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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 109, décembre 2016

Licenciements en masse chez Volkswagen : sous prétexte de « tout électrique » !

Mis en ligne le 8 décembre 2016 Convergences Monde

À les voir sur ce podium, tous tirés à quatre épingles, tous en costards-cravates nickel, venus vendre aux travailleurs de Volkswagen (VW) leur nouvelle trouvaille – un « pacte d’avenir » se soldant par la liquidation de 30 000 postes dans le groupe –, bien malin qui aurait pu distinguer, par l’aspect extérieur ou les propos en faveur de la compétitivité, lesquels de ces pingouins appartenaient à la direction, lesquels au syndicat du groupe. La politique de « co-management » des entreprises par les appareils syndicaux est un sport national en Allemagne, mais Volkswagen bat tous les records.

À la première assemblée générale d’annonce dudit « pacte d’avenir », avaient été conviés de grosses pointures de la stratosphère syndicale et social-démocrate : le chef de l’IG-Metall Hofmann, le chef du comité d’entreprise du groupe Osterloh [1], le Ministre-président de Basse-Saxe [2] Weil (membre du SPD) et le ministre de l’économie du Land. Dans un chœur touchant et à l’unisson avec les membres de la direction du trust, ce beau monde a donc annoncé la suppression de 30 000 emplois à l’échelle mondiale, dont 23 000 dans les sites d’Allemagne.

Avec de tels représentants syndicaux, on n’a plus besoin de patrons !

Bien des points du projet restent flous. Les négociations à son sujet ont lieu depuis des mois dans une stricte intimité. Le comité d’entreprise s’est certes plaint publiquement du comportement du management, mais surtout pour lui reprocher d’être trop frileux devant « les réformes en matière de redressement du groupe » (face au coût du scandale des logiciels malins de non-détection du niveau de pollution !). Le pape de ce comité d’entreprise, Osterloh, s’est même vanté d’avoir « souligné en personne, il y a déjà plus de deux ans, les possibilités de réalisation de milliards d’économies pour la marque centrale [3] du trust en peine de rentabilité ». En d’autres mots, les hautes sphères syndicales se flattent d’indiquer depuis des années déjà à la direction comment des milliards de coupes sur le dos des salariés pourraient améliorer ses gains.

Licencier, mais avec des mots pour le dire...

Jusque-là Volkswagen a juste assuré qu’il n’y aurait pas de licenciements. Elle préfère même au mot « licenciement » celui de « plan social de suppression de postes ». Les travailleuses et travailleurs pourraient ainsi partir en retraite ou préretraite partielle dès l’âge de 50 ans, sous des modalités qui se voudraient aguichantes. Bref les vieux dégageraient, totalement ou partiellement ! Promesse est faite qu’aucun des sites allemands ne serait fermé. Pour tenter de donner meilleur goût à son plan, la direction met en avant la création de 9 000 postes dans le domaine nouveau des moteurs électriques. Mais qu’en sera-t-il des milliers d’intérimaires, dont déjà un bon nombre a disparu ces derniers mois ? Qu’en sera-t-il des sous-traitants dont les salariés ne travaillent pas sous le régime contractuel de Volkswagen et dont les conditions de travail sont bien pires ? Qu’en sera-t-il si les départs en retraite par anticipation ne sont pas assez nombreux ? Le « pacte d’avenir » a été annoncé, mais rien n’a été précisé sur son contenu. Et il est certain que ceux qui resteront en poste connaîtront les pressions à la baisse de leurs salaires et primes, que tous ceux dont le poste sera supprimé pour restructuration en faveur du tout électrique, ne trouveront pas place dans ce nouveau domaine. En Allemagne comme ailleurs, ce petit jeu des suppressions de postes sans licenciements, est largement labellisé par le patronat : c’est ainsi que la Deutsche Bahn s’est débarrassée de quasiment la moitié du personnel.

Le pacte d’avenir... des gros actionnaires

Ils pleurent déjà comme des fontaines sur leurs dividendes trop bas. Le rendement devrait passer de 2 % à 4 %. La productivité devrait gagner 25 %. Et les quatre milliards annuels d’économies devraient être atteints d’ici 2020. Les actionnaires, ce sont avant tout les familles Porsche et Piëch, qui au moyen d’une société en propre, possèdent un peu plus de 50 % du trust. Le Land de Basse-Saxe, où se trouve le site principal Volkswagen, en possède de son côté 20 % et le Qatar 17 %. Le trust Volkswagen compte 610 000 salariés dans le monde, dans 121 sites. En Allemagne, 282 000 personnes travaillent directement pour la firme. Au trust, appartiennent douze marques, car à Volkswagen sont associés, entre autres, Audi, Skoda, Seat, Porsche, Scania et MAN. Après Toyota, Volkswagen est le deuxième producteur automobile mondial dont le but est de passer au premier rang en 2018.

Un partenariat scabreux...

Les entrelacs entre la direction du trust, le syndicat IG Metall et le SPD sont des plus favorables à ces ambitieux projets de domination mondiale. Ce système mafieux est solidement établi depuis des décennies déjà. Celui qui veut un job chez Volkswagen ne peut pas échapper à l’IG Metall. Sur le site de Wolfsburg, 95 % des salariés sont syndiqués, sur le site de Hanovre cela atteint même les 98 %. Et ce n’est pas valable que pour les salariés : les membres de l’équipe dirigeante et du conseil de surveillance ne peuvent accéder à ces fonctions sans la bénédiction syndicale. L’actuel personnel dirigeant a fait une carrière au SPD, à l’IG Metall ou aux deux, avant d’intégrer à un moment ou à un autre le cœur du management. Bien connu en la matière est ce Peter Hartz, toujours membre de l’IG Metall, mais qui a donné son nom à des lois anti-ouvrières scélérates, les fameuses « lois Hartz » (faisant entre autres drastiquement chuter l’indemnisation des chômeurs). Mais ce monsieur s’est aussi distingué en 2005 par son implication dans un méga scandale de corruption (détournement de fonds, voyages de luxe et réseaux de prostitution au service de l’aristocratie des comités d’entreprise). Ce n’est plus l’intégration des syndicats à l’État mais à des partouzes scabreuses dans des saunas très spéciaux ! Ce qui s’est traduit à l’époque par une peine de prison pour le chef du comité central d’entreprise Volkert et par une peine avec sursis pour Hartz...

Jusque-là, tout ce système tenait tant bien que mal car au moins dans les sites centraux du trust, les conditions de travail et les salaires étaient sensiblement meilleurs que dans le reste de la métallurgie. Sans véritablement de grève. Et même si les salariés de Volkswagen n’ont pas échappé, eux non plus, à des plans d’austérité qui leur ont valu entre autres des pertes importantes de primes. Avec ce nouveau « plan d’avenir », VW compte frapper fort. Ce qui n’a pas échappé à bien des travailleurs d’autres secteurs. Si on ne connaît pas encore les réactions dans les sites de VW, une bonne partie du monde du travail a réagi à l’annonce du nouveau plan de licenciements chez VW par la stupéfaction et la colère de voir que le fleuron national avait le culot de faire payer aux travailleurs ses tricheries et coups tordus destinés à lui assurer davantage encore de profits. Et qui plus est, sous prétexte de virage vers le tout électrique. Il y a peut-être dans l’air de cette électricité qui peut tourner à l’orage !

26 novembre 2016, Sabine MÜLLER


[1En Allemagne, ces « comités d’entreprise » sont élus par les travailleurs, généralement sur listes présentées par des syndicats. Mais la fonction attribuée par la loi à ces représentations de salariés est de « cogérer »...

[2La région dont la capitale est Hanovre, où se trouve Wolfsburg, lieu de la vieille et historique implantation de Volkswagen qui compte encore plus de 70 000 salariés.

[3Pour VW, marque centrale du trust mais pas unique.

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