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DOSSIER : L’Inde : nouveau « miracle » de l’économie capitaliste ?

Les multinationales à l’assaut du marché indien ?

Mis en ligne le 10 mai 2007 Convergences Monde

L’Inde, avec son milliard d’habitants et son nouvel essor économique, semble faire rêver les grands groupes du monde entier. Fantasme ? En tout cas nombreuses sont les multinationales, confrontées aux limites sinon à la saturation des marchés dans les pays développés, qui lorgnent vers ce nouvel Eldorado.

L’industrie automobile commence tout juste à y investir. Renault a annoncé qu’il lancerait sa Logan en association avec le constructeur automobile indien Mahindra. Il compte produire 400 000 voitures par an d’ici sept ans. En 2006, quelque 1,1 million de voitures ont été vendues en Inde. D’après les études de marché, ce chiffre pourrait atteindre les 2 millions d’ici à 2010. Mais Renault n’est pas le seul à avoir eu cette idée, et le nouveau filon indien pourrait, lui aussi, vite saturer ! Trois modèles concurrents de la Logan viennent d’être lancés par l’américain General Motors, l’italien Fiat (en partenariat avec le groupe indien Tata Motors) et le sud-coréen Hyundai. BMW et Volkswagen sont aussi sur les rangs.

Les géants mondiaux de la grande distribution projettent aussi de s’implanter en Inde, mais il leur faut vaincre un certain nombre d’obstacles. L’Inde est le pays du commerce de détail, assuré par les 15 millions d’échoppes du pays qui en font le réseau de distribution le plus atomisé au monde. Les infrastructures sont encore loin d’être adaptées à la civilisation automobile requise par l’hypermarché, puisqu’il n’existe en Inde que 200 km d’autoroute ! D’autre part, les lois n’autorisent pas encore les groupes étrangers à investir sans partenaire local. Carrefour, Auchan et autres Wal-Mart devront donc s’entendre avec Tata, Bharti, Reliance ou Godrej qui prévoient d’ouvrir leurs chaînes de supermarchés.

Un milliard d’habitants ne rime pas avec un milliard de consommateurs…

Dans un pays où la pauvreté reste un phénomène de masse, les consommateurs assez riches pour acquérir les produits des firmes multinationales sont forcément une minorité. Mais une minorité à l’échelle d’un pays si peuplé constitue quand même des millions d’acheteurs, non négligeables pour toutes les études de marché ! D’après le NCAER (Conseil national de recherche en économie appliquée) il y avait en 1997-1998 un million de ménages très riches, soit 6 millions de personnes. Ils seraient aujourd’hui 5 millions de ménages, soit 30 millions de personnes. Eux seuls ont les moyens de consommer régulièrement les marques internationales. Des baskets Nike coûtent par exemple l’équivalent du salaire mensuel d’un chauffeur.

Juste en dessous des très riches dans l’échelle sociale, il y a bien quelques 150 à 250 millions de personnes selon les estimations, qui représenteraient l’équivalent de la classe moyenne des pays industriels. Mais pour le moment, leurs capacités d’achat sont bien inférieures à ce que souhaiteraient les investisseurs étrangers. Manger au Kentucky Fried Chicken reste un luxe pour ces millions d’Indiens ! Ces familles achètent surtout des marques indiennes, dont les prix leur sont accessibles. Depuis les années 1980, les dépenses de consommation ont cependant augmenté pour l’ensemble de la population : en 1975, 73 % du budget familial dans l’Inde rurale était consacré à l’alimentation contre 59 % en 2005, signe que le pouvoir d’achat augmente même dans les villages. Un tiers des ménages possède une télévision ; tous, hormis les plus démunis, ont une montre, une bicyclette et une radio. Mais il n’y a sans doute pas là de quoi satisfaire tous les espoirs que les multinationales semblent mettre dans les consommateurs indiens.

Ceci dit, comme l’a conseillé récemment la Banque mondiale avec cynisme, le secteur privé ne devrait pas ignorer le pouvoir d’achat des 4 milliards de pauvres que compte la planète. C’est sans doute cet avis qui a donné l’idée à Unilever d’investir les campagnes indiennes, avec le premier shampoing vendu en sachet de 7 millilitres à un centime d’euro, en confiant son réseau de distribution aux villageois par le biais du microcrédit… On n’arrête pas le progrès !

Lydie GRIMAL

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