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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 71, octobre 2010

Niger : Sur l’autoroute de l’uranium

Mis en ligne le 23 octobre 2010 Convergences Monde

L’enlèvement au Niger, le 16 septembre dernier, de cinq Français, un Malgache et un Togolais a placé sous les projecteurs un pays dont on entend rarement parler dans les médias, sinon pour évoquer les morts de la famine, les dévastations de la sécheresse, ou un coup d’État.

Les rapports qu’entretient l’État français avec son ancienne colonie sont presque ignorés du grand public, en particulier à travers le groupe Areva pour qui travaillaient les victimes de l’enlèvement, lequel exploite et exporte vers la France la principale richesse du pays : l’uranium.

« La France n’a économiquement pas besoin de l’Afrique » avait déclaré Nicolas Sarkozy en 2006 dans un discours à Bamako... Mais sur « l’autoroute de l’uranium », bienvenue dans la chasse gardée de l’impérialisme français.

Main basse sur l’uranium nigérien

Développée entre 1970 et 1980, cette route traversant le Niger du nord au sud fait office d’artère principale pour faciliter le transport des ressources liquéfiées d’uranium, reliant la capitale Niamey aux centres miniers d’Arlit et Akokan et bientôt d’Imouraren, au nord d’Agadez.

Le Niger, pays enclavé entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, comprenant de larges zones désertiques, regorge néanmoins de richesses souterraines, l’uranium en premier, mais aussi du pétrole, et même de l’or. Il a pourtant été classé l’année dernière pays le plus pauvre du monde par l’ONU : l’espérance de vie y culmine à 43 ans, le taux d’alphabétisation atteint difficilement 14 % et plus de la moitié de sa population vit sous le seuil de pauvreté absolue avec moins de deux dollars par jour, privée de l’accès à la nourriture, à l’eau, aux installations sanitaires, aux infrastructures et à l’instruction.

Avec l’ouverture de la nouvelle mine d’Imarouren, le Niger est en passe de devenir le second exportateur mondial d’uranium. Mais les 100 % de l’électricité du pays (225 millions de kWh, soit 13 kWh par habitant contre 8 000 dans un pays comme la France !) proviennent d’énergies fossiles, charbon et pétrole, largement importées du Nigeria voisin ! La quasi-totalité de l’uranium nigérien est en effet exporté par Areva, qui s’est toujours présenté comme « un partenaire industriel fidèle » du Niger et se prétend « acteur social responsable », créant des emplois, investissant dans des programmes de santé et même « dans des actions de développement durable  »...

Un partenariat Gagnant-Gagnant ?

Deuxième employeur au Niger, juste après l’État, Areva exploite l’uranium à travers deux filiales dont l’État nigérien est actionnaire (à hauteur de 31 % dans la COMINAK, mines d’Akokan, et de 36,6% dans la SOMAÏR, gisement d’Arlit) mais dont la compagnie française reste l’actionnaire principal.

Bonne opération pour elle : les titres de propriété ne rapportent pas grand-chose, ou presque, à l’État nigérien, qui voit l’intégralité de l’uranium extrait être racheté à un prix dérisoire par la seule Areva en raison d’accords miniers (« secrets », cela va sans dire), et de contrat préférentiels datant de 1961.

Le pire est que cette vente à quart de prix (41 € en moyenne le kilo d’uranium pour Areva alors que sur le marché mondial il cote à plus de 180 €), représente en réalité le principal revenu extérieur du pays.

Le « rayonnement » de la Fance au Niger

Ce manque à gagner, qui se chiffre à au moins 20 milliards de dollars perdus sur ses ventes d’uranium depuis l’indépendance, n’est pas la seule chose qu’Areva laisse au Niger. Les rapports de la Criirad (Commission de Recherche Indépendante et d’Information sur la Radioactivité) de 2007 font état de la contamination radioactive de l’eau, de l’air et du sol par les opérations d’extraction menées par Areva. Les déchets radioactifs sont stockés à l’air libre depuis plusieurs décennies. Les ferrailles sorties d’usine sont vendues sur les marchés, récupérées par la population et utilisées comme matériaux de construction ou ustensiles de cuisine. En mai 2007, la Criirad a signalé à la direction d’Areva et au Centre national de radioprotection du Niger la présence de « stériles » (résidus de l’extraction) dans le domaine public, ainsi que des niveaux de radiation gamma jusqu’à cent fois supérieurs à la normale.

« Lorsque nous avons informé la presse de nos découvertes, Areva a organisé un voyage des médias au Niger, a affrété un avion pour transporter les trente journalistes mais sans compteur Geiger ni aucun moyen d’évaluer le degré de radiation. Ils (les journalistes) auraient pu se tenir sur de la roche radioactive qui se trouve sur les routes et ne pas le savoir », déclarait un responsable de la Criirad. Maître des mines, Areva se veut aussi maître de l’information.

Timide contestation du monopole français

En 2007, le gouvernement nigérien tenta de mettre fin au monopole français en octroyant 122 licences d’exploitation à des compagnies américaines, sud-africaines, chinoises, canadiennes et australiennes. Il réussit de cette façon à obtenir l’augmentation du prix de vente du kilogramme d’uranium de moitié et le droit de vendre lui-même 300 tonnes d’uranium par an sur les marchés.

Pourtant, cela n’écorne pas vraiment le monopole d’Areva. D’ailleurs, la compagnie française a réussi sans grande peine à se faire attribuer la mise en exploitation du nouveau gisement d’Imouraren, considéré comme la réserve d’uranium la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième au monde derrière celle d’Olympic Dam, en Australie.

Et, si les sociétés chinoise Sino-U et américaine Exelon Corporation ont effectivement obtenu le droit de produire respectivement 700 et 300 tonnes d’uranium par an et pour dix ans seulement, c’est à mettre en relation avec les 5 000 tonnes annuelles des filiales d’Areva, qui fêtait récemment l’extraction du sol nigérien de la... 100 000e tonne d’uranium.

La diplomatie de la canonnière

Quoi d’étonnant que des salariés d’Areva soient alors considérés comme des cibles faciles (malgré les milliers de gardes et les militaires qui protègent la zone des mines) par des groupes armés qui veulent faire pression sur le gouvernement français ou se disent qu’Areva peut bien payer des rançons. Sous les yeux neutres ou réjouis d’une population nigérienne qui subit les conditions de travail, de vie et sanitaires que leur impose le trust nucléaire.

Pour autant, l’impérialisme français n’est pas décidé à en rabattre sur ce qu’il estime être sa chasse gardée. Face à l’enlèvement des salariés d’Areva, il a choisi d’envoyer aussitôt 80 militaires à Niamey, deux avions de reconnaissance venus de France et quelques Mirage F1 de ses bases situées au Tchad et d’impliquer dans la poursuite des ravisseurs des forces spéciales françaises qui sont positionnées en Mauritanie, officiellement chargées de l’entraînement de l’armée mauritanienne. Bref le grand jeu, là où ce genre d’affaires se gère d’habitude dans le plus grand secret si tant est que le problème soit d’assurer la vie des otages.

À croire que cette prise d’otage sert à Sarkozy pour rouler des mécaniques et renforcer les positions militaires françaises dans la région et la coopération avec les troupes gouvernementales… au profit de la protection des intérêts d’Areva et des autres trusts français qui opèrent dans la région.

Claude RISSET

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