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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 30, novembre-décembre 2003

Moyen-Orient : La guerre de Sharon contre les Israéliens

Mis en ligne le 8 novembre 2003 Convergences Monde

« Un million d’Israéliens ont faim » : c’était la manchette du journal Yediot Aharonot, le 28 août dernier. D’après une enquête menée en partenariat avec le ministère de la santé du gouvernement Sharon lui-même, 22 % des familles israéliennes souffrent d’« insécurité nutritionnelle », contraintes de sauter des repas ou incapables d’assurer une nourriture suffisamment variée à leurs enfants. Le nombre d’Israéliens sollicitant une aide alimentaire a augmenté de 46 % en un an. Un Israélien sur cinq, soit 1,17 millions de personnes, vit désormais sous le seuil de pauvreté [1].

L’offensive contre les pauvres

Commencée il y a plus de huit ans, la stagnation de l’économie d’Israël s’est transformée en véritable récession fin 2000 avec la seconde Intifada. Le PNB a connu une chute de 6,7 % dans le second semestre 2001 ; durant les six premiers mois de 2003, il a encore diminué de 0,7 %. La consommation des ménages baissait dans le même temps de 2,1 %. La production industrielle a reculé de 1,1 % au premier semestre 2003. Le chômage toucherait désormais près de 11 % de la population active, un record historique.

Le plan d’austérité mis en place en avril dernier et le budget adopté le 15 septembre se livrent à un nouveau jeu de massacre contre les budgets sociaux. Attaques contre les chômeurs, avec le durcissement du dispositif de contrôle des indemnisés (les moins de 25 ans seront obligés de se présenter tous les jours dans les agences pour l’emploi) et la diminution du montant des allocations, alors que l’Etat supprime des milliers de postes d’enseignants et de fonctionnaires (10 % devraient être licenciés ou contraints à une retraite anticipée). Attaques contre les retraites, avec une réforme portant dès janvier prochain l’âge légal de départ à 67 ans pour tous (il était jusque là de 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes), baisse des pensions et hausse des cotisations. Attaques contre les vieux, les handicapés et les mères célibataires, dont les allocations ont toutes été réduites. Sans parler de la pression accrue contre les travailleurs immigrés, dont 50 000 (sur les 250 000 que compterait le pays) ont été expulsés, et qui sont de plus en plus mis en concurrence avec les chômeurs israéliens [2].

Le ministre des finances Nétanyahou avoue d’ailleurs tranquillement que la situation va encore empirer, puisqu’il prévoit pour 2004 une diminution de 2,9 % de la consommation publique, une hausse du chômage de plus de 11 %, et une baisse des salaires réels de 4 % dans le secteur public et de 2,3 % dans le privé. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de trouver les moyens de diminuer les impôts des plus riches, alors que les profits de certains secteurs se portent très bien (au premier semestre 2003, les profits des cinq grandes banques israéliennes étaient en hausse de 130 % sur le premier semestre 2002).

Les réactions

Les réactions syndicales à cette politique ont été jusqu’à présent extrêmement « constructives », comme on dirait dans les états-majors politiques ou syndicaux français. L’an dernier la centrale syndicale Histadrout avait accepté puis négocié avec le gouvernement les licenciements et les grosses baisses de salaires de la fonction publique. Une capitulation dont le syndicat n’a pas bénéficié longtemps : le ministère des finances compte désormais dénoncer ces accords et gérer seul les prochains dégraissages. Nétanyahou veut encore prendre en main les fonds de pensions des fonctionnaires, jusque là gérés par le syndicat. Acculée à réagir, l’Histadrout a fini par organiser plusieurs journées de grèves de différentes professions du secteur public, et elle brandit depuis septembre la menace d’une grève générale. Une fausse radicalisation, signe sans doute de la colère de la base plus que d’un changement de politique d’une bureaucratie qui colle sans barguigner à la politique de l’Etat d’Israël depuis des décennies.

Des réactions aux violentes attaques anti-populaires du gouvernement Sharon sont cependant venues de la part de certains de ceux qu’elles frappent le plus dramatiquement. Depuis juillet, des centaines de « mères en colère » campent devant le ministère des finances, à Jérusalem, pour protester contre la politique de Sharon et de Nétanyahou. Un « camping de chômeurs » s’est encore installé dans les beaux quartiers de Tel-Aviv. L’initiatrice du mouvement, Vicky Knafo, qui élève seule ses trois enfants, a vu ses allocations familiales passer de 540 à 300 euros par mois, et à Nétanyahou et ses complices qui lui expliquent que l’Etat n’a plus de moyens, elle répond : « S’il y a de l’argent pour les mitnahlim (colons juifs des territoires occupés), il n’y a aucune raison qu’il n’y en ait pas pour les allocations sociales ».

Car le développement de la misère en Israël est évidemment lié à la politique de colonisation des territoires palestiniens et à la guerre permanente qu’il mène contre le peuple palestinien. Selon le journal Haaretz, les colonies juives dans les Territoires auraient fait perdre 9 milliards d’euros à l’Etat depuis leur installation en 1967. Et il n’y a pas que les mitnahlim  ! De l’argent, Sharon en trouve pour les énormes dépenses militaires de Tsahal, ou encore pour les centaines de kilomètres de mur qu’il vient d’ériger autour de la Cisjordanie. La guerre depuis trois ans, en plus de son terrible prix humain (3500 morts, pour les trois quarts palestiniens), aurait coûté 15 milliards d’euros, ce qui aurait amené une baisse du niveau de vie de la population de 6 %. Certes, elle signifie d’abord l’oppression des Palestiniens ; mais elle entraîne dans la misère un frange de plus en plus importante de la population israélienne, de la classe ouvrière à la petite bourgeoisie.

Palestiniens-Israéliens, même combat ?

Pour Sharon cependant, elle présente l’intérêt d’être une justification à sa politique anti-sociale. Il peut compter sur le climat de peur qui gangrène la société israélienne, et que sa politique contribue à maintenir. D’après une ancienne députée communiste israélienne, «  les mêmes gens [qui contestent la politique sociale de Sharon] appuient le gouvernement en raison de la gravité de la situation politique  ». Un observateur israélien ajoute : « la guerre continue de Tsahal dans les territoires occupés et les attentats terroristes empêchent le développement d’un mouvement social de grande envergure ».

Pourtant la politique coloniale de Sharon non plus ne passe plus sans résistance : fin septembre, quelques semaines après le début de la mobilisation des « mères en colère », on assistait à un nouveau mouvement de refus de servir de la part de 27 pilotes de l’air de Tsahal. Mais aucun courant politique visible ne fait le lien entre ces problèmes - surtout pas le Parti travailliste, ni bien sûr l’Histadrout. Tout comme l’Etat israélien justifie l’une par l’autre les deux formes de son oppression, c’est pourtant en liant le combat de tous ceux qu’il opprime qu’il y a une perspective de progrès et de paix pour la Palestine toute entière.

Le 28 octobre 2003

Benoît MARCHAND


[1Parmi eux, les Arabes israéliens sont les plus touchés. Sur 24 localités dont le taux de chômage dépasse les 10 %, 23 sont arabes.

[2A la vague d’immigration russe des années 1990 a succédé, plus récemment, une forte immigration asiatique.

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