Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 15, mai-juin 2001 > DOSSIER : Les services publics ne sont pas une marchandise

DOSSIER : Les services publics ne sont pas une marchandise

Les PTT à l’heure du grand marché des communications

Mis en ligne le 1er juin 2001 Convergences Entreprises

Créé en 1878, le ministère des Postes et Télégraphes a laissé la place aux PTT en 1941. C’est alors une administration d’Etat sous monopole.

Depuis, le secteur des communications s’est considérablement développé et diversifié, récemment avec l’internet et la téléphonie mobile, ainsi que les services aux entreprises dont l’activité s’est davantage internationalisée. Mais cela justifie-t-il la fin d’un monopole, l’éclatement d’un service public et sa privatisation, en sacrifiant au passage bon nombre d’usagers devenus des « clients » ?

Changement de statut

En 1991, les PTT disparaissent à leur tour : France Télécom et Le groupe La Poste deviennent des entreprises publiques (des exploitants autonomes de droit public). Officiellement d’après le gouvernement Rocard, la privatisation n’est pas (encore) à l’ordre du jour.

Mais dès 1986, l’Etat avait pris soin de créer une holding, SOFIPOST, destinée à regrouper les futures filiales de La Poste. Au fil du temps, cette structure regroupera de plus en plus d’entreprises séparées par groupes d’activités (12 en 1999, avec une seconde holding spécialisée dans le financier en 2000). Citons parmi les plus connues CHRONOPOST et l’Aéropostale. Ce sont toutes des sociétés anonymes. Certaines sont rachetées (notamment à des groupes étrangers), d’autres sont issues des PTT.

Après la signature du traité de Maastricht en 1992, invoquant les directives européennes, l’Etat s’oriente officiellement vers l’ouverture des marchés postaux et du réseau de télécommunication. C’est France Télécom qui sert de cobaye.

En 1996 le groupe devient une société anonyme. En 1997 Jospin se hâte, malgré les promesses électorales de la gauche plurielle, de réaliser la privatisation partielle du groupe. En octobre il « ouvre le capital ». Sous cotée au départ, l’action voit son cour multiplié par 8 entre 1997 et décembre 1999. Quelques dizaines de milliards de francs pour l’Etat et… plusieurs dizaines de milliards de plus-value boursière pour les actionnaires !

En 1997 la transformation du groupe La Poste en S.A est officiellement évoquée (elle devrait intervenir d’ici 2003). Mais si les filiales sont déjà du « prêt à privatiser » (ce sont des sociétés anonymes qui n’emploient quasiment pas de fonctionnaires), la maison mère n’en est par encore là. Cependant les activités qui lui sont réservées sont de plus en plus réduites. Ainsi une récente directive européenne a encore abaissé le seuil prix/poids réservé aux postes publiques tout en libéralisant le publipostage et le courrier transfrontalier.

Et changement de logique

Si elles n’ont pas les mêmes rythmes, les transformations de France Télécom et du groupe La Poste sont à l’évidence symétriques. Ce sont bien deux multinationales qui sont en train d’émerger.

Après sa privatisation, France Télécom s’est lancée dans une politique agressive de rachat. L’exemple récent d’Orange est significatif. Au prix d’un endettement massif (61 milliards d’Euros [1]), France Télécom a racheté l’opérateur britannique de téléphonie mobile Orange qui regroupe désormais toutes ses filiales européenne (dont Itinéris, Ola et Mobicarte en France). De 1999 à 2000, le nombres de « clients » de France Télécom est passé de 56 à 77 millions, et l’entreprise est désormais présente dans 22 pays.

En même temps, une distinction de plus en plus nette a vu le jour dans la téléphonie fixe entre le réseau (pour l’essentiel hérité de l’Etat avec l’argent du contribuable) et les opérateurs qui peuvent être très divers (comme le groupe Cégétel).

Si le groupe La Poste n’en est pas encore là, il en prend le chemin. Depuis deux ans, les acquisitions et les accords commerciaux à l’étranger se multiplient : rachat en Allemagne, en Angleterre et aux USA dans les secteurs les plus rentables, accord de partenariat avec FEDEX le grand groupe américain, etc. En mettant fin au monopole, cette politique devrait s’amplifier car elle permettra au groupe La Poste d’avoir toute latitude pour devenir l’un des cinq ou six groupes dominant le marché mondial des courriers et colis pour les entreprises.

En même temps le groupe La Poste sert de support pour toutes sortes d’activités financières qui ont bien peu de rapport avec son activité initiale.

Des usagers sacrifiés

Cette extension et cette diversification de l’activité des deux groupes a été accompagnée par une sélection plus grande au détriment de nombreux usagers. Car la concurrence acharnée que se livrent les grands groupes, en accélérant les fusions-acquisitions, exige une rentabilité croissante pour financer de telles opérations. Et si certains clients doivent être choyés pour ne pas être perdus, il faut bien que les autres soient sacrifiés.

Ainsi la téléphonie mobile est loin d’être rentable et c’est le fixe qui paye la différence avec des tarifs exorbitants lorsqu’on appelle vers un mobile. Le système d’abonnement et de tarification est aussi bien plus intéressant pour les entreprises qui appellent souvent à l’étranger que pour l’usager de base qui appelle de temps en temps ses amis ou ses parents.

La direction du groupe La Poste de son côté doit adapter une structure bien plus lourde que celle de France Télécom dans une activité à plus faible marge. La masse salariale occupe encore près de 60 % du chiffre d’affaire (à titre de comparaison celle de Renault est en dessous de 10 %). Il faudra donc tailler dans le vif pour augmenter les bénéfices : les bureaux sont en effet trop nombreux (17 000) et La Poste maintient encore des activités de service public, en desservant les campagnes ou en assurant la possibilité d’ouvrir un compte pour les plus bas revenus, généralement refusés par les banques privées (même si c’est illégal).

La Poste a donc le choix de sacrifier à terme ces usagers en les ignorant complètement ou en conservant un service public réduit au minimum tout en privatisant le reste. D’ores et déjà, le courrier des particuliers est le dernier traité et le plus lent à l’acheminement, et ce n’est sans doute pas fini. C’est un choix délibéré et scandaleux alors que la moderlisation des moyens de transport et de communication devrait au contraire assurer un service bien plus sûr et rapide pour tous.

Erwan PIAM


La précarité sans attendre les privatisations

Depuis une dizaine d’années, la précarité a déjà pris de nouvelles formes. Citons notamment la création de CDI… intermittents [2] et l’introduction de contrats de droit privé dans les deux entreprises. Jusqu’ici, il y avait des auxiliaires, c’est à dire des contractuels de droit public.

Les contractuels de droit privé représentent aujourd’hui à La Poste plus du quart de l’effectif (environ 80 000). Pour chaque contractuel, l’économie est substantielle, la différence de salaire étant de près de 3000 F par mois entre un CDI et un fonctionnaire en moyenne. Au bout de 30 ans de carrière, la différence cumulée est de 400 000 F hors prime pour un facteur.

Les agents subissent l’augmentation de la productivité, les salaires bloqués et la casse des statuts. Dernièrement, l’ARTT a été l’occasion rêvée pour la direction de La Poste de pressurer un peu plus les travailleurs et, malgré les nombreuses réactions (plus de 2000 grèves en un an), les conditions de travail se sont nettement dégradées. C’est peu dire si une réaction d’ensemble s’impose.


[1Le bénéfice affiché en 2000 est de 3,6 milliards d’Euros. De 1995 à aujourd’hui, les effectifs de la maison mère sont passés de 153 000 à 127 000 aujourd’hui.

[2Ce sont des contrats à durée indéterminée mais… pour quelques mois seulement par an, le choix des semaines travaillées étant à la disposition du patron. Bref, de l’esclavage… sans fin !

Mots-clés : | |

Imprimer cet article Réagir à cet article