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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 59, septembre-octobre 2008

Les 35 heures : un test pour les syndicats ? Passé avec brio... hélas !

Mis en ligne le 2 octobre 2008 Convergences Politique

« Finies les 35 heures ! » se sont empressés de proclamer de façon indécente les chantres de Sarkozy, après que les députés, les sénateurs, puis le Conseil constitutionnel se furent prononcés cet été, en pleine période de vacances.

Ils oublient allégrement que les statistiques publiées quasi simultanément par l’Insee montrent que pour la plupart des salariés, les 35 heures n’avaient jamais commencé : la moyenne de la semaine travaillée en 2007 ayant été de 41 heures, temps partiel et temps complet pris ensemble… Et surtout que la loi faite par la gauche et tant décriée par la droite, avait signifié pour beaucoup davantage de flexibilité, le blocage des salaires et le fait déjà de travailler davantage en étant payés moins. L’annualisation du temps de travail permettait en effet de ne plus compter certaines heures supplémentaires. Nombre d’ouvriers coincés certains samedis à l’usine – dans l’automobile par exemple – en ont fait amèrement l’expérience et les frais, pendant que les patrons au titre de cette loi empochaient de nouvelles subventions de l’État !

Les cadres mangés à la même sauce

Ceci dit, les nouvelles dispositions mises en place par le gouvernement Fillon instaurent bien de nouveaux moyens d’exploiter encore un peu plus les salariés.

Certes la durée légale hebdomadaire reste de 35 heures. Ça ne mange pas de pain… puisque chaque entreprise pourra déroger, après négociations avec les représentants syndicaux, aux limites fixées par les accords de branche qui peuvent déjà déroger à la règle générale. Les repos compensateurs, le paiement des heures supplémentaires pourront être modifiés après discussions au sein de l’entreprise. Il sera possible de dépasser le contingent d’heures supplémentaires sans pour autant demander une autorisation à l’inspection du travail. Le système des forfaits auxquels sont soumis certains cadres, pourra être étendu aux salariés « autonomes ». De plus il est modifié : la limite de jours travaillés passe de 218 à 235, soit 17 jours supplémentaires, elle pourrait même monter à 282 jours si le patron trouve des « partenaires sociaux » suffisamment dociles pour parapher une telle disposition.

Dans le milieu des cadres et d’une certaine « aristocratie ouvrière » parmi les plus qualifiés des salariés, avait pu naître l’illusion que le «  travailler plus pour gagner plus  » de Sarkozy, pour lequel certains avaient voté, était dirigé contre ceux – dont ils ne faisaient bien sûr pas partie… – qui plombaient l’économie de la France. Le désenchantement est sans doute au rendez-vous. Finies pour nombre de cadres les RTT permettant d’aller souffler avec sa famille. Et même pour certains, finis les jours fériés payés. Tout le monde est visé, y compris ceux qui avaient pu se croire jusqu’ici privilégiés.

Tous les travailleurs ne cultivaient heureusement pas les mêmes illusions. Et dans leur grande majorité, ils avaient apprécié à leur juste valeur, aussi bien les mesures de la Gauche – qui avait commencé par ne pas appliquer les « 35 heures » aux entreprises de moins de 20 salariés et promettait depuis, elle aussi, des « aménagements » à la loi – que de la droite qui, revenue au pouvoir, avait déjà multiplié ces « aménagements » depuis cinq ans.

L’accord honteux des syndicats

Là où subsistaient quelques illusions, c’était sur ce que feraient les syndicats face à cette nouvelle offensive du gouvernement au service du patronat.

Tout est clair aujourd’hui. Les dirigeants confédéraux ont commencé par signer dans le cadre de l’accord sur la représentativité syndicale, un texte honteux qui reconnaissait la possibilité de déroger en matière d’heures supplémentaires au niveau de l’entreprise. Qu’on en juge d’après l’article 17 de l’accord sur la représentativité :

« Des accords d’entreprise conclus avec des organisations syndicales représentatives et ayant recueilli la majorité absolue des voix aux élections des représentants du personnel peuvent dès à présent, à titre expérimental, préciser l’ensemble des conditions qui seront mises en œuvre pour dépasser le contingent conventionnel d’heures supplémentaires prévu par un accord de branche antérieur à la loi du 4 mai 2004, en fonction des conditions économiques dans l’entreprise et dans le respect des dispositions légales et des conditions de travail et de vie qui en découlent. »

La CGT et la CFDT ont poussé les hauts cris au moment où le gouvernement a poussé le bouchon un peu plus loin, accusant celui-ci de ne pas être de parole. Mais elles avaient bien commencé par signer le texte ci-dessus. Difficile de croire que ces dirigeants syndicaux aient été bernés (et même dans ce cas il faudrait les démissionner d’urgence) : les services juridiques de leur confédérations étaient quand même largement en mesure de leur expliquer sur quel terrain ils s’engageaient ! En fait ce qui intéressait Bernard Thibault et François Chérèque dans le cadre de cet accord sur la représentativité, c’étaient les avantages qu’ils allaient pouvoir retirer en matière de présence de leurs centrales dans les organismes paritaires ou étatiques, et les financements à la clé de l’État et du patronat. Et en échange ils ont fait fi des intérêts des travailleurs.

Leur appel à manifester ensuite le 17 juin a échoué. Ils avaient fait ce qu’il fallait pour que ça ne marche pas. Après avoir au maximum éparpillé les réactions des travailleurs face à toutes les attaques du gouvernement et des patrons, après avoir donné leur signature, leur protestation contre le manque de parole du gouvernement ne pouvait pas convaincre grand nombre de travailleurs de se mobiliser pour faire revenir le gouvernement sur la loi.

En leur proposant cet accord sur la représentativité pour dans la foulée aggraver les dispositions de la loi en matière de temps de travail, Fillon et Sarkozy ont fait passer un test aux dirigeants confédéraux. Passé victorieusement… aux yeux du gouvernement, pas des salariés.

Louis GUILBERT

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