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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 111, février-mars 2017

Les hoquets de résurrection de la gauche

Mis en ligne le 12 mars 2017 Convergences Politique

Balle au centre pour Macron qui quittait l’équipe PS pour jouer en solo ; retour au vestiaire d’un Hollande sortant, n’osant même plus défendre son bilan ; et Valls, le plus impopulaire de ses poulains, disqualifié aux primaires... le PS, après les cinq ans de pouvoir de Hollande, semblait bien renvoyé en deuxième division pour le match présidentiel 2017.

Mais voilà que le sursaut est venu des bancs de touche, avec l’élection surprise aux primaires socialistes de Benoît Hamon, retiré du jeu gouvernemental depuis août 2014 après avoir été deux ans ministre de Hollande, et auréolé d’un qualificatif de « frondeur ». Pénélope Fillon a fait le reste en faisant chuter les sondages favorables au candidat de la droite pour le premier tour des présidentielles. Aux dires des sondages actuels (qui valent ce qu’ils valent), la porte serait rouverte pour la finale : au lieu de celle précédemment annoncée entre la candidature d’extrême droite et celle de droite extrême, dure si ce n’est pure, le match pourrait se jouer entre Marine Le Pen et le centre Emmanuel Macron, ou entre l’extrême droite Le Pen et l’ailier gauche Benoît Hamon qui ferait désormais jeu égal avec l’attaquant Jean-Luc Mélenchon.

Du coup, remue-ménage à gauche pour tenter de nous refaire le coup de l’Union de la gauche et du « vote utile » pour un PS que l’ensemble du monde du travail vomissait au printemps dernier. Évidemment sous prétexte d’éviter le pire.

Enchères sur les postes

Désistement à la présidentielle contre X postes de députés à l’élection du mois suivant, les marchandages sont partis. Le candidat écologiste, Yannick Jadot, ne s’est pas fait prier longtemps, annonçant son ralliement à la candidature de Benoît Hamon. L’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot aurait déjà récupéré l’investiture du PS pour un poste de députée de Paris. Elle peut remercier Jadot de son retrait, qui lui avait volé la première place à Écologie les Verts, et qui lui, Jadot, escompte probablement un poste de ministre en cas de succès de l’opération.

Hamon, quant à lui, caressa l’idée d’obtenir la soumission du candidat de la « France insoumise ». Les pressions, pétition Internet ou appels de « personnalités » à l’appui, allèrent bon train pour obtenir de Mélenchon qu’il retire sa candidature.

Après quelques minauderies, et un dîner entre ex-ministres vendredi 24 février, Mélenchon semble préférer faire chambre à part, et Hamon lui faire le coup du mépris : « Il m’a confirmé qu’il sera candidat… Dont acte. ». En attendant peut-être que les pressions s’accroissent sur Mélenchon de la part de son principal partenaire, le PCF. Ou plutôt que ce dernier finisse par quitter la « France insoumise », pour revenir convoler à une union de la gauche qui lui offrirait plus de places de sièges à la prochaine chambre des députés.

Car, si Mélenchon aurait beaucoup à perdre à un ralliement derrière le PS, pour le personnage qu’il s’est fignolé de leader d’une nouvelle gauche aux apparences plus radicales, le PCF, lui, condamné à ne jouer d’un côté ou de l’autre que le rôle de second couteau, ne fait que commencer sa valse hésitation.

Entre les deux, mon cœur balance

Il faut se rappeler que c’est à une courte majorité que le PCF avait choisi, en novembre dernier, de se rallier, comme en 2012, à la candidature de celui qui était alors chef de file du Parti de gauche. Bon nombre de ceux qui avaient voté contre proposaient d’attendre le résultat des primaires socialistes, mettant à l’époque leurs espoirs en une candidature Montebourg. Ça n’a pas été lui, c’est donc son frère. Et l’alliance dès la présidentielle avec le nouveau candidat socialiste retrouve pour le PCF tout son attrait.

Du coup, le 14 février, un certain nombre de responsables du PCF (dont le chef du groupe des députés communistes à l’Assemblée) avaient déjà lancé à l’intention de leur parti un manifeste intitulé « PCF : sortons de l’immobilisme », proclamant que ne pas relever le défi d’une « candidature commune pour la présidentielle [...] serait prendre la responsabilité de laisser la voie libre à la droite et à l’extrême droite ». Quelques jours plus tard la direction du PCF elle-même lançait, dans les colonnes de l’Humanité, un « Appel au peuple de France » proposant « un pacte pour une nouvelle majorité de gauche », où elle expliquait que c’était dans l’espoir d’une « majorité de gauche et écologique » qui paraissait « à nouveau possible » que le PCF avait renoncé à présenter son propre candidat. Et le pacte en question de ne proposer au programme de cette éventuelle union rien qui ne puisse gêner Benoît Hamon.

Du coup, dans L’Humanité du lundi 27 février, après l’entrevue Mélenchon-Hamon qui s’est terminée froidement, le secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, sur deux pleines pages titrées « La porte des discussions est ouverte pour un pacte de majorité », ré-insiste sur la nécessité d’un accord d’union de la gauche : « Si nous voulons la victoire de la gauche, il faudra élire un président, puis une majorité parlementaire [qui] ne pourra être vraiment de gauche que si elle compte plus de députés communistes et du Front de gauche qu’elle n’en avait en 2012 ».

Mais s’il n’arrive pas à rabibocher Hamon et Mélenchon (et il a peu de chances d’y réussir en de si brefs délais), le PCF est en plein dilemme : avec lequel de ses deux partenaires a-t-il le plus à perdre ?

VIe République : le nouveau gadget

En attendant les derniers rebondissements à gauche, la campagne continue. Et le PCF reste partant pour le grand show pré-électoral programmé par son allié actuel : appeler leurs partisans respectifs à descendre dans la rue le 18 mars prochain, place de la Bastille à Paris. Non pas contre les patrons, pour interdire les licenciements et augmenter les salaires, mais pour le dernier gadget de ce petit monde politicien : une VIe République. On ne sait pas si Benoît Hamon en sera. C’est peu probable, même s’il a, lui aussi, inscrit sa version d’une VIe République dans son programme. Il faudrait « rompre » avec la Ve République, c’est d’elle et non du patronat et du capitalisme que viendrait tout le mal. Une nouvelle constitution bourgeoise, voilà le remède.

L’essentiel serait, à les en croire, de briser l’arbitraire du régime présidentiel en réduisant les pouvoirs du président élu. Le remplacer par un président pot de fleur, le gouvernement restant tout aussi incontrôlable, comme sous feu la IVe, peut être ? Pour Benoît Hamon, le nouveau converti à la VIe république, il faudrait faire revenir le mandat présidentiel à 7 ans, mais en interdisant la rééligibilité. On n’aurait plus de Chirac pour 10 ans. Mais on aurait un président pour 7 ans au lieu de 5. Quelle victoire ! Pour les élections de députés, tous parlent de proportionnelle (mais « une dose » seulement pour Benoît Hamon) et d’un droit de vote des étrangers (aux élections locales seulement)... comme le promet le PS depuis Mitterrand en 1981 ! Voilà qui aurait peut-être suffi à justifier le ralliement de PCF, qui s’apprêtait à en rabattre sur la proportionnelle intégrale. Cerise sur le gâteau, Mélenchon promettrait aussi l’élection d’une Assemblée constituante. Des élections, encore des élections, toujours des élections... Question d’avoir une année électorale de plus, propice à renvoyer aux calendes grecques les audaces et luttes sociales.

Et donc « Prenons la Bastille » le 18 mars ? Tel est le slogan de cette journée en faveur de la nouvelle république. Le 18 mars est jour anniversaire du soulèvement de la Commune de Paris, en 1871. Les Communards doivent s’en retourner dans leur tombe.

26 février 2017, Olivier BELIN

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