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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 107, septembre-octobre 2016

La Poste

Les travailleurs mis sous pression et confrontés à la précarité croissante

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Entreprises

À La Poste, les suppressions d’emplois et les attaques contre le personnel n’ont pas de trêve. Fermetures de guichets – 30 guichets parisiens devraient fermer entre 2016 et 2017 et c’est le cas pour d’autres grandes villes –, développement de l’intérim, de la polyvalence, entassement des services dans des sites bien souvent exigus et inappropriés alors que d’autres sont cédés ou vendus pour grossir le chiffre d’affaires de La Poste. Le cas le plus flagrant est celui de la poste centrale du Louvre à Paris : les agents ayant été dispersés, certains facteurs travaillent désormais dans des locaux vétustes, à moitié en sous-sol.

Bien des postes sont laissés vacants ou alors remplacés par des jeunes en formation et sous-payés ou des intérimaires que La Poste n’entend pas embaucher au bout de leur mission. Les titulaires se retrouvent avec des conditions de travail intenables, aux guichets par exemple, où les collègues doivent s’occuper de centaines d’usagers, parfois avec deux ou trois postes manquants. Ils sont confrontés à des agressions verbales ou physiques d’usagers excédés. En septembre, des guichetiers du 13e arrondissement de Paris, à bout, ont fait grève pour protester contre cette situation.

Elle fait un AVC au travail sans que la hiérarchie s’en inquiète

Récemment, la presse a divulgué une affaire qui a largement ému, révélatrice de tout ce qui se passe à La Poste. Le 19 février 2016, une jeune factrice de Villeneuve d’Ascq, en CDD depuis 2009, a fait un AVC au travail. Ayant averti le matin qu’elle ne se sentait pas en état de travailler, sa hiérarchie lui a mis la pression pour qu’elle vienne quand même. Une fois au boulot, elle a prévenu qu’elle avait très mal à la tête et qu’elle sentait un bras et une jambe s’engourdir. Pour toute réponse, le chef lui a dit qu’elle pouvait trier assise.

Ce sont ses collègues, dont un représentant Sud au CHSCT, qui ont relancé la hiérarchie pour qu’elle appelle des secours, ce qu’elle n’a fait que trois heures après. Prise en charge trop tard, Émeline garde aujourd’hui des séquelles dont elle ne sait pas si elle va récupérer. Les médecins estiment que son AVC est dû au stress permanent au travail, notamment le stress que subissent les travailleurs précaires mis sous pression.

« Tu n’es pas médecin »

Ce qui a aussi déterminé cette factrice à révéler son cas à la presse et à porter plainte pour non-assistance à personne en danger et mise en danger d’autrui, c’est la répression que La Poste a exercé contre son collègue du CHSCT qu’elle estime lui avoir sauvé la vie. Il a été mis en retrait de service le 27 février après avoir essayé de convoquer une réunion extraordinaire pour que La Poste réponde de la situation. La direction le menace de mise à pied ou de mutation d’office et a porté plainte contre lui parce qu’il aurait « harcelé » l’encadrement en insistant pour qu’ils appellent les secours ! Le jour de l’accident, les chefs lui avaient rétorqué « Tu n’es pas médecin ». C’est dire…

Le 15 septembre, jour de la grève contre la loi travail, ses collègues et des usagers se sont rassemblés pour les soutenir.

Toute cette affaire en cache bien d’autres du même acabit. Le 17 juillet, un facteur de 53 ans à Pontarlier s’est suicidé, laissant une lettre qui met en cause la surcharge de travail (les chefs, chronomètre en main, l’accusaient d’être trop lent). Des collègues sont mis à pied régulièrement sans salaire pour des raisons futiles, tel facteur pour avoir équipé son véhicule d’un coussin non réglementaire, telle factrice en Limousin pour avoir récupéré, à la demande d’une de ses collègues malade, un recommandé pour elle et le lui avoir lu au téléphone !

Patron de choc de la répression, La Poste ose adopter en toutes circonstances une posture de victime. Elle se plaint constamment de la baisse du courrier alors qu’elle n’a jamais réalisé un chiffre d’affaires aussi important qu’en 2016, elle se plaint même de ne trouver personne à embaucher alors que les bureaux sont pleins de salariés précaires qui attendent un CDI, à commencer par la factrice de Villeneuve d’Ascq qui réclame en justice sa requalification en CDI.

C’est la politique d’exploitation croissante de La Poste qui conduit à de telles situations et il n’y a qu’une réponse collective des postiers qui est en mesure d’y mettre un frein. Notre mécontentement, pour l’instant résigné pour beaucoup d’entre nous, pourrait bien se transformer en colère à brève échéance.

23 septembre 2016, Anne HANSEN

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Numéro 107, septembre-octobre 2016

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