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Après les chassés-croisés des élections municipales : où va l’extrême gauche ?

Les résultats d’une (trop) fine tactique électorale

Mis en ligne le 21 mars 2008 Convergences Politique

33 élus Lutte ouvrière en 2001 mais sur notre propre programme. En 2008, 36 au premier tour, sans doute autour de 80 au final mais après avoir couru derrière toutes les variétés de la gauche pour obtenir des places éligibles sur leurs listes. On peut se demander si le compromis en valait la chandelle.

Union de la gauche. Mais quelle gauche ?

« Une élue de droite et des militants LO sur la même liste » titrait Le Parisien du 19 février des Yvelines. Car la liste « Vivre les Mureaux autrement » sur laquelle le militant LO de la ville s’est retrouvé, faute d’avoir obtenu une place sur la liste du maire « divers gauche », ne correspondait pas beaucoup au qualificatif de liste d’union PC-LO sous lequel Lutte ouvrière l’avait pudiquement classée. Le patron d’une entreprise de location de véhicule qui la présidait et qui se réclamait du plus parfait apolitisme ( « progressiste » il est vrai), avait recruté, outre le militant de LO, une élue sortante de l’opposition de droite à la mairie. Certes y figuraient également au moins deux membres du PCF, dont le conseiller général. Accusé par le maire d’être un sous-marin du PC sur une liste de droite, celui-ci s’en défendait dans un tract à la population : « La vérité est que la liste “Vivre les Mureaux autrement” est tout simplement une liste qui n’émane d’aucun parti. Elle n’a pas d’étiquette politique… Il y a parmi ses membres des communistes mais aussi des socialistes, des républicains, des écologistes, des centristes convaincus, des militants de Lutte ouvrière, une conseillère municipale de l’ex-groupe de la majorité présidentielle, de personnes qui ont fait des choix différents lors de l’élection présidentielle… » . Pour donner « une gifle à Sarkozy » ce n’était pas le vote le plus clair ! Quant à l’Union de toutes les forces de gauche, le patron de la liste précisait d’entrée qu’il n’était pas question pour lui de fusionner avec la liste du maire au second tour. Il n’en n’a pas eu l’occasion. Le maire a été reconduit dès le premier, et exit le candidat de LO, trop bas sur la liste pour « vivre les Mureaux autrement » au conseil municipal.

Le cafouillage de la politique d’alliance de LO n’est pas le seul. La liste socialiste de Perpignan était, tout au moins au premier tour, typiquement de gauche, rassemblant toute la famille, PS, PC, Radicaux, gauche catalane… jusqu’à LO. À l’exception dautre fraction du PS, qui avait sa propre liste. Mais ce dont la chef de file de « Unissons nos talents pour Perpignan » était la plus fière, c’était d’avoir réuni sous sa houlette l’employé de super-marché (le candidat de LO) et le patron d’une des plus grandes entreprises de la région (700 employés). La fusion, prévisible d’avance, au second tour avec le Modem (ainsi qul’autre liste PS) a heureusement clos l’aventure pour notre camarade.

Et dans la panoplie des mauvaises fréquentations, signalons l’ironie du journal Nord Éclair sur la présence au coude à coude sur la liste du maire sortant de Villeneuve-d’Ascq de candidats de Lutte ouvrière et d’une « personnalité civile » marquante : un ancien commissaire divisionnaire de Lille. « Quand le sifflet rejoint la faucille et le marteau » persiflait le quotidien.

Marquer contre son camp

Pour vouloir « faire gagner Marseille » derrière Jean-Noël Guérini, il ne fallait pas non plus être très regardant. Le candidat socialiste est depuis des années président du conseil général des Bouches-du-Rhône. C’est à ce titre qu’en 2005 il décrétait la guerre à ceux qu’il appelait « les profiteurs du RMI » (un tiers des 69 034 Rmistes du département suspects, d’après ses estimations). Des contrôleurs allaient être embauchés et une trentaine d’agents de l’ANPE mis à disposition (après sélection excluant a priori tout syndicaliste) pour contraindre les Rmistes à prendre n’importe quel emploi, sous menace de radiation. « J.N. Guérini, ce pourfendeur de Rmistes, n’est ni un membre de la clique de Raffarin ni un partisan affirmé de la droite, c’est un membre éminent du Parti socialiste. C’est même peut être lui qui bientôt nous expliquera que pour réduire le chômage et les inégalités, il suffira de bien voter... pour son parti, le Parti socialiste ! » , concluait Lutte ouvrière du 8 avril 2005. C’est ce qu’en 2008, sans explication, LO a fait.

La fusion pour le second tour des listes de Guérini avec le Modem, qui a conduit la candidate de Lutte ouvrière dans le 1er secteur à se retirer (de toute façon Guérini avait besoin de faire de la place) était déjà dans l’air bien avant le premier. Puisque début janvier le chef de file avait déjà déclaré à la presse être « très favorable, dans l’intérêt de Marseille, à ouvrir [ses] listes au soir du 1 er tour aux responsables du MoDem… ».

Mais, à l’école de son illustre prédécesseur Gaston Deferre qui avait régné sur Marseille sans discontinuer de 1953 à 1986 souvent en alliance avec une partie de la droite, Guérini, pour regagner Marseille n’a pas attendu ce ralliement pour chasser sur les terres de Jean-Claude Gaudin en débauchant dès le premier tour pour ses listes quelques notables locaux de l’UMP marseillaise : François Franceschi, partisan de Charles Pasqua, tête de liste sur le 4e secteur ; André Varèse, adjoint UMP sortant du premier secteur, le 3e sur la liste Guérini, là où la porte-parole régionale de Lutte ouvrière occupait la 26e place. La fusion au second tour a donné à celle-ci l’occasion de se retirer, mais pas à la candidate LO du 7e secteur où les centristes n’ont pas passé les 5 %. L’élue LO du premier tour (8e secteur), risque de se trouver dans cette équipe municipale en bien piètre compagnie.

Plutôt Hollande que Besancenot

À Belfort, la majorité de Lutte ouvrière a choisi le camp de l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense. Un choix judicieux, pourrait-on dire électoralement parlant, puisque les chevènementistes sont arrivés devant le PS et que le camarade est resté en position éligible sur la liste fusionnée. Mais au nom de quel programme ? Sécurité, aide à l’implantation d’entreprises, pôle de compétitivité…

Heureusement que les camarades de la majorité n’ont bien souvent pas eu la même chance et furent « contraints » de se présenter sous leur propre étiquette !

Mais ce n’est pas faute d’avoir quémandé. « Ce n’est pas pour la raison avancée par le maire dans votre journal » se plaint dans la presse le candidat de Lutte ouvrière de Besançon, après avoir vu sa candidature refusée par le maire socialiste de la ville. « Nous n’avons jamais demandé la possibilité de ne pas voter le budget, au contraire, nous avons dit que nous serions loyaux ». Alors demande le journaliste, pourquoi ne pas faire alliance avec la liste LCR ? « Nous restons communistes et trotskistes, et en tant que tels nous ne nous reconnaissons pas dans le nouveau parti que veut fonder Besancenot » ( Est Républicain du 18 janvier). C’était la réponse numéro 1, celle qu’ont répétée aux journalistes des quatre coins de la France les solliciteurs malheureux, pour expliquer qu’ils se résignaient à présenter une liste Lutte ouvrière.

Aux lecteurs de se demander comment des trotskystes aussi intransigeants se reconnaissent plus dans l’union des partis de Buffet, Chevènement ou Hollande !

O.B.

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