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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 72, novembre-décembre 2010 > L’automne chaud de 2010

L’automne chaud de 2010

Les banderoles rangées, la gauche met le cap sur 2012

Mis en ligne le 5 décembre 2010 Convergences Politique

C’est avant tout les yeux rivés sur 2012 que Martine Aubry, Ségolène Royal, François Hollande et autres Benoît Hamon paradaient en tête de cortèges de manifestants contre la réforme des retraites. Il n’y manquait que Strauss-Kahn, trop occupé, Outre-Atlantique, à mettre au point le plan d’austérité de l’Irlande. Toute la gauche, PS en tête, en pinçait pour la retraite à 60 et descendait dans la rue. Oublié le faux pas de Martine Aubry qui se disait favorable au report de la retraite à 62 ans en avril !

Coté rue et coté Palais Bourbon

Mais point trop n’en faut. Va pour le droit à la retraite à 60 ans, pourvu que personne ne puisse la prendre, ou qu’elle soit au rabais. L’essentiel du « contre-projet » socialiste à la réforme gouvernementale était de défendre l’allongement de la durée de cotisation, tout comme Fillon et Sarkozy, en fonction de l’allongement de la durée moyenne de vie. À condition tout de même, expliquent nos partisans d’une « réforme juste », que l’allongement de la durée de cotisation ne dépasse pas la moitié de l’allongement de la durée de vie. Fifty-fifty, on partage notre vieillesse avec les patrons !

Et les députés socialistes de se prononcer avec la droite en faveur de l’article 4 du projet de loi, celui allongeant la durée de cotisation, le 9 septembre, lors de la discussion de cet article au Palais Bourbon. Seuls les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, regroupant les députés du Parti communiste, de Parti de gauche et des Verts, se sont prononcés contre.

Qu’importe : deux jours plus tard à la fête de l’Humanité, la gauche se trouvait à nouveau unie sur les tréteaux : il « ne sert à rien d’exagérer les différences à gauche. La question est de parvenir, sans nier ces différences, à se rassembler le moment venu pour bâtir un contrat de législature », déclarait au nom du PS Harlem Désir ; « le temps est venu de dire au peuple français comment nous comptons mettre un terme au régime sarkozyste, comment nous comptons sortir de la crise », répondait en écho Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.

Va pour gouverner ensemble en 2012.

Surenchère sécuritaire

À peine le mouvement sur les retraites terminé, le Parti socialiste a trouvé moyen de partir en campagne non sur les problèmes sociaux mais sur la sécurité. Des fois qu’il y aurait, pour lui aussi, des voix à gagner sur ce terrain. Et le voilà reprochant au gouvernement de faire trop d’économies sur les effectifs de police. Accusant Sarkozy « d’opérations spectacles », le PS promet, lui, de passer « de la politique du chiffre à la culture du résultat ».

Que le problème de la délinquance en banlieues soit avant tout le résultat de la misère et du chômage croissant, telle ne serait pas la question : il suffirait d’embaucher dans la police. Mieux vaut tabler sur les préjugés pour grappiller quelques électeurs dans le camp de Sarkozy ou de le Pen (père ou fille) que de s’en prendre aux causes de la petite délinquance. Et encore moins de tabler sur une remontée du mouvement ouvrier qui redonnerait perspectives et espoirs à la jeunesse des quartiers pauvres. Rien d’étonnant de la part du PS. Mais il n’est pas seul : une bonne partie des maires de gauches, y compris PC, raisonnent de même.

« Sur la sécurité, j’ai péché par naïveté », avait déclaré Lionel Jospin avec regret en 2002, après que Chirac et Le Pen lui furent passés devant. Quant à Ségolène Royal, elle promettait comme méthode éducative, en 2007, « l’encadrement militaire » des jeunes délinquants. Que va inventer le PS pour 2012 ?

« Qu’ils s’en aillent tous  »… pour qu’on ait des places ?

Du coté du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon a réussi, lors du mouvement contre le réforme des retraites, à voler la vedette au secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, qui a pourtant bien plus de troupes militantes que lui. Considérant probablement le slogan « Woerth-Sarkozy, dehors ! » comme une revendication à deux balles (dont Sarkozy lui-même vient de réaliser la moitié), le président du Parti de gauche n’a pas eu grand peine à faire, sur le terrain des formules creuses, un peu de surenchère : « Qu’ils s’en aillent tous ! ».

Pour renforcer les mouvements pour la défense des retraites ? Pour proposer des perspectives à cette première réaction d’ensemble du monde ? Non. À cela, il ne propose que de remplacer aujourd’hui la grève par l’arme « républicaine » suprême : le référendum.

Et pour « débouché politique » à la lutte sociale, il n’y a pour Mélenchon, comme pour le PCF, que 2012. Car la « révolution citoyenne » qu’il préconise doit avant tout « passer par les urnes »  ; les luttes, comme celle qui vient de se dérouler, ne peuvent servir qu’à « miner sa légitimité [du gouvernement], construire la motivation populaire et préparer les victoires électorales de demain », selon les termes de la résolution du congrès du PG qui vient de se tenir le week-end dernier. Son programme ? Un retour à celui du Conseil de la résistance (vive De Gaulle !), rénové par les expériences latino-américaines de Lula et Chavez, avec, cerise sur le gâteau, la convocation d’une Assemblée nationale constituante pour créer une VI° République « parlementaire et sociale » si jamais l’ancien ministre de Jospin était élu président.

Car son seul souci de second couteau est celui de sa candidature à l’élection présidentielle, si possible en forçant la main au PC pour y être le candidat de l’ensemble du Front de Gauche, candidature qui, si elle faisait une bon score (« un score à deux chiffres » proclame-t-il dans ses discours) lui permettrait de mieux marchander les postes avec le PS en cas de victoire électorale de celui-ci.

Leur démagogie, nos perspectives

Rien de nouveau donc dans tout ce petit monde que les luttes sociales n’arrangent, quand ils ne sont pas au pouvoir, qu’à condition qu’elles n’aillent pas trop loin et qu’ils puissent s’y refaire une virginité à bon compte.

Pour les révolutionnaires, le seul débouché politique sérieux à offrir aux luttes comme celle-ci, n’est pas de prôner de « les virer tous au plus vite  » en faisant miroiter de les remplacer par un mythique « gouvernement de rupture » (avec qui ? dans le cadre du capitalisme et de l’État bourgeois ?). Il est de proposer à la classe ouvrière sa propre politique pour qu’elle-même, par ses luttes, pèse sur la situation sociale, passe à la contre-offensive face au patronat. Il est de combattre les illusions électoralistes que cultivent les bonimenteurs de la gauche politicienne en tablant sur le « ras-le-bol de Sarkozy », de nous adresser à tous ceux qui ont participé à ce mouvement pour implanter nos idées de lutte de classe dans les entreprises, pour y trouver de nouveaux militants, qui seront un atout pour organiser la prochaine manche.

27 novembre 2010

Olivier BELIN


Super Nova : la brillante idée du PS pour faire casquer les retraités

Connaissez-vous Terra Nova ? C’est un « think tank » proche du PS où se retrouvent notamment Strauss-Kahn et Fabius. Dans une de ses tribunes intitulée « Investir dans notre jeunesse », publiée dans Le Monde du 9 novembre, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, propose tout simplement de faire payer les retraités pour financer un « capital formation » au profit des jeunes et leur verser quelques aides.

Prétexte avancé : le niveau de vie des retraités des anciennes générations serait supérieur à celui des actifs – en raison notamment du chômage, selon une étude du COR (Conseil d’orientation des retraites, organisme para-étatique). Outre le fait que cette étude est très contestable, dans la mesure où elle prend en compte non seulement les montants des retraites versées mais la moyenne des patrimoines, y compris les capitaux et biens possédés par les grands capitalistes (qui en général ne sont pas jeunes), la manœuvre est grossière. Il s’agit tout simplement d’opposer les jeunes aux vieux.

En plus de l’allongement des durées de cotisations auxquels ils sont favorables, Strauss-Kahn, Fabius et leurs amis proposent une nouvelle attaque, au nom de la « solidarité inter-générationnelle »  : baisser les retraites versées actuellement en les amputant d’une taxe jeune.

Comment Sarkozy n’y avait-il pas songé ?

G. R.

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