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DOSSIER : Le revenu universel de Benoît Hamon, une mesure « sociale »… que ne renie pas la bourgeoisie

Le revenu universel... au prix de la fin de la protection sociale ?

Mis en ligne le 12 mars 2017 Convergences Politique

A priori, la proposition de Hamon d’instaurer un revenu universel d’existence sonne bien : exit les minima sociaux, les conditions souvent humiliantes imposées à leur attribution, le flicage par les services sociaux de leurs bénéficiaires.

Mais Hamon n’est pas le seul à mettre en avant un revenu universel et un certain nombre de théoriciens du capitalisme font le calcul.

D’un côté, le système de protection sociale (maladie, vieillesse, chômage, exclusion sociale, etc.) coûte, en France, 535 milliards d’euros, auxquels il convient d’ajouter les faux frais qu’engendre l’extrême pauvreté (violences, dégradations, etc.). De l’autre côté, une allocation de 750 euros par mois versée à tous, riches ou pauvres, et jouant, vis-à-vis des pauvres en tout cas, le rôle d’une sorte d’assurance anti-émeutes, coûterait (sur la base de 52 millions de majeurs) 468 milliards d’euros par an.

Comme par hasard, le second montant est bien plus petit que le premier.

Supprimer tout ou partie des « prestations » sociales – remplacées par le fameux revenu universel, chacun se débrouillant pour s’assurer comme il le peut... et s’il le peut – peut s’avérer rentable : certains vont donc plus loin en proposant de remplacer carrément tous les services publics par un petit pécule, à charge pour chacun de se débrouiller... C’est le cas, par exemple, de la ministre de l’Éducation de Trump qui aimerait remplacer l’enseignement public par un montant versé à chaque famille, devant alors trouver un établissement privé à portée de leur bourse.

Le revenu universel, une idée avancée par des économistes au service de la bourgeoisie

Certains font remonter l’idée d’un revenu universel à l’époque des grands penseurs utopiques des débuts du capitalisme, en vrac Thomas More, Thomas Paine ou Charles Fourier.

Thomas Paine était un intellectuel révolutionnaire bourgeois du XVIIIe siècle dont le projet était plutôt une subvention universelle, versée en une seule fois à la majorité, et qui offrirait à tous, riches ou pauvres, une sorte d’héritage minimum. Ainsi, même les pauvres pourraient s’acheter une vache pour cultiver quelques acres de terre « au lieu de devenir des fardeaux pour la société ». Ce n’était donc pas un revenu universel, mais juste l’idée d’instaurer un simulacre d’égalité des chances sans remettre en cause le système qui reproduit les inégalités. Thomas More, l’auteur d’Utopia, décrivait, quant à lui, une société égalitaire. Et, si Charles Fourier, un authentique socialiste, a pu proposer un « minimum de subsistance abondante », celui-ci était destiné aux pauvres pour compenser l’expropriation des classes laborieuses perpétrées par les capitalistes en son siècle : il ne s’agissait certainement pas d’acter l’inégalité entre les hommes. C’est franchement leur faire injure que rattacher leur nom à cette sorte de RSA généralisé qu’on nous fait miroiter aujourd’hui !

L’idée du revenu universel date en fait du XXe siècle. Avec les Trente glorieuses, le développement rapide de la production et du consumérisme avait donné du crédit aux discours chimériques sur un capitalisme débarrassé des crises, qui supprimerait bientôt la misère et le chômage. Sauf que la pauvreté s’est maintenue et s’est même à nouveau développée avec la crise initiée au milieu des années 1970. Une part croissante de la population s’est trouvée exclue du travail de manière temporaire ou permanente. Les systèmes de protection construits principalement autour de cotisations prélevées, d’une façon ou d’une autre, sur les salaires (sécurité sociale, allocation chômage, etc.) se sont avérés inefficaces à protéger les travailleurs, le capitalisme se développant en mettant à l’écart une part croissante des travailleurs. C’est cela que certains économistes et intellectuels, étiquetés à droite ou à gauche, utilisent pour développer l’idée de déconnecter du travail la protection sociale.

Ce n’est pas un hasard si le premier à avoir popularisé l’idée de revenu universel dans les années 1960 a été Milton Friedman, le théoricien du capitalisme dit néolibéral. Dès 1962, Friedman imaginait un impôt négatif sur le revenu, c’est-à-dire une allocation versée à toute personne dont les revenus sont inférieurs à un seuil de pauvreté. Cet impôt négatif impliquait la fin des services publics, de la sécurité sociale et de toute forme de « socialisation » des revenus. Friedman défendait ainsi un libéralisme total, prétendument optimal pour le développement capitaliste… tout en reconnaissant à demi-mot que son système allait mettre au ban une fraction importante de la population laborieuse. Mais qu’importe ! Tant que les riches s’enrichissent, on peut bien assurer une paix sociale en versant la zakat, l’aumône légale.

Quand les patrons rêvent de voler la part des salaires consacrée aux cotisations sociales

La crise initiée au milieu des années 1970 a conduit à un ralentissement de la croissance et même à des récessions. Il fallait donc, pour maintenir les profits dévolus à la bourgeoisie, réduire la part des travailleurs dans le revenu national au profit de cette bourgeoisie.

En France, la tentation de puiser dans la part des salaires consacrée aux cotisations sociales était grande. Cela a commencé sous Mitterrand, avec un transfert d’une part croissante des cotisations sociales vers l’impôt (et donc essentiellement à la TVA payée majoritairement par les classes populaires). Subrepticement par le biais des exonérations de cotisations sociales – octroyées aux patrons sous des conditions très souples et compensées par l’État. Puis ouvertement par l’instauration, en 1990 sous le gouvernement Rocard, de la Contribution sociale généralisée (CSG). Dans tous les cas, il s’agissait de réduire de façon ‘invisible’ les salaires – invisible parce que cela n’apparaît pas dans le salaire net : vous n’en voyez les effets qu’après coup, quand on vous fait payer par les impôts les compensations versées aux caisses par l’État d’une partie des dégrèvements patronaux, ou quand on vous raconte que les caisses de sécurité sociale sont vides et qu’il faut réduire les remboursements ou reculer l’âge de départ en retraite. C’est la même méthode que propose aujourd’hui Macron, avec la suppression des cotisations sociales remplacées par une hausse de la CSG.

Le revenu d’existence pourrait ainsi prendre la place de tout ou partie des cotisations sociales. On pourrait même ‘vendre’ la mesure aux travailleurs par une augmentation du salaire net : par exemple en y incluant les cotisations salariales (qui ne seraient ainsi plus obligatoires) et ce fameux pécule du revenu universel... Les patrons y gagneraient... le montant des cotisations dites patronales, autrement dit obtiendraient une baisse considérable de ce qu’ils payent au titre des salaires.

Les théoriciens du capitalisme dit libéral et les politiciens qui reprennent leurs idées ne cachent pas leurs buts. Un Benoît Hamon laisse préfère laisser les choses dans le flou... Ce qui est un aveu que ses intentions réelles sont bien les mêmes. Derrière les allures ‘sociales’ du « revenu universel d’existence » se profilent de nouvelles attaques contre le monde du travail.

M.S.

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