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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 84, novembre-décembre 2012

Mexique : Retour au pouvoir du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), sur fond de pauvreté, de corruption et de guerre des cartels

Mis en ligne le 28 novembre 2012 Convergences Monde

Le 1er juillet 2012, Enrique Peña Nieto, candidat du PRI, était élu président du Mexique. Après douze ans de règne, le PAN (Parti d’action nationale), cédait la place au parti qui avait monopolisé le pouvoir de 1929 à 2000.

Felipe Calderón : un bilan catastrophique

Au début de son mandat, commencé en 2006, Calderón (PAN) avait promis d’en finir avec les cartels de la drogue qui ensanglantent et terrorisent le pays. Ce fut un échec retentissant : plus de 50 000 morts en six ans. L’envoi de l’armée pour affronter les criminels a ajouté une autre violence, celle des militaires : exécutions extrajudiciaires d’innocents, enlèvements, détentions arbitraires, viols, tortures. La défaite du PAN à l’élection de juillet 2012 sanctionnait l’incapacité de Calderón à enrayer une violence qui traumatise le pays. Beaucoup espèrent que, malgré sa corruption et ses pratiques clientélistes passées, le PRI contiendra la violence des bandes mafieuses.

Montée en puissance des cartels

À l’époque où le Parti révolutionnaire institutionnel était à la tête du pays, il tolérait et contrôlait l’activité des trafiquants, les confinant dans leur territoire respectif. Mais, à la fin du xxe siècle, ceux-ci se sont beaucoup enrichis. Jusqu’en 2000, la longue existence d’un parti-État avec son président tout puissant et son réseau de gouverneurs a engendré un niveau de corruption inimaginable. Les caciques du PRI participaient discrètement aux affaires des narcotrafiquants, prélevaient leur dîme tout en leur imposant des règles : ne pas vendre de drogue dans le pays, ne pas s’entretuer sur la voie publique et ne pas empiéter sur le territoire de leurs concurrents. Ces règles ont explosé à cause de la concurrence exacerbée entre bandes rivales et parce que les principaux corps de l’État (administration, police, armée, justice), cherchent à tous les niveaux à capter une part des revenus générés par la drogue.

Les narcos créent... des emplois jeunes

Avec 52 millions de pauvres pour 115 millions d’habitants, 35 millions de personnes survivant avec moins de 2 dollars par jour, la misère et le chômage fournissent aux trafiquants un réservoir inépuisable de main-d’œuvre. Anabel Hernandez, journaliste mexicaine qui enquête depuis cinq ans sur les liens entre le pouvoir politique et les cartels [1], raconte que, dans le nord du pays, les gamins rêvent d’une carrière de narcos comme El Chapo Guzmán : des proies faciles pour le crime organisé. On estime que, en 2010, 30 000 mineurs commettaient des vols ou des assassinats pour les cartels. La revue Proceso [2] signalait l’arrestation le 12 septembre dernier d’un garçon de 16 ans, accusé d’au moins 50 meurtres. Les homicides sont devenus la première cause de mortalité chez les Mexicains de moins de trente ans. Ces adolescents, fascinés par la richesse des barons de la drogue ont une devise : « Plutôt vivre 5 ans comme un roi que 50 ans comme un chien ».

« Pauvre Mexique… si près des États-Unis »

La corruption, la misère, mais aussi la proximité avec le grand voisin du Nord expliquent la puissance des cartels mexicains : les États-Unis, avec leur législation extrêmement libérale sur les armes, sont un arsenal à ciel ouvert où le crime organisé puise à volonté. Les narcos disposent d’un armement lourd et de systèmes de communications ultramodernes. L’oncle Sam fournit aussi des armes à l’autre camp, la police et l’armée, faisant de ce conflit un business lucratif ; en outre, les États-Unis sont un fabuleux marché pour les narcos qui fournissent en stupéfiants leur quelque 23 millions de consommateurs de drogues.

Le retour du PRI, un espoir illusoire

Beaucoup d’électeurs ont voté pour Nieto, le candidat du PRI, dans l’espoir qu’il endiguera la violence des cartels. Mais le PRI et le PAN ont gouverné avec les mêmes recettes : corruption, fraude, clientélisme, répression et collusion avec le crime organisé. Pourtant, des grèves et des manifestations ont eu lieu ces dix dernières années, avec, récemment, les manifestations étudiantes. La lutte collective est la seule voie de salut pour le peuple mexicain.

Octobre 2012, Charles BOSCO


[1Cf. ses livres en espagnol : Los Señores del Narco, 2010 ; Los cómplices del Presidente, 2008 ; La familia presidencial : el gobierno del combio bajo sospecha de corrupcion, 2005.

[2Cf. proceso.com.mx, du 14 septembre 2012

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Numéro 84, novembre-décembre 2012

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