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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 3, mai-juin 1999 > DOSSIER : L’offensive Jospin contre les retraites

DOSSIER : L’offensive Jospin contre les retraites

Les syndicats préparent la capitulation en rase campagne

Mis en ligne le 1er juin 1999 Convergences Politique

Des réactions aux propositions du Medef….

Lorsque l’organisation patronale réclame l’allongement de la durée de cotisation à 45 ans, l’élimination des régimes spéciaux plus favorables et la création de fonds de pension .. tous les dirigeants syndicaux sortent de leurs gonds et crient à la provocation, unanimes. Tous les secrétaires généraux des organisations syndicales y vont de leur déclaration fracassante. Bernard Thibault, pour la CGT, dit qu’« on est dans le registre des fantasmes patronaux, puisqu’à aucun moment,., le Medef ne peut espérer attendre des salariés qu’ils acceptent que la retraite soit fixée à 70 ans … », la confédération qualifie de « provocation » la position patronale. Nicole Notat, pour la CFDT estime qu’elle est « à la fois provocante et inconséquente » et ajoute « Quand je vois comment les entreprises aujourd’hui font du zèle pour mettre en dehors de l’entreprise, soit au chômage, soit en préretraite, nombre de salariés à partir de 55 ans, je me dis que le Medef n’est pas à une contradiction près. » Marc Blondel, pour FO, en rajoute : « C’est pire que de la provocation, c’est une espèce de condensé de toutes les propositions patronales qui ne sont même plus, à mon avis, des positions du Medef, mais les positions des compagnies d’assurance ». Diantre, quel radicalité dans ces déclarations ! Sont-elles l’annonce d’une levée de boucliers contre l’attaque frontale contre les retraites que nous prépare le gouvernement ?… Pas vraiment.

...à celles sur le rapport Charpin, tout change !

Parce qu’au fond quelles sont les différences entre les deux ?

Le rapport Charpin propose un allongement de la durée de cotisation à 42,5 ans, l’harmonisation de tous les régimes, la mise en place d’un fonds de réserve et la possibilité de la mise en place de fonds de pension, cette introduction de la capitalisation admise « si elle vient en appui des régimes par répartition, comme le fonds de réserve récemment créé ». Sur ce dernier point, les précautions du rapport sont de la poudre aux yeux : dès lors que le système mis en place vise à diminuer le niveau des retraites versées, il est évident que la logique est de diminuer progressivement la part de la répartition au profit de la capitalisation. Bref le rapport Charpin propose de débattre beaucoup pour arriver en douceur au même résultat, sans affrontement.

Cette fois-ci le ton est tout autre

Comme d’habitude, la direction de la CFDT adopte une position de combat contre les travailleurs. Nicole Notat estimait dès février qu’il fallait remettre en chantier la retraite des fonctionnaires : « Tout le monde sait très bien que si tout reste égal par ailleurs, le paiement des pensions des fonctionnaires représentera un tel poids dans le budget de l’Etat que les fonctionnaires se demandent légitimement si on ne va pas leur massacrer leur retraite, si au contraire on ne va pas sabrer fort dans l’emploi des fonctionnaires demain ou si tout simplement l’Etat ne sera plus en capacité d’assurer d’autres missions qui sont les siennes » et elle ajoutait « il faut faire attention à ces questions de comparaison et d’inégalité entre régimes, il faut surtout éclairer l’avenir et garantir l’avenir ». Pour garantir l’avenir, la CFDT estime la méthode de discussion bonne et ne critique rien des conclusions du rapport Charpin, même pas le projet d’allongement de la durée de cotisations puisque JM Toulisse, secrétaire national chargé de la protection sociale dans CFDT-Magazine d’avril déclare « Plutôt que de se focaliser sur l’âge de la retraite, la CFDT préfère débattre de la durée de cotisation. Ainsi ceux qui ont commencé à travailler tôt pourront prendre leur retraite une fois leur période de cotisation achevée et non pas à l’âge obligatoire qui dans leur cas prolongerait leur carrière. Inversement ceux qui sont entrés plus tard dans la vie active ne se verraient pas imposer un âge couperet interrompant leur acquis de carrière ». Elle y met cependant deux conditions : des droits complets dès l’apprentissage et un travail même partiel et l’arrêt de l’exclusion des travailleurs âgés. On est sûr que patrons et patronat tremblent à l’énoncé de ces exigences !!!!

La CGT se refuse à toute critique directe du rapport Charpin. Christophe le Duigou, responsable des questions économiques à la CGT, dit en attaquant les propositions du Medef que les « réels problèmes » que sont « l’ampleur du chômage qui fragilise le système par répartition, les évolutions démographiques » à venir « exigent de toutes autres solutions ». Dans une interview aux Echos il estimait prudemment qu’un « allongement de la durée de cotisation est socialement inacceptable ». Cette déclaration n’est pas un dérapage d’un responsable droitier. C’est aussi ce que le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault souhaite benoîtement dans un entretien aux Echos (6 avril) : « que le gouvernement ouvre un nouvel espace de négociations permettant aux organisations syndicales de s’exprimer sur le contenu du rapport et sur les alternatives qui n’ont pas forcément été étudiées à fond. » Ce n’est pas là du langage réservé à la presse patronale puisque la Vie Ouvrière du 9 avril constate que dans le rapport Charpin « il n’est pas question de substituer la capitalisation à la répartition, il n’est pas non plus proposé de créer des fonds de pension d’entreprises, mais de constituer un bas de laine ». Dans le même numéro le secrétaire des retraités CGT appelle les organisations syndicales, les salariés et les retraités, à… « se préoccuper plus fortement des régimes de retraites » !

Marc Blondel, qui se félicite aussi que M. Charpin soit « plus modéré en ce qui concerne les fonds de pension », part toutefois en guerre contre toute remise en cause des régimes spéciaux et FO rejette tout allongement de la durée de cotisation en avançant un slogan simple : « 37 ans et demi pour tous », repris dans la manifestation FO du 1er mai. Une campagne d’affiches est même engagée. On verra si FO engage une véritable mobilisation.

Les syndicats CGT, CFDT, FO, CFTC, Sud-Rail, CGC et Fgaac de la SNCF ont publié un communiqué le 12 avril qui rejette « tout allongement de la durée de cotisations », conteste « le diagnostic et les perspectives délibérément catastrophiques » du rapport et « entendent créer les conditions pour rassembler le plus largement possible les cheminots »… mais ils en sont restés là. SUD Ptt diffuse un tract dénonçant les arguments du rapport Charpin et dans son journal déclare : « il faut que tous ceux qui sont décidés à défendre notre système de retraite et à lutter contre l’allongement de la durée de cotisation se mettent d’urgence en ordre de bataille. »

Les Confédérations CGT et CFDT, quant à elles, sont surtout occupées aujourd’hui à négocier leur place respective dans la négociation avec le patronat et le gouvernement. Elles sont également intéressées à la la gestion des sommes en discussion, voire à la gestion d’un certain type de fonds de pension. Organiser la mobilisation contre toute cette machinerie anti-ouvrière est le moindre de leurs soucis. Ne faisons confiance qu’à nos luttes !

Charles PAZ


Les retraites au congrès de l’UD CGT de Seine Maritime

Le document revendicatif présenté au congrès restait dans le vague le plus absolu sur cette question (comme sur beaucoup d’autres d’ailleurs ). Un syndicat présente un amendement simple, contre la remise en cause des régimes spéciaux, le refus clair des fonds de pension, et l’exigence du retour aux 37,5 annuités de cotisation pour tous.

Le responsable de la Confédération présent au congrès, Denis Cohen, intervient contre l’amendement, en argumentant contre toute position bloquée et figée, se moquant de ceux qui s’agitent dès qu’un chiffon rouge leur est présenté. Il est soumis au vote du congrès juste après cette intervention. L’immense majorité des congressistes vote malgré cela pour l’amendement. La tribune n’a pas estimé opportun de comptabiliser l’ampleur de la défaite, elle est pourtant significative de la réaction spontanée de bien des militants syndicaux, y compris des responsables de sections composant majoritairement le congrès.

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