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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004

Le ministre de la Santé met l’hôpital public au régime sec !

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Politique

Comme si l’hôpital public n’était pas déjà assez malade, le ministre Douste-Blazy annonce une nouvelle ponction de 850 millions d’euros en trois ansdont 150 millions d’euros dans l’année. Selon ses propres termes il s’agit de faire «  2 % d’économies sur les achats de médicaments, 10 % sur les dispositifs médicaux et fournitures hôtelières générales et 5 % sur la majeure partie des prestations de service » . C’est dans ce but qu’il « demandera aux Agences régionales d’hospitalisation de faire des économies sur la politique d’achat concernant les fournitures - textiles à usage unique, fournitures de bureau, matériels informatiques - au vu des expérimentations effectuées dans 14 établissements pilotes qui ont montré que l’on peut faire un plan d’économies sur ces achats de 850 millions d’euros d’ici trois ans ».

En plus, le gouvernement récuse la modeste demande de la FHF, Fédération hospitalière de France qui regroupe les directeurs des hôpitaux publics, laquelle estime qu’une progression de budget de 4,74 % est le strict minimum pour assurer la simple reconduction des moyens nécessaires au fonctionnement des établissements.

Chantage et pressions

Le déblocage d’une aide de 300 millions d’euros (un peu plus du tiers du déficit des hôpitaux publics) est « conditionnée à un contrat de retour à l’équilibre, à l’aune de la tarification à l’activité et de la nouvelle organisation interne de l’hôpital ».

En refusant d’honorer ses engagements l’Etat a en effet laissé s’accumuler les dettes des hôpitaux. La FHF estime que le montant cumulé de ces dettes sera de 800 millions d’euros en fin 2005. Douste-Blazy, lui, prétend que la somme ne s’élèvera qu’à 240 millions d’euros, soit 560 millions de moins. Autant de moins que l’Etat n’entend pas débourser et que les hôpitaux n’ont qu’à enregistrer comme « reports de charge », c’est-à-dire à essayer d’éponger l’année suivante, ce qui grèvera d’autant leur budget cette année-là, ou... à reporter une nouvelle fois, c’est-à-dire à s’affirmer en déficit quasi permanent.

Or maintenant, non seulement le gouvernement ne reconnaît pas sa responsabilité dans ces dettes, mais il exerce grâce à elles un chantage ouvert sur les hôpitaux pour les amener à appliquer son plan de restrictions : soit vous l’acceptez, soit on vous déclare en faillite puisque vous êtes déficitaire. C’est l’aventure arrivée à l’hôpital d’Argenteuil que la réduction des fonds versés par l’Etat menaçait de fermeture pour non paiement des fournisseurs ! Un chantage grâce auquel l’Etat a effectivement obtenu dudit hôpital une gestion drastique pour rattraper le déficit.

De même la nouvelle organisation par « pôles » (qui doit être généralisée après avoir été expérimentée actuellement dans quatre hôpitaux parisiens, Brousse, Pompidou, Lariboisière et Tenon) vise à diminuer encore le personnel. Le pôle, une entité à dominante gestionnaire et non médicale, est un regroupement de services organisé en vue de rassembler leurs moyens en matériel et en personnel. Mais, ainsi, le personnel pourra être mis en commun entre différents services et pallier au manque d’embauches par plus de mouvement d’un service à l’autre... même si dans la réalité ce personnel manque dans tous.

Rentabilité avant tout

L’objectif déclaré du ministre, c’est que « à l’horizon 2012, les hôpitaux publics seront rémunérés au coût réel ». Les directeurs devront donc se plier essentiellement à la logique financière et non à l’intérêt des malades. Car concrètement, avec le budget « à coût réel », une opération difficile ayant coûté plus que prévu ou un malade resté hospitalisé plus que la durée moyenne de séjour calculée par les bureaucrates ne seront plus pris en charge par la tutelle. A l’hôpital de se débrouiller c’est-à-dire, s’il veut accomplir sa tache, rogner sur d’autres budgets.

C’est ce qui fait dire au ministre, plein d’humour cynique, que la tarification à l’activité est « une des ressources les plus transparentes, mobilisatrice et responsabilisante » . Il annonce d’ailleurs qu’un « dispositif de suivi » permettra de surveiller son application avec « une mission d’audit et d’accompagnement  ».

Et une vaste opération d’ « évaluation » a été lancée, visant à ce que le ministère appelle « la bonne gouvernance ». A partir de 2005, les hôpitaux publics seront classés selon un palmarès des économies avec « une panoplie d’indicateurs de performance ». Et pour motiver les responsables, le ministre a annoncé une réforme du statut des directeurs d’hôpitaux afin de « lier leur avancement à des indicateurs de performance financière ». A bon entendeur salut ! Directeurs et directrices si vous voulez faire carrière, il va falloir en faire baver au personnel... et aux malades.

80 000 emplois menacés

Les hôpitaux parisiens, gouvernés par la directrice de l’Assistance Publique - Hôpitaux Parisiens (AP-HP), la matrone Marie-Rose Van Lerberghe, partisane acharnée des plans d’économies, qui a fait ses classes en participant au licenciement des salariés de Lu-Belin, devront faire 60 millions d’euros d’économies en 2005. Ils s’ajoutent à une restriction budgétaire du même ordre en 2004.

A l’ordre du jour donc : nouvelles réductions d’effectifs et de lits, moins d’entretien des locaux, des économies sur les soins et des fermetures d’établissements. Cela représenterait 80 000 emplois hospitaliers de moins sur l’ensemble de l’Assistance publique selon les syndicats. Et Marie-Rose Van Lerberghe rajoute dans son message au personnel « j’ai relevé avec beaucoup de satisfaction que toutes ces difficultés n’enlèvent rien à votre foi dans votre métier ». Mais espérons au fond qu’elle ait raison car la « foi dans le métier » cela veut assurément dire que le personnel hospitalier attachera toujours assez d’importance à la santé des malades au point de la défendre contre les destructeurs de l’hôpital comme elle !

L’argent volé aux hôpitaux offert aux laboratoires pharmaceutiques

Ces plans d’économies ont soi-disant pour but d’équilibrer la Sécurité sociale, alors que dans le même temps l’Etat accorde 18 milliards d’euros d’allégements de cotisations sociales aux patrons.

En réalité, l’hôpital est une lourde charge pour la Sécu parce que l’Etat refuse de payer pour la santé publique pour le plus grand avantage des capitalistes. Il l’est aussi parce que l’Etat refuse de réglementer les prix des médicaments. Ainsi ce gouvernement qui n’a que le mot économies à la bouche vient de multiplier par dix le prix du Rimifon, un médicament contre la tuberculose. Le coût pour la Sécu de ce médicament (remboursé à 100%) est passé de 250 000 € à 2,5 millions d’euros.

On nous annonce que les dépenses de médicaments au premier semestre 2004 sont en augmentation par rapport à l’année 2003. Pourtant, la consommation de médicaments n’a augmenté que de manière dérisoire : + 0,7 %. Ce sont les prix qui ont augmenté : + 4,6 % en moyenne (selon un rapport d’Aventis-Sanofi du 30 avril 2004). Les prix, donc les bénéfices des trusts pharmaceutiques !

Diminuer encore les effectifs serait carrément criminel !

60 à 70 % du budget des hôpitaux sert à payer le personnel. La situation des effectifs d’infirmières, d’aides soignantes, d’agents hospitaliers, déjà alarmante, va donc s’aggraver avec les nouvelles restrictions.

Par ailleurs la liste des hôpitaux menacés de fermeture de lits, de services ou même de l’hôpital tout entier s’allonge : après l’Hôtel-dieu ou Saint Vincent de Paul, à Paris, c’est maintenant l’hôpital René Muret à Sevran ou celui d’Argenteuil qui sont cités.

La rentabilité remplace l’intérêt public aux dépens de la vie de tous. Dans de nombreux hôpitaux de province (Rennes, Clermont, Luynes dans l’Indre-et-Loire...) des grèves ont éclaté parce que le personnel hospitalier n’accepte plus de travailler avec le couteau sous la gorge ! Mais c’est ensemble, personnel et usagers, qu’il faudra et que nous pourrons donner un coût d’arrêt à cette casse systématique organisée par les soi-disant responsables de la santé publique eux-mêmes !

12 novembre 2004

Elise GALLO

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