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DOSSIER : Industrie de guerre et trafic d’armes à l’heure de la mondialisation

Les travailleurs des usines d’armement face aux compressions d’effectifs

Mis en ligne le 17 mai 2003 Convergences Entreprises

Pour fabriquer des armes, chars, missiles, sous-marins et autres engins de destruction massive, des dizaines de milliers de travailleurs sont employés par l’Etat ou des industries du privé. Une partie importante du prolétariat est donc concentrée dans les usines d’armement.

Dans l’industrie privée, les travailleurs de Thalès, Dassault, Matra ou Snecma bénéficient du même statut que n’importe quel salarié travaillant dans une entreprise privée. Cette industrie privée est concentrée dans deux pôles : l’aérospatiale, avec le rapprochement de Dassault, Matra et Aérospatiale, devenu le deuxième groupe européen de l’aéronautique civile et militaire d’une part et par ailleurs l’électronique de défense avec Thomson, Alcatel et la branche électronique de Dassault. Ces travailleurs ont subi force plans de licenciements depuis des années, et ils font partie des gros bataillons de suppressions massives d’effectifs dans l’industrie de ces dernières années.

Le statut des ouvriers d’Etat

Par ailleurs, l’Etat a conservé jusqu’à présent sous sa coupe directe la fabrication du matériel de l’armée de terre, avec Giat-Industries et de la Marine nationale, avec la Direction des Constructions Navales (DCN). C’est parmi ces personnels, épargnés jusque-là, que des diminutions importantes d’effectifs sont effectives depuis 1996, avec les plans des ministres successifs, Joxe sous la gauche, Millon sous la droite, etc. Ces salariés sont des ouvriers d’Etat, bénéficiant d’un statut comparable par bien des aspects à celui de fonctionnaire, avec cependant quelques différences : leur grille salariale est plus favorable que celle des fonctionnaires, ce qui n’est pas très difficile, vu les très bas salaires des petits grades dans la fonction publique ; ils ne peuvent être mutés d’office sur tout le territoire comme c’est le cas pour les fonctionnaires, mais il faut qu’ils soient volontaires. Pour l’essentiel cependant, c’est-à-dire la garantie de l’emploi, ils sont logés, pour l’instant, à la même enseigne. Ils ne peuvent être purement et simplement victimes d’un plan dit social, à l’instar des salariés du privé.

Les dispositifs permettant les suppressions d’effectifs

Ce qui n’empêche pas les suppressions massives d’effectifs, obtenues à travers de nombreux dispositifs : départs naturels non remplacés, départs en pré-retraite à partir de 52 ans, et depuis peu possibilité de quitter l’entreprise à 52 ans pour les travailleurs exposés à l’amiante, enfin mutations volontaires dans d’autres secteurs dépendant de la Direction des Constructions Navales ou de la DGA (délégation générale de l’armement).

Le plan de réduction des effectifs, entamé depuis 1996, se poursuit depuis lors : dernière charrette annoncée, celle de Giat Industries, qui supprime la moitié de ses emplois d’ici 2006 ! Plusieurs usines seront fermées. Le fabricant du char Leclerc annonce la suppression de 3750 emplois sur 6250, lors d’un sixième plan de réduction d’effectifs. Deux statuts coexistent : ouvrier d’Etat et de droit privé. Les premiers ne pourront pas être purement et simplement jetés à la rue, mais subiront des mutations dans des services du ministère de la Défense. L’autre partie du personnel, passée sous statut privé, risque par contre de se retrouver au chômage.

La Direction Générale de l’Armement (DGA), qui regroupe essentiellement des salariés travaillant aux études et à la recherche, est passée de plus de 24 000 salariés à 18 000 en six ans. La Direction des Constructions Navales (DCN) pour sa part, fabriquant sous-marins, porte-avions et autres bâtiments navals militaires, s’est délestée, en quelques années, de milliers de travailleurs : l’arsenal de Cherbourg par exemple, est ainsi passé de 4600 à 2500 personnes depuis 1996. Ceci sans compter tous les emplois induits, c’est-à-dire en premier lieu les ouvriers de la sous-traitance, qui ont pris de plein fouet les suppressions d’emplois. Les sous-traitants travaillent pour de toutes petites entreprises, engraissées pendant des années par les commandes d’Etat, et ne bénéficient bien sûr d’aucune protection quant à l’emploi. C’est ainsi que les syndicats du Giat chiffrent à 16 000 le nombre d’emplois induits risquant d’être supprimés par les 3750 suppressions d’emplois annoncées récemment dans cette entreprise.

Plusieurs raisons aux suppressions d’emplois

L’explication de ce phénomène de suppressions d’emplois est double : d’une part, les commandes militaires ont été réduites. Avec l’effondrement de l’URSS l’Etat a réduit ses commandes d’armes : par exemple, une classe de sous-marins, les SNLE, passe de six à quatre. Et il en va ainsi dans tous les secteurs de l’armement. Par ailleurs, l’Etat confie à des entreprises la construction complète d’une partie de son matériel : par exemple à Cherbourg, l’avant du sous marin est entièrement fabriquée sous contrôle d’entreprises privées, alors que jusque-là, des travailleurs d’entreprises de sous-traitance participaient à la construction du bateau, sous contrôle de la DCN, ce qui continue de se faire, mais à moindre échelle. La volonté d’en finir avec des ouvriers bénéficiant d’un statut empêchant pour l’instant leurs dirigeants de les licencier à leur guise comme c’est le cas pour l’industrie privée, pousse également les pouvoirs publics à transformer des entreprises étatiques en sociétés nationales de droit privé.

La politique des syndicats

Comme dans toutes les entreprises du pays, les syndicats se font les chantres de l’entreprise, de son savoir-faire, de ses compétences, etc. Même si dans le cas des armes, le but du savoir-faire défendu est la… destruction massive. La CGT n’est pas la moins en pointe sur le sujet. Ainsi, la CGT du GIAT affirme que sa démarche est « de contribuer à la stratégie d’avenir du GIAT, pour garantir la pérennité de notre outil industriel et sa mise en cohérence avec les besoins de l’armée française », et parle de « plan de reconquête industrielle et sociale » pour « rechercher l’efficacité dans l’indépendance stratégique de la nation ». Dans les arsenaux de la marine, la CGT réclame une véritable politique de défense nationale, et développe une argumentation anti-européenne. Son mot d’ordre est « la défense nationale, c’est l’affaire de l’arsenal ». Elle demande le rapatriement des productions destinées à la défense vers les industries d’Etat. En réalité, cela reviendrait à virer les gars de Matra ou autres industries privées d’armement, pour donner du travail à ceux des arsenaux d’Etat. Les autres syndicats, CFDT et FO ne se distinguent pas par une politique différente.

Le point de vue des révolutionnaires

Bien sûr les suppressions d’emplois dans les arsenaux ne sont pas spécifiques de la profession, car le phénomène touche l’ensemble du pays, toutes les professions, même les plus utiles. Les baisses massives d’emplois sont le résultat d’une politique délibérée menée par le patronat et le gouvernement. Celui-ci donnant l’exemple. Les gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite, affichent depuis de nombreuses années, la volonté d’en finir avec tous les statuts un tant soit peu protecteurs pour les travailleurs. C’est pourquoi ils envisagent, à très court terme, la privatisation des arsenaux d’Etat pour laisser au privé les juteux marchés de l’armement, avec, à la clé, une remise en cause des quelques avantages que les gouvernements avaient accordé à ces salariés à l’époque où ils en avaient grand besoin.

Au delà de ces problèmes généraux frappant toute la classe ouvrière un autre problème se pose pour les révolutionnaires travaillant dans une usine d’armement. Plutôt en effet que de construire des armes qui serviront à mener des guerres coloniales au service des capitalistes français comme en Afrique par exemple, ou même à réprimer d’éventuels conflits sociaux, il vaudrait certes mieux consacrer le budget de l’Etat à la construction de matériels hospitaliers ou scolaires. Et nous préfèrerions bien sûr passer nos heures de travail à fabriquer des choses utiles à la société plutôt que des armes. Mais ce n’est pas une raison pour que les travailleurs de l’armement se retrouvent au chômage. S’il y a besoin de fabriquer moins d’armes, tant mieux. Mais alors, il faut reconvertir ces salariés. Et c’est tout à fait possible : lors de la dernière guerre, il n’y a eu aucun problème pour reconvertir l’industrie civile en industrie militaire, cela s’est fait très vite, et on ne voit pas pourquoi cela ne pourrait pas marcher dans l’autre sens et reconvertir aujourd’hui l’industrie d’armement en industrie civile : les sous-marins peuvent tout à fait servir à l’exploration en eau profonde, ne serait-ce que pour récupérer le pétrole déversé par des bateaux poubelles comme le Prestige par exemple.

Et puis, on ne voit pas pourquoi, à l’instar des généraux qu’on paie à ne rien faire dans l’attente d’un conflit, on ne pourrait pas payer les travailleurs de l’industrie militaire en attendant une reconversion civile.

Laurence VINON


Industries militaires contrôlées par l’Etat

  • La SNPE Société Nationale des Poudres et Explosifs : Avec encore 5000 salariés, les deux tiers de son activité sont à destination civile. Réorganisée en 1971 en société nationale à capitaux étatiques, elle n’emploie que des salariés de droit privé, les derniers ouvriers sous statut étant partis à la retraite.
  • GIAT Industries : fabrique tout le matériel servant à l’équipement de l’armée de terre : chars Leclerc, mais également auto-mitrailleuses, systèmes de détection, etc. 6250 salariés, dont plus de 3000 seront reclassés ou licenciés
  • DCN : direction des constructions navales, en charge de la fabrication de tout le matériel de la marine nationale.
    13 300 salariés à la fin de l’année 2002, dont 11 000 ouvriers d’Etat, 2 500 fonctionnaires et 800 contractuels, et quelques centaines de sous-traitants répartis sur les différents sites, dont le nombre varie d’un jour à l’autre. Objectif : suppression d’un millier d’emplois en trois ans.
  • Arsenal de Cherbourg  : fabrication des sous-marins, moins de 3000 salariés
  • Arsenal de Toulon  : réparation et entretien, environ 2000 salariés
  • Arsenal de Lorient : construction de bâtiments de surface, 2000 salariés
  • Arsenal de Brest  : entretien des sous-marins et construction de porte avions, dont le Charles de Gaulle, plus de 4000 salariés
  • Le reste se répartit entre Saint Tropez (torpilles) et Indret (propulsion et fabrication d’énergie)
  • AIA : ateliers industriels de l’aéronautique, trois ateliers situés à Clermont Ferrand, Bordeaux et Cuers, regroupent 3000 salariés, spécialisés dans l’entretien et la réparation de l’aviation militaire.

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Réactions à cet article

  • bonjour , apres lecture de votre article , j’ai envie de reagir sur un point qui a mon sens vous ne developpez pas assez voir pas du tout. vous parler , a juste titre de la suppression d’emplois, des ouvriers d’états en concurrence avec le secteurs privé, mais au delà des questions certes préoccupantes de l’emploi, il y a aussi la question de « qui detiens les armes et qui gère l’armement francais ». si l’on ouvre le capital de dcn aux entreprisent privées elles pourront gérer l’armement et, la défense nationales ne sera plus comme son nom l’indique, nationale, mais bien privée. voulons nous ouvrir le marché des armes ? les propositions qui sont faites aux ouvriers de DCN sont de « vendre » leur statut et de travailler pour des entreprise telles que thales ? quelle securité ont ils de ne pas devenir des trafficants d’armes légalisés ?

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