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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 39, mai-juin 2005

Les agents de conduite ne veulent pas avoir le « choix »

Mis en ligne le 2 mai 2005 Convergences Entreprises

SNCF : dégradation des salaires et des conditions de travail

Agents de conduite, contrôleurs, commerciaux : comme on peut le voir dans ces pages, pas une catégorie dont les conditions de travail comme les salaires ne soient dégradés. Les cheminots, souvent présentés comme des privilégiés, en particulier sous le prétexte qu’ils auraient une garantie de l’emploi, partagent bien le sort commun de toute la classe ouvrière. Pas à s’étonner si celle-ci, malgré la propagande patronale et gouvernementale, a montré lors des récents mouvements qu’elle était dans son immense majorité systématiquement solidaire de leurs luttes. En attendant le nécessaire et justifié mouvement d’ensemble public-privé, souhaité par beaucoup de part et d’autre.


À l’occasion des notations annuelles, en mars, la Direction nationale de la SNCF avait donné la « directive » d’introduire, pour les conducteurs, des critères de « mérite » dans le calcul du salaire. C’est ce qui a entraîné, dans certains dépôts de Paris et de province, des grèves de quelques jours devant lesquelles la direction a finalement dû remballer tout ou partie de ses projets.

Le « statut » prévoit que, chaque année, un quota de cheminots pourra bénéficier d’une « position de rémunération supérieu¬re ». Ce gain d’une position signifie la montée d’un degré dans la grille hiérarchique et se traduit par une augmentation du salaire fixe (sans les primes) de 45 euros bruts. L’obtention de cette position est extrêmement codifiée dans la convention collective. Elle est censée se faire moitié dans l’ordre de l’ancienneté et moitié sur la liste « au choix », c’est-à-dire sur proposition du chef.

Depuis la grève de 1986-1987, les conducteurs avaient obtenu que les « positions accordées au choix » soient en définitive attribuées dans l’ordre d’ancienneté. C’est là-dessus que la Direction a voulu revenir.

Le « choix » (en fait un coup de pouce donné par la hiérarchie qui est cependant tenue d’en informer les syndicats) se fait au bon vouloir du chef. C’est lui qui propose ou non l’agent pour le passage d’une « position » à une autre. Il peut donc non seulement bloquer le salarié là où il est, mais privilégier l’un par rapport à l’autre. Faire « grimper » par exemple le plus jeune embauché et « sauter » c’est-à-dire laisser en rade le plus ancien. En vertu de quoi ? De prétendues « capacités à répondre aux attentes des clients » ou autres « capacités d’adaptation », selon la « révolution managériale » de la direction de la SNCF.

Conséquence : le salarié lésé peut perdre une année d’augmentation de salaire (quelque 4 %, ce n’est pas rien alors que les augmentations générales sont dérisoires et bien loin de compenser la hausse du coût de la vie). Il peut même perdre sa place dans la liste d’avancement, ce qui se répercutera sur son salaire toute sa vie, selon le seul arbitraire de la hiérarchie. Faire intervenir le « mérite », n’est donc rien d’autre que tenter de diviser, une sale manie de la SNCF qui a, par ailleurs, inventé il y a peu une nouvelle prime, la Gexci, attribuée elle aussi par des chefs aux agents dits les plus « méritants ».

Grèves à Paris-Est et Paris-Nord

La directive était donnée nationalement mais la responsabilité de son application était laissée aux directions locales, puisque c’est le chef direct qui propose ou non l’avancement. Et selon les dépôts, les chefs ont choisi ou pas l’affrontement. C’est donc contre la traduction locale de cette directive que les conducteurs des dépôts de Paris-Est se sont mis en grève pendant cinq jours à l’appel de l’intersyndicale réunissant FGAAC-FO-SUD-Rail-UNSA. [1]

Localement, 14 roulants se trouvaient sanctionnés par l’application de la directive. Cette discrimination salariale a révolté, dans cette période où d’un côté les salaires restent quasi-bloqués tandis que l’entreprise affiche au bas mot 130 millions d’euros de bénéfices nets, sans compter les folies du nouveau logo. Les grévistes savaient tous que s’ils laissaient certains pâtir cette année, ce serait le tour de bien d’autres l’année prochain. Le directeur de l’établissement a bien usé sa plume à écrire à chacun qu’il trouvait le mouvement disproportionné, c’est resté sans effet. C’est à plus de 70 %-80 % que nous nous sommes mis en grève pendant cinq jours.

Les grévistes se sont invités massivement au CE, dès le deuxième jour du conflit, pour dire leur manière de penser au directeur régional obligeant les représentants syndicaux siégeant à quitter la séance et appuyer le mouvement. Des grévistes ont participé aux piquets mis en place par les organisations syndicales pour discuter avec les non grévistes. À quelques-uns, nous sommes allés à la gare du Nord, proche, rendre visite aux agents de conduite qui eux aussi ont fait grève à 70 %, pour les mêmes raisons et pendant 2 jours, à l’appel des 4 syndicats CGT-FO-FGAAC-SUD-rail.

À Paris-Est, des assemblées générales se sont tenues, vivantes, on y discutait de tout, on y votait, mais les délégués du personnel et les syndicats n’ont eu ni l’idée ni l’envie que des grévistes les accompagnent pour aller causer de vive voix avec la direction. Ils se sont jalousement réservé le monopole des discussions avec cette dernière.

Lors d’une première rencontre, la direction cédait seulement sur la moitié des cas litigieux. La grève a donc continué. Le lendemain une nouvelle délégation syndicale fut reçue. Et cette fois, la direction a cédé sur tous, donnant même des « positions » en plus à de futurs retraitables. Tous ensemble nous avons alors décidé de reprendre le travail.

Le coup d’essai tenté entre autres à la gare de l’Est et à la gare du Nord (où la direction a cédé aussi) a donc fait chou blanc. Comme il l’avait fait aussi au début mars, sur simple menace d’un préavis de grève, au dépôt de Sotteville dans la région rouennaise.

La directive de la Direction n’est pas abandonnée pour autant, la vigilance est donc de rigueur. La question se pose d’ailleurs que tous les cheminots, de tous les services, s’opposent ensemble à une politique qui les touchent tous.

Pierre VOIRON


[1Bien que la CGT soit le premier syndicat sur la gare, elle a perdu presque toutes ses forces chez les « roulants », pour l’essentiel au profit de Sud-Rail, depuis qu’elle s’est opposée aux intérêts de ceux-ci en optant pour les 35 heures sauce patronale. Seuls quelques rares militants se sont joints individuellement au mouvement.

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