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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 21, mai-juin 2002 > Après les présidentielles

Après les présidentielles

Lutter contre l’extrême droite

Mis en ligne le 16 mai 2002 Convergences Politique

En tous cas pas en votant Chirac comme ont essayé de nous le faire croire tous les politiciens bourgeois, unis dans un « Front républicain » de fait sinon formel, gauche gouvernementale en tête, entre les deux tours de la présidentielle. A les en croire, il n’y avait pas d’autre alternative que d’opter pour « le moins pire », c’est-à-dire choisir la peste au lieu du choléra. Mais le plébiscite de Chirac à 82 % ne fera en rien reculer l’extrême droite et ne l’empêchera pas même de progresser.
L’extrême droite se sert de la dégradation de la situation sociale et du désespoir qu’elle engendre. Sa montée a accompagné celle du chômage, de la misère, de la précarité. Les partis politiques qui ont été au pouvoir ces vingt dernières années, la droite bien sûr, mais aussi toutes les composantes de la gauche plurielle, n’ont rien fait pour enrayer la montée du chômage et la baisse du niveau de vie des classes populaires. Ils en sont apparus au contraire, à juste titre, comme les responsables, car ils ont mené exactement la politique que le patronat attendait d’eux.
Ce n’est effectivement pas sur eux que les travailleurs peuvent compter pour changer la situation. Même pas non plus pour combattre les idées xénophobes. Car ils sont prêts à s’en servir et l’ont montré à l’occasion. Accréditer l’idée qu’il y a un lien entre le chômage et l’immigration peut les arranger, comme la bourgeoisie elle-même, dans la mesure où en désignant dans les immigrés un bouc émissaire, elle aide à la division des travailleurs et les détourne ainsi des vrais responsables de leur misère. Aussi ni la droite ni la gauche ne se sont gênés pour faire de la démagogie en parlant de l’immigration comme d’un problème.

L’enjeu

Si on ne peut faire reculer le Front National, le racisme et les idées d’extrême-droite en faisant voter pour la droite, on ne le peut pas plus en faisant voter à nouveau pour la gauche. Car c’est précisément parce qu’ils ont désespéré de la gauche comme de la droite et qu’ils n’en veulent plus, pas plus de l’une que de l’autre, qu’un certain nombre de travailleurs sont prêts à s’en remettre au « sauveur suprême » Le Pen… surtout s’il paraît à la portée de leur bulletin de vote.
La seule façon d’empêcher que des travailleurs ne se laissent entraîner sur le terrain de l’extrême-droite, c’est de leur montrer qu’il y a d’autres perspectives pour faire face à la détérioration de leur situation : celles que leur propose l’extrême-gauche. A condition que celle-ci sache s’affirmer clairement aussi résolument opposée à la droite qu’à la gauche que le sont les travailleurs qui en ont soupé de leur politique.
C’est dire que le combat contre l’extrême droite ne peut se résumer à des manifestations antifascistes, quelle que soit l’utilité de ses manifestations pour que ceux qui s’y opposent puissent se compter et montrer qu’ils sont une force qui vaut bien, et de loin, celle du FN. Pas plus qu’il ne se résume à la propagande anti-raciste aussi nécessaire soit-elle. Sans un travail militant dans les couches populaires, les entreprises, les quartiers, auprès des habitants et des travailleurs, pour les organiser sur leurs problèmes, toutes les explications politiques et la propagande même la meilleure risquent d’être de simples coups d’épée dans l’eau.
Un sociologue (qui tient à préciser qu’il est « le premier à reconnaître que les programmes économiques de Lutte ouvrière ou de la LCR sont ineptes ») n’en remarque pas moins que « le phénomène nouveau, en 2002, dans les milieux populaires, c’est la poussée de l’extrême gauche et l’aspiration qu’elle exprime » [1]. Que cette poussée se poursuive et se traduise au-delà du terrain électoral, et alors oui l’extrême-droite pourra être tenue respect, en attendant d’être battue.
En 1995, ne l’oublions pas, Le Pen et de Villiers avaient fait un score presque aussi important qu’aujourd’hui. Mais les luttes de novembre et décembre leur avaient rapidement volé la vedette.

Lydie GRIMAL


[1E. Todd, « La désintégration des grandes croyances collectives », Le Monde, 28-29 avril 2002

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