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DOSSIER : Les retraites en question : faux problèmes, vraies arnaques

Les syndicats enfin unis… pour sonner la retraite ?

Mis en ligne le 19 janvier 2003 Convergences Politique

Pas facile à la simple lecture des programmes des différentes confédérations syndicales, de dire ce qui les différencie vraiment sur la question des retraites. Encore moins depuis qu’elles ont ensemble, en ce début de janvier, publié une déclaration en sept points affirmant la nécessité d’une réforme, accompagnée d’un appel à manifester le 1° février. Il y avait certes jusque-là la « bonne volonté » affichée par la CFDT d’aligner la durée de cotisation du public sur le privé à 40 ans, alors que FO ou CGT s’y déclaraient formellement opposées. Mais tous les dirigeants confédéraux s’étaient positionnés en adversaires des projets du Medef, jurant vouloir maintenir la retraite à 60 ans, le système par répartition et le niveau des pensions.

Après l’intransigeance…

La CGT par exemple, dans sa brochure de juin 2002, se prononçait pour « l’accès de tous, dès l’âge de 60 ans, à une retraite nette de cotisations sociales, représentant au moins 75 % du revenu d’activité, toutes primes comprises, lui aussi net de cotisations sociales ». Elle proposait « la validation dans tous les régimes, en plus des périodes de chômage, de maladie, d’invalidité, de service civil ou militaire, de maternité ou de congé parental, des périodes de formation (études supérieures ou apprentissage), de recherche d’un premier emploi d’abord, d’un emploi stable ensuite, et cela à partir de l’âge de 18 ans ». Elle se disait « favorable au retour aux 37,5 années de durée d’assurance tous régimes confondus... ». Avec dans le privé un calcul sur les 10 meilleures années et non les 25 comme depuis la réforme Balladur de 1993, et dans le public sur la rémunération de fin de carrière.

Mais que demande le peuple ?

…les ambiguïtés

Tous reconnaissaient cependant que du fait des « évolutions démographiques », financer les retraites nécessitera des ressources supplémentaires. Et les ambiguïtés commencent justement au niveau du financement. La CGT proposait l’intégration de tous les éléments de rémunération dans l’assiette des cotisations, l’extension de l’assiette des cotisations patronales à l’ensemble de la valeur ajoutée, la taxation des revenus financiers des entreprises. Rien à dire jusque là. Mais elle avançait aussi « le recours ensuite à des augmentations de cotisations pour faire face aux besoins de financement supplémentaires non couverts par les mesures précédentes »... Et précisait qu’elle était « favorable à des mesures d’harmonisation progressives et négociées, régime par régime, entre le public et le privé, d’une part et entre les différents régimes existants à l’intérieur de chacun de ces secteurs d’autre part, dès lors que celles-ci visent à assurer les mêmes droits aux uns et aux autres dans le respect des diversités et des spécificités ».

Dire simplement qu’il faudrait faire payer les patrons aurait été une formule certes moins emberlificotée… Elle aurait sans doute eu l’inconvénient de faire paraître les dirigeants de la confédération trop opposés à la « réforme » pour se poser en « partenaires » d’une négociation.

Quant à la durée de cotisation, que deviendrait-elle si était appliquée cette demande de la CGT – identique d’ailleurs à celle de la CFDT – : « une véritable liberté de choix pour les salariés d’anticiper par rapport à l’âge de 60 ans leur départ en retraite, ou au contraire retarder au-delà de cet âge leur cessation définitive d’activité… ». Difficile là de ne pas penser à « la liberté » pour les travailleurs de ne plus partir à 60 ans et à « l’égalité » entre public et privé via l’alignement par le bas de tout le monde, chères au gouvernement et au patronat.

Des compromis…

Si la CFDT ou la CFTC n’ont, dès le début, pas voulu se montrer hostiles à l’épargne salariale ou autres fonds de pensions, à la française ou pas, l’opposition de la CGT s’est trouvée fortement tempérée lorsqu’elle a annoncé sa participation au « Comité intersyndical de l’épargne salariale », un organisme permettant aux confédérations syndicales de mettre un pied dans cette nouvelle institution, où se retrouvent toutes les confédérations, excepté FO. La centrale de Marc Blondel n’avait pas manqué de fustiger le retournement de la CGT et elle dénonçait en termes justes les fonds de pension tout comme « l’épargne salariale » mise en place par Fabius. Elle précisait cependant : « Rien n’empêche les organisations syndicales de participer aux négociations obligatoires instaurées par la loi au niveau des entreprises et des branches, à condition de ne pas oublier les salaires et de ne pas prôner la capitalisation. Les organisations FO, par exemple, participeront à ces négociations pour ne pas laisser de côté une amélioration possible des revenus des salariés, comme elles le font pour l’intéressement et la participation ». Pas tout à fait sans FO donc…

…à « l’unité »

Les positions énoncées au départ des uns et des autres étaient finalement moins éloignées qu’il n’y paraissait. Au nom de l’unité syndicale, des retrouvailles ont donc été possibles, au moins pour un temps. La proposition de la CGT de faire une journée nationale sur la retraite a ainsi entraîné l’adhésion des autres syndicats.

L’accord du 6 janvier s’est fait sur des bases qui ont permis à la CFDT d’écrire au lendemain : « Pour la CFDT, ce texte, bien qu’étant un texte de compromis, reprend la totalité de nos demandes. » ajoutant : « FO, qui sort d’une campagne électorale pendant laquelle elle s’est opposée à toute idée de réforme, où elle a combattu l’idée de retraite à la carte et a défendu une durée de cotisation de 37,5 ans pour tous (…) en signant finalement le texte commun (…) a été, de fait, contrainte de manger son chapeau. »

Dans le texte en question ne figure effectivement rien sur les régimes spéciaux existants, rien sur le retour à 37,5 ans, rien sur la référence aux dix meilleures années, rien sur le temps de cotisation. Si la déclaration parle de « viser un haut niveau de retraite », leurs signataires se gardent de le définir et aucune indication n’est avancée sur le financement.

La journée du 1er février, surtout si elle était sans lendemain, ne nuirait donc pas à leur objectif de siéger autour du tapis vert. Elle pourrait même concourir à donner l’illusion qu’elles ont fait ce qu’elles ont pu. Ce serait dans le droit fil de la journée d’action du 3 octobre des fédérations d’EDF-GDF, laquelle a mené à une entente entre sommets – incluant la CGT majoritaire et la plus influente, mais à laquelle seule FO a refusé de s’associer – pour faire accepter la signature d’un accord, véritable capitulation. Heureusement, le résultat du référendum organisé par les dirigeants de la CGT s’étant transformé en désaveu pour son dirigeant fédéral Denis Cohen et pour les organisations signataires, va compliquer la tâche du gouvernement… comme des dirigeants syndicaux prêts à brader les acquis des travailleurs.

Quant aux organisations politiques de la gauche leur « opposition » ne saurait inquiéter ou réfréner ni le patronat ni le gouvernement. D’abord le Parti socialiste avait promis en gros la même réforme que celle de la droite. Ensuite le Parti communiste a repris en guise de programme sur les retraites les formules de la CGT. Ce n’est donc pas lui qui empêchera celle-ci de négocier tous les virages auxquels elle s’apprête. Comme elle il saura au besoin lui aussi se raccrocher au prétexte de l’unité syndicale, ou sans elle invoquer « l’autonomie du mouvement social »

Si les travailleurs ne comptaient que sur les confédérations syndicales ou sur la gauche pour défendre leurs retraites et faire barrage à Raffarin, ils auraient de quoi se faire des cheveux blancs !

Louis GUILBERT

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