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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 4, juillet-août 1999 > DOSSIER : Travail précaire : les nouveaux habits de la surexploitation

DOSSIER : Travail précaire : les nouveaux habits de la surexploitation

Les Pays-Bas : un exemple social ?

Mis en ligne le 1er août 1999 Convergences Monde

Les Pays-Bas viennent le mois dernier d’être cités en exemple par le BIT, bureau international du travail, pour « leur capacité à éviter le fléau du chômage ». Cela fait écho aux nombreuses déclarations des dirigeants européens : « Les Pays-Bas, prétendait ainsi Jospin en 1997, nous indiquent la route à suivre. Ce petit pays a divisé son chômage par deux en quinze ans, qui passe de 12 % de la population active en 1982 à 6 % en 1997, alors que sur la même période le nôtre s’envolait de 8 % à 13 %. »

Les dirigeants de la principale centrale syndicale, la FNV, ont passé en 1982 avec Chris Van Veen, le patron des patrons, les accords dits de Wassenar, au terme de négociations déroulées dans le plus grand secret. Le contenu de l’accord : austérité et blocage des salaires en échange du « partage du travail ». Pas étonnant que les Pays Bas soient apparus à nos dirigeants comme des pionniers ! D’autant que ce pacte s’est alors conclu sans mouvements sociaux.

En moins d’un an, plus des deux tiers des conventions collectives ont été renégociées. Le principe général en était la réduction de 5 % de la durée annuelle du travail sur deux ans sans garantie de salaire. Sans garantie d’embauche compensatrice non plus. Plus des deux tiers des emplois nets créés depuis 1982 sont des emplois à temps partiel. Les travailleurs à temps partiel représentent aux Pays Bas près de 40 % de l’ensemble des salariés contre 6,5 % en Italie, 16,7 % en Allemagne, 17 % en France et 25 % en Angleterre. Il s’agit généralement d’un temps partiel imposé.

Par ailleurs, une fraction non négligeable de la population a été officiellement déclarée « inapte » au travail et touche une pension d’invalidité. Il s’agit notamment de travailleurs âgés, licenciés des grandes entreprises et « plus assez productifs ». Leur nombre avoisinait le million en 1993, soit un adulte sur 7. Ces « invalides » ne sont pas comptabilisés comme chômeurs. Satisfait d’avoir réduit les chiffres officiels du chômage, le gouvernement hollandais s’en est pris au début des années 90 au « statut protégé » des invalides. Le statut d’invalidité a été redéfini. Les bénéficiaires ont dû se soumettre à un réexamen de leur situation. 50 % des personnes réexaminées ont perdu leurs droits en 1994 et 35 % en 1995. Les 500 000 personnes qui perçoivent une allocation d’assistance d’un montant de 2700 francs par mois ne sont pas comptées comme chômeurs. Comme ne le sont pas non plus les 100 000 autres chômeurs jugés inemployables sur le marché du travail et pour lesquels le gouvernement a établi un programme « réservoir d’emplois » dans les municipalités, rétribués au salaire minimum.

Selon les calculs de l’OCDE, si l’on tient compte de toutes ces catégories « le chômage au sens large en équivalent plein temps atteint plus de 25 % de la population active et reste au dessus du niveau des années 80 ».

Parallèlement, le niveau du salaire minimum et des allocations a été gelé à plusieurs reprises. Le taux de pauvreté est passé de 8,2 % en 1985 à 12,5 % en 1995.

Quant au consensus social dont le gouvernement néerlandais était si fier, il n’existe plus. En 1997, des mouvements ont eu lieu chez les contrôleurs de tram, agents de sécurité, gardiens d’immeubles d’Amsterdam et de Leiden qui ont obtenu jusqu’à 145 % du salaire minimum : en janvier 1998, mouvements au service du nettoiement d’Amsterdam, dans le secteur public Abva-Kabo ; avril 1998, grève aussi du secteur de la santé avec cinquante hôpitaux qui n’acceptent plus que les urgences et une manifestation de 23 000 personnes ; juin 1998, mouvement du secteur des crèches, des maisons de quartiers... Les travailleurs contestent de plus en plus ces mesures anti-sociales.

R.P.

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