors de sa léthargie. Bruno Le Maire, le nouveau ministre de l’Économie, qui dit avoir appelé personnellement les PDG de PSA et de Renault, Tavares et Ghosn, annonce qu’ils promettent plus de commandes. Mais tout est encore très flou.

Un nouveau rendez-vous a lieu au tribunal de commerce de Poitiers le 23 mai, qui doit se prononcer sur la liquidation judiciaire. Les salariés de GM&S se rendent à cinq cars à Poitiers, où des centaines d’autres travailleurs ont répondu à leur nouvel appel. Philippe Poutou est de nouveau au rendez-vous et sollicité de toute part. Les salariés de GM&S sont très préoccupés dans l’attente de la décision du tribunal. Pour certains, il y a un peu une lassitude de la situation qu’ils vivent depuis six mois, pour d’autres, toujours l’envie de ne rien lâcher, mais l’unanimité est de n’accepter aucun licenciement. Finalement, le tribunal accorde un sursis jusqu’au 30 juin, pour finaliser une reprise de l’entreprise, mais assorti d’un redémarrage de la production.

Deux repreneurs seraient sur les rangs : un autre sous-traitant automobile, GMD, avec une reprise de 160 salariés, et, à la dernière minute, un millionnaire, Jean-Jacques Frey, qui a fait fortune dans l’immobilier, le vin et les assurances, au point de devenir, selon le magazine Challenges, la 154e fortune de France. Celui-ci propose de reprendre environ 240 salariés. C’est ce que demandent les travailleurs de GM&S, car avec plus d’une trentaine de départs possibles en pré-retraite, il n’y aurait pas de licenciement.

Finalement, le lendemain, en assemblée générale, les travailleurs décident de reprendre le travail le 29 mai, tout en étant prêt à repartir en grève, car ils craignent d’être menés en bateau une fois de plus.

C’est un soulagement côté salariés même si rien n’est encore gagné. Mais le sentiment partagé par tous est que s’ils n’avaient pas relevé la tête, ils seraient déjà à Pôle emploi. Car ce qui a fait bouger gouvernement et constructeurs, c’est la combativité des travailleurs de GM&S. Elle leur a donné accès aux médias, leur a permis que de nombreux salariés se reconnaissent dans leur lutte. Et ce que le gouvernement craint, c’est que le mouvement de solidarité autour de la lutte des GM&S s’élargisse et que cette lutte donne envie à d’autres de s’y mettre.

23 mai 2017,

Élise MOUTIER et René SENS


Une tradition de lutte !

  • À l’origine de GM&S en 1962 : la Socomec (sous-traitance mécanique) employant 600 salariés à la Souterraine. Puis Sepesa en 1989, la SER en 1991, Ariès Industries en 1997, puis Wagon Automotive en 1998. Première lutte des travailleurs mais les effectifs tombent à 400.
  • En 2006, reprise par la Sonas, nouvelle lutte pour le maintien des emplois, l’usine repart avec 360 salariés.
  • 2009 : nouvelle bagarre, reprise par Halberg qui devient Altia. 314 salariés sont repris.
  • 2012 : de nouveau en lutte contre les licenciements. Altia, véritable prédateur et patron voyou saigne l’entreprise.
  • En 2014, de nouveau les travailleurs se défendent. GM&S (repreneur proposé par PSA) reprend l’activité avec 280 salariés.
  • Fin 2015 : le PDG disparaît de la circulation et depuis le 24 novembre 2016, les travailleurs de GM&S refont parler d’eux en bloquant l’autoroute A20.

Philippe Poutou en soutien

Philippe Poutou était présent mardi 16 mai lors de la manifestation nationale à La Souterraine, puis le 23 mai au tribunal de commerce de Poitiers. Il est venu avec une délégation de travailleurs de Ford pour « montrer qu’on ne lâche rien… que sur ces sujets comme Whirlpool, Tati ou chez nous à Ford… il faut qu’on se batte ensemble. Les (nouvelles) propositions de PSA et Renault montrent qu’on peut infléchir la position des grands groupes. Si les salariés de GM&S ne s’étaient pas mobilisés, ils n’auraient jamais obtenu ça… Il faut qu’on se mobilise, ensemble, contre ces politiques de licenciements. »

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