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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 14, mars-avril 2001

Les traminots de Rouen contre la pieuvre Vivendi

Mis en ligne le 1er avril 2001 Convergences Entreprises

Les 900 traminots de l’agglomération sont syndiqués à plus de 30%. S’il y a régulièrement des grèves en fin d’année sur les salaires, ils avaient jusqu’alors peu de contacts avec les autres travailleurs de l’agglomération. Leur patron, qui gère les transports financés par les impôts locaux et reçoit chaque année une subvention pour son intervention, est Vivendi.

La grève, majoritaire chez les conducteurs, commence en décembre à l’appel de la CGT et de FO pour une augmentation de salaire de 5%. Les piquets des grévistes bloquent bus et tram. L’opinion publique est peu favorable, y compris dans les milieux populaires des quartiers excentrés. Au bout de deux semaines, les syndicats acceptent une augmentation de 2,3% pour reprendre le travail. C’était sans compter sur la volonté de la direction de casser les grévistes. Dans les heures suivant l’accord, elle engage des procédures de sanctions pour « entrave à la liberté du travail », qui se concrétiseront par 5 licenciements de grévistes « du rang », espérant qu’ils seraient isolés face à la répression.

La solidarité

C’est l’inverse qui va se passer. La solidarité avec les otages est très forte : la grève continue contre les licenciements. Certains des traminots les plus combatifs entament une grève de la faim en occupant le hall de la mairie de la gauche plurielle qui soutient la concession donnée à Videndi. C’est un acte déterminé de grévistes qui veulent créer un point de fixation incontournable : personne ne reprendra le travail tant qu’ils seront en grève de la faim. Les décisions finales proposées par les dirigeants syndicaux dans des assemblées-meeting ne seront acceptées qu’après validation par les grévistes de la faim. Ils vont de ce fait jouer un rôle certain dans l’intransigeance sur les revendications.

La grève contre les licenciements est beaucoup moins impopulaire. En outre, les militants ouvriers combatifs des autres secteurs se mobilisent spontanément contre les licenciements. On retrouve un peu l’ambiance et les acteurs de 1995 dans les initiatives de soutien aux traminots : deux manifestations dynamiques de 1200 personnes, des collectes significatives, des contacts quotidiens. Malheureusement, les syndicats de la TCAR refusent d’être à l’initiative d’une structure de soutien sur la ville, qui aurait permis des initiatives de solidarité plus audacieuses.

Le coup de colère

Au bout de trois semaines de grève supplémentaires, Vivendi maintient les licenciements assortis de mutations dans des filiales du sud de la France financées par une prime de 120 000 Francs. Trois acceptent, un part avec une prime de 250 000 Francs (il a retrouvé du travail ailleurs). Le dernier refuse ces propositions, il est embauché par la Communauté d’agglomération. Ce n’est pas la victoire, mais comme les intéressés acceptent, les grévistes s’apprêtent à reprendre le travail. La direction rajoute des conditions. C’est l’explosion de colère, les grévistes à bout veulent tout bloquer. Les femmes de grévistes présentes et les militants solidaires les suppléent pour bloquer la circulation des bus centre ville et surtout pour totalement bloquer les gares des bus et des trams à partir de 4 heures du matin, soutenus par les piquets de grévistes sur les trottoirs. La direction signe finalement l’accord dans une ville privée de tout transport en commun au bout de 38 jours de grève, en n’ayant pas réussi à briser la résistance ouvrière.

Deux semaines après, ils sont à nouveau en grève la journée de l’inauguration d’une nouvelle ligne, réclamant une prime de mise en route, et vont en manif gâcher la fête des élus de la gauche plurielle. La pieuvre Vivendi a cherché à briser la combativité des traminots, elle n’a pas réussi.

Le 14 Mars 2001, Charles PAZ

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