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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 64, juillet-août 2009

NPA : au lendemain du Conseil politique national des 20 et 21 juin

Mis en ligne le 3 juillet 2009 Convergences Politique

Quatre observateurs de La Fraction l’ Étincelle de Lutte Ouvrière ont donc participé aux travaux de ce dernier CPN (comme convenu au congrès fondateur). Nous publions ci-dessous nos deux contributions au bulletin de discussion préparatoire à cette session.

La « Résolution européenne » issue de ce CPN donne, en vue des élections régionales, «   un mandat au CE [Comité exécutif] sur les démarches unitaires autour d’un positionnement politique clair » , tout en envisageant dès maintenant « la possibilité d’accords (qui excluent évidemment le MODEM) au second tour pour battre la droite mais sans accord de gestion ». Autant dire que les critiques que nous avons formulées en diverses occasions sur l’ambiguïté, voire l’absence de contenu clair justement, d’un certain type de démarche dite unitaire des camarades du NPA envers les organisations institutionnelles, restent toujours valides.

La même résolution, faisant le bilan de la campagne, affirme : « Sans doute aussi avons-nous eu du mal à exprimer la nécessaire dimension anticapitaliste du combat écologiste et la seule réponse cohérente et crédible à la crise écologique, l’alternative socialiste. » Une formulation certes meilleure que de parler de « révolution écologique » en oubliant de parler de « révolution sociale » comme dans la profession de foi, mais laissant néanmoins dans le flou une des principales ambiguïtés du programme politique fondateur du NPA.

Restent les principaux points positifs  : le projet d’une campagne du NPA contre les licenciements et en faveur de la convergence des luttes dès la rentrée de septembre  ; l’insistance de la Cilt (Commission intervention sur les lieux de travail) et du Comité exécutif sur la nécessité d’un sérieux travail d’implantation dans les entreprises et de centralisation organisationnelle de cet effort dans le parti.

Nous regrettons néanmoins deux choses : tout d’abord, qu’on ait renoncé au titre initial de cette campagne présentée par la Cilt, « Une campagne du NPA contre les licenciements, la précarité et le chômage », qui indiquait une campagne mobilisatrice en direction du monde du travail, pour le remplacer par la formule très édulcorée « Un emploi stable et bien rémunéré pour tous et pour toutes », laquelle, sous prétexte d’être « positif », donne une tonalité nettement plus réformiste et anodine à la campagne, et plus décalée par rapport à l’avalanche des plans de licenciements et aux nombreuses luttes locales existantes.

Nous regrettons également l’intégration de l’amendement suivant : « La CILT est mandatée pour rédigée un projet de loi d’interdiction des licenciements à soumettre au CPN qui tranchera sur son opportunité et son contenu ». Certes, l’amendement laisse la discussion ouverte jusqu’au prochain CPN de fin septembre. Mais il est évident (comme l’ont souligné différents intervenants au cours de ce week-end) que le fait d’axer cette campagne autour d’un tel projet de loi, même agrémenté d’une référence platonique à la remise en cause de la propriété privée, reviendrait à émasculer le caractère subversif et mobilisateur de la campagne et à l’aligner derrière les objectifs parlementaires du PC ou du Front de gauche. Ce serait très mal engager une authentique campagne en faveur de la convergence des luttes en cours et à venir. Cela dit, bien entendu, la Fraction se propose de participer pleinement aux aspects positifs de cette campagne tout en contribuant aux discussions en cours et à son élaboration.

H.C.


Nos axes et possibilités d’intervention face à la situation sociale actuelle

La crise commence à faire sentir ses effets plus durement et massivement. Et si les luttes se sont multipliées ces derniers mois, elles restent dispersées, malgré des tentatives de convergences à l’échelle locale. Le risque étant, si elles le restaient, de s’étioler et créer un climat de démoralisation et de scepticisme par rapport à la nécessaire riposte d’ensemble.

L’unité de qui, sur quoi et pour quoi ?

En tant que petit parti dont la notoriété dépasse de beaucoup notre implantation effective, il y a deux façons d’envisager les façons de contribuer à préparer le mouvement d’ensemble.

La première, c’est de miser sur l’unité préalable des organisations, «  à la guadeloupéenne  ». L’ennui, c’est que les syndicats de métropole ne sont pas tenus par des révolutionnaires ou des nationalistes radicaux en butte à l’impérialisme, mais par une puissante bureaucratie liée à l’appareil d’État. Et si « unité de la gauche politique et syndicale  » il y a, elle consiste à œuvrer à ne surtout pas aller dans le sens d’une grève générale. L’unité des grands appareils réformistes (ou purement co-gestionnaires) ne pourrait être favorable aux travailleurs que sous la pression d’un mouvement déjà en marche : si ces appareils estimaient ne plus avoir le choix sous peine de se faire discréditer voire marginaliser. La funeste stratégie des directions syndicales depuis janvier l’a largement démontré, y compris aux yeux d’une fraction notable de militants qui dépasse de loin le milieu de l’extrême gauche.

La politique des « communiqués communs » initiés par le NPA ou des appels à «  l’unité durable  » lors de la campagne des Européennes n’entraîne les partis de gauche sur rien, alors qu’ils s’alignent sciemment sur la politique des directions syndicales qui tournent le dos aux intérêts des travailleurs.

La deuxième façon pour nous d’envisager de défendre la perspective de généralisation des luttes est d’œuvrer à l’extension, la convergence et la coordination des luttes existantes. Certes, pour l’heure, il s’agit le plus souvent de la multiplication de luttes minoritaires mais dont l’écho national peut largement dépasser les forces locales. C’est malgré tout la voie par laquelle un mouvement d’ensemble peut, sans doute, se construire.

La première démarche fait dépendre la mobilisation d’ensemble des travailleurs de la seule (mauvaise) volonté des grands appareils. La seconde subordonne l’unité des mêmes appareils aux initiatives des travailleurs mobilisés. Les deux démarches ne sont pas conciliables.

Dans le contexte actuel, les militants révolutionnaires d’entreprise peuvent avoir un rôle initiateur important, voire décisif, si la combativité des travailleurs s’y prête. D’autant que, au moins localement, les consciences évoluent vite avec les licenciements et que certains appareils localement majoritaires peuvent être rapidement discrédités, comme l’a été la CFTC à Continental.

L’unité que nous pouvons tenter de construire est celle des exploités, des travailleurs en lutte ou prêts à la rejoindre. Nationalement, que les organisations syndicales et de gauche le veuillent ou non, c’est cela qui fera pression sur leur politique, et pourra peut-être à terme les entraîner dans les luttes, ce qui certes serait un atout pour celles-ci.

Aujourd’hui, aucun exemple tiré des luttes en cours n’est en soi probant, puisque pour l’essentiel – s’il y a bien des convergences locales entre entreprises en lutte notamment dans l’Oise – tout reste à construire pour franchir un cap décisif qui permettrait à ces boîtes de se coordonner à l’échelle nationale, ou du moins d’en prendre le chemin. Là où les militants anticapitalistes et révolutionnaires ont une position, avec la volonté de mener une politique d’extension, ils peuvent sans doute s’en donner les moyens en s’appuyant sur les travailleurs mobilisés, organisés démocratiquement. Et à partir de là d’ailleurs, avoir une politique unitaire sur des revendications précises.

Une centralisation et une structuration effective à renforcer pour intervenir dans ce sens

Pour relayer une telle politique, il faudrait que le NPA dispose d’équipes militantes d’un même secteur, habituées à se coordonner et prêtes à être réactives quand l’un des sites touchés par la montée de la grogne est prêt à se mettre en bagarre. Il faut maintenir l’objectif que le NPA se dote de comités d’entreprises partout où il a des militants en situation de les mettre sur pied. Dès à présent nous pouvons centraliser un organigramme de l’organisation et surtout proposer une politique commune, afin que toutes les occasions puissent êtres saisies.

La course de vitesse dans le bras de fer qui oppose le patronat aux travailleurs contribue à créer une attente vis-à-vis du NPA. Pour y répondre un tant soit peu efficacement, notre priorité reste l’homogénéité politique de l’intervention de nos propres camarades d’entreprises, en s’en donnant les moyens politiques et organisationnels. Ce n’est qu’en mettant l’ensemble des forces de notre petit et jeune parti au service de cette politique que nous pourrons réellement répondre à cette attente. Nous pensons aussi que c’est par ce biais que nous pourrons construire, renforcer et implanter le NPA, en prouvant notre utilité «  dans et par les luttes  ».

Jihane, pour la Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière


Le moment de mettre le Npa au rouge… plutôt qu’au vert 

Il a suffi que Cohn-Bendit dame le pion à son ami et concurrent Bayrou pour que tous les porte-parole des partis institutionnels, Sarkozy en tête, de l’UMP au Front de Gauche, en passant par le PS ou le Modem, soient atteints de « vertitude ». Mieux vaudrait que la contagion n’atteigne pas nos rangs !

Faut-il vraiment revendiquer de faire de l’écologie un de nos thèmes centraux ? D’ailleurs comment le faire encore plus que dans notre profession de foi où la seule révolution dont il était déjà question était la « révolution écologique » oubliant en passant – ce que la Fraction a fort regretté – la révolution sociale ?

Une place centrale, vraiment ? Notre réaction devrait plutôt consister à se méfier de cette union sacrée sur l’écologie, une forme aujourd’hui de démagogie apolitique et de diversion contre la crise sociale qu’affectionnent désormais tous les partis institutionnels. Pas un hasard si de l’UMP au Front de gauche tous s’y retrouvent justement et mettent sur le même plan la « crise climatique » et la « crise sociale », ou pour les « plus à gauche », privilégient le combat écologique avec assauts de bons sentiments sur le combat social. Il ne faudrait pas que les révolutionnaires se diluent dans ce concert. Au contraire, à eux de faire entendre clairement une voix discordante : oui, il faut une révolution écologique, mais non, il n’y aura pas de révolution écologique sans révolution sociale. C’est à cette dernière qu’il s’agit de donner une place centrale et une meilleure visibilité dans notre orientation générale et dans notre profil.

Le NPA, à bien des reprises, a expliqué qu’il n’y aura pas de révolution écologique sans en finir avec le capitalisme. C’est cette orientation-là dont il convient de faire aujourd’hui, encore plus qu’hier, notre thème central. Surtout après ces élections européennes dans lesquelles les thèmes écologistes ont peut-être séduit l’électorat petit-bourgeois ou même bourgeois mais certainement pas ni les ouvriers ni les jeunes qui se sont abstenus dans des proportions jamais vues dans ce pays. Ceux dont nous voulons justement faire notre base sociale, et pas seulement ni spécialement électorale d’ailleurs.

Ne mélangeons pas unité dans les luttes et unité politicienne

En fait, le journal Le Monde ne s’y trompe pas, en classant le NPA dans la rubrique « extrême gauche », et en lui additionnant les voix de LO (4,88 % du NPA + 1,20 % de LO = 6,10 % pour l’extrême gauche). Certes, ces européennes, où les travailleurs ont préféré s’abstenir, n’indiquent pas, par rapport aux dernières présidentielles, une nouvelle radicalisation politique en notre faveur. Mais si on compare l’évolution de ce total sur quelques années, on constate une stabilité, nettement au-dessus des 5 % en moyenne nationale, pour un courant (électorat reconnu « plutôt jeune » et « plutôt ouvrier » par les sondeurs) qui veut en finir avec les injustices et l’exploitation, et a déjà compté et comptera dans les luttes sociales.

Les scores du Front de gauche (6,05 % et 4 élus) dépassent donc ceux du NPA. Par rapport aux 5,88 % obtenus par le PC aux européennes de 2004, c’est davantage une stagnation qu’une percée, pour cette coalition électorale fière… de marquer des points face au NPA. Pour ceux qui dans nos rangs voulaient faire une démonstration de force… à « la gauche de la gauche », en espérant sans doute que le NPA devienne son futur pôle de rassemblement, c’est raté. C’est là où la motion du congrès en appelant à « l’unité durable » jusqu’aux régionales et au-delà, était un mauvais calcul. Même chose dans la campagne où les explications de notre porte-parole par rapport au Front de gauche, insistant sur ladite unité durable et non sur la différence de programme étaient les moins convaincantes. On récidive dans le communiqué du soir de l’élection : « Nous continuons à proposer à toutes les formations de la gauche antilibérale et anticapitaliste un accord durable dans les échéances sociales et politiques à venir, pour encourager la convergence des luttes, plus que jamais nécessaire. » Dans les échéance sociales… et politiques ? Chercherions-nous donc un « accord politique durable » pour aller d’élections en élections ? Sur l’unité politicienne, les Mélenchon seront toujours en meilleure posture.

Quant à l’avenir, ne mélangeons pas les genres : l’unité dans les luttes et l’unité politicienne. Notre dernier tract national diffusé lors des manifestations du 13 juin, disait d’abord, à juste titre : « Aujourd’hui il est plus que temps d’assumer la nécessité d’un affrontement global avec le pouvoir et le patronat, pour exiger les mesures d’urgence sociale… » . Mais pour ajouter aussitôt : « Si la gauche politique et syndicale ne travaille pas de concert, nous n’en finirons pas de payer leur crise  !  » .Comment pouvons-nous écrire une pareille sottise alors que cette gauche politique et syndicale a précisément travaillé joyeusement de concert depuis six mois pour s’opposer à toute unification de la multitude des luttes locales, jusqu’à ce qu’elles s’épuisent, en baladant les travailleurs dans des journées d’action sans lendemain ? Décidément non, ce n’est pas de ce cadre unitaire-là dont les travailleurs ont besoin. Ce dont ils ont besoin au contraire, c’est de se débarrasser de toutes illusions dans l’unité de la gauche syndicale ou politique et de compter d’abord et avant tout sur leurs propres forces.

12 juin 2009

Michelle VERDIER (Fraction l’Étincelle de Lutte Ouvrière)

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