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Le Parti démocrate américain, de l’esclavage à Obama : un défenseur loyal du capitalisme

2 décembre 2008 Brochure Monde

En septembre 2008, le Revolutionary Workers Group a publié une brochure portant sur le Parti démocrate américain : « The Democratic Party. From Slavery to Obama : Loyal Defenders of Capitalism ». Vous pouvez en lire ci-dessous la traduction française.



Introduction

On nous présente les élections présidentielles américaines de 2008 comme historiques, et dans un certain sens, elles le sont. Les primaires du Parti démocrate ont vu s’affronter un candidat noir et une femme. La sélection de Barack Obama comme candidat officiel des Démocrates aux présidentielles signifie qu’un Noir peut devenir président des États-Unis. On conçoit que l’aspiration à l’effondrement des barrières raciales à la Maison Blanche soit très importante. Un président noir pourrait représenter un geste d’opposition au racisme, profondément ancré dans la société américaine. Pour tous ceux qui ont participé à ce long combat contre le racisme ou pour les droits des femmes, cela ressemble à une victoire, à quelque chose d’inimaginable il y a 40 ans.

De plus, les messages d’espoir et de rupture avec la politique du passé lancés par Obama sont bienvenus et particulièrement encourageants, en comparaison avec la campagne de McCain basée sur la même politique de peur que celle de l’administration Bush. Pour de nombreux supporters d’Obama, il ne s’agit pas de mettre le bon bulletin dans l’urne, il y a un réel espoir de changer les choses au travers de ces élections.

Changer l’histoire ou gains symboliques ?

Tous les quatre ans la population américaine est confrontée à la question des élections – voter pour le président ainsi que pour certains représentants à l’échelle nationale, d’État et locaux. Les médias et les politiciens répètent que ces élections représentent une occasion de changer notre avenir. Mais chaque élection a montré la futilité de placer un bulletin dans l’urne.

Si voter pouvait vraiment changer les choses, pourquoi les besoins élémentaires de la population ne sont pas satisfaits ? Pourquoi les nécessités et les aspirations du plus grand nombre ne sont pas représentées ? Ce n’est quand même pas parce que les gens votent contre leurs intérêts. Si le vote comptait réellement, il y aurait déjà un bon système de soins, d’éducation, de transports, d’emploi, tout ce à quoi la grande majorité aspire et que tant de politiciens promettent avant de se faire élire. Et il y a longtemps que toutes les guerres auraient cessé. L’histoire montre clairement que les élections ne sont pas le moyen de changer les choses pour la majorité de la population de cette société.

Croire que l’élection d’un Noir à la Maison Blanche va au-delà d’une victoire symbolique, c’est ignorer la réalité des 30 dernières années, pendant lesquelles on a vu l’élection de Noirs, de Latinos, de femmes aux postes de maires, gouverneurs et membres du congrès. Quel a été le résultat ? Il n’y a qu’à voir l’état des villes, les prisons saturées et les conditions de vie de nombreux travailleurs, des minorités et des femmes aujourd’hui. La vie ne s’est pas améliorée pour ceux qui sont soi-disant représentés par ces politiciens.

Le Parti démocrate a beau se présenter comme l’ami, le partisan et le défenseur des travailleurs, des minorités et des femmes, son passé montre une réalité bien différente. Le parti démocrate, dès ses origines, après la révolution américaine jusqu’à la candidature d’Obama aujourd’hui, a toujours représenté les intérêts de la classe dirigeante. Il a débuté en tant que parti des esclavagistes du Sud puis, après la défaite de ce système, a toujours défendu les intérêts du monde des affaires et des banques.

Depuis sa création, le Parti démocrate a œuvré avec le Parti républicain pour défendre les intérêts de la classe dirigeante américaine. Sous les gouvernements de ces deux partis, les 10 % les plus riches de la population ont largement accru leur part de richesses aux dépens des autres. Les codes des impôts ont permis aux grandes sociétés de ne payer pratiquement pas d’impôts et aux riches de préserver leur patrimoine, alors que les classes moyennes et les travailleurs payent plein pot. Les lois ont toujours favorisé les riches et, lorsque les profits ont été menacés, les politiciens démocrates ont participé au renflouement des grandes sociétés et des banques proches de la faillite.

Les démocrates ont souvent utilisé la loi Taft Hartley ainsi que d’autres lois anti-ouvrières contre les syndicats et les travailleurs en grève. Ils ont appelé l’armée fédérale, réprimé les travailleurs en grève, et utilisé les services de Cointelpro et des commandos pour espionner et attaquer les militants des mouvements noirs et anti-guerre.

Quand les Démocrates ont paru agir « dans l’intérêt » des opprimés, c’était seulement qu’ils y étaient forcés par la pression de mouvements sociaux, par la lutte dans les usines et dans la rue et chez les jeunes et les étudiants. C’est seulement quand la classe dirigeante a été confrontée à l’agitation massive des travailleurs et des pauvres, au cours de la dépression des années trente, que l’administration de Roosevelt a fait passer des lois qui prétendaient satisfaire les masses populaires. Kennedy et Johnson ne sont pas intervenus au cours du mouvement pour les droits civiques des Noirs des années soixante ni n’ont fait passer aucune loi sur les droits civiques avant que la nature raciste du système américain ne soit mise à nu devant le monde entier. Quand les médias ont commencé à montrer des Noirs combattant le système ségrégationniste du Sud, face à la violence de la police et de la foule blanche raciste, les politiciens n’ont plus eu d’autre choix que d’agir.

Le Parti démocrate prétend être le parti de la paix et le défenseur de la liberté dans le monde. En réalité, les Démocrates ont soutenu la participation des États-Unis à tous les conflits du vingtième siècle, de la première guerre mondiale à la guerre d’Irak. Bien entendu, lorsque la population manifeste contre ces guerres, au point que cette opposition puisse être utilisée pour remporter une élection, les politiciens démocrates sont prêts à se présenter comme des candidats anti-guerre. C’est ce qu’ils ont fait pendant la guerre du Vietnam et maintenant avec la guerre en Irak.

Très tôt dans leur histoire, les Démocrates sont devenus maîtres dans l’art de coopter et de canaliser les luttes sociales. Ils ont une tradition élaborée d’avoir l’air de répondre aux aspirations des mouvements sociaux. Puis ils appellent ceux qui ont mobilisé leurs forces dans la lutte à « trouver des solutions dans les limites du système ».

Une fois élus, les Démocrates légifèrent sur ce que les masses ont déjà obtenu par leur propre lutte. L’histoire est alors écrite comme si les politiciens avaient obtenu la victoire, alors qu’ils ne font que s’attribuer le mérite de ce que le peuple a déjà accompli.

Et à chaque fois que les travailleurs ou les animateurs de mouvements sociaux ont cru à ces mensonges et ont fait confiance à ces politiciens, quel a été le résultat ? Toujours et encore, le leurre du « travailler dans le cadre du système » a amené ceux qui avaient montré leur capacité d’organisation à devenir les fonctionnaires et les bureaucrates du système qu’ils combattaient. Et pour ceux qui sont actifs dans les luttes, au lieu d’apprendre à compter sur leurs propres luttes, c’est direction l’isoloir. C’est arrivé aux syndicats, aux organisations pour les droits civiques et pour les droits des femmes et même à des organisations se disant de gauche et révolutionnaires. En conséquence ceux qui se sont engagés dans ces luttes ont fini par échanger leurs rêves d’une société différente, de justice sociale et d’égalité économique, contre une nouvelle équipe de politiciens et des réformes temporaires.

Cette brochure analyse le rôle joué par le Parti démocrate depuis sa fondation. Nous examinerons les intérêts que ce parti a défendus. Quand on regarde l’histoire du Parti démocrate, on voit une tendance à défendre un système basé sur la cupidité et l’exploitation – un système capitaliste qui maintient toutes les divisions (de classe, de race, etc.) de cette société.

Les racines du Parti démocrate – l’esclavage

Le Parti démocrate a été fondé dans la période qui a suivi la révolution américaine de 1776. Une des premières batailles politiques majeures vit l’affrontement des deux groupes de la bourgeoisie qui avait soutenu la révolution contre la Grande-Bretagne. Le groupe le plus puissant était celui des grands propriétaires terriens du Sud (Virginie, Georgie, Caroline du Nord et du Sud). Sa richesse provenait de l’exploitation d’Africains arrachés à leur terre et transplantés de force comme esclaves vers les plantations du Sud. Les plantations produisaient du coton et d’autres cultures qui étaient immédiatement vendus en Europe. Les grands propriétaires se prenaient pour des nobles européens, vivant sur leur domaine avec leurs serviteurs et leurs parures importées d’Europe.

L’autre groupe de la bourgeoisie américaine était celui des riches marchands du Nord. Certains de ces marchands avaient profité du commerce des esclaves, mais au fur et à mesure qu’ils s’enrichissaient, ils recherchaient de nouvelles possibilités d’investir. Ils désiraient un gouvernement central fort qui puisse construire des routes, des voies navigables et toutes les infrastructures nécessaires pour amener des marchandises sur le marché intérieur et vers les zones industrielles. Ils voulaient également une banque centrale forte, qui puisse imposer des droits de douane afin de protéger leurs entreprises de la compétition des capitalistes européens en avance sur eux. Les défenseurs des intérêts des marchands étaient organisés en Parti fédéraliste.

Les propriétaires d’esclaves étaient opposés à l’établissement de droits de douane qui rompraient leur lien direct avec les marchés européens et à un gouvernement central puissant qui entraverait le commerce des esclaves. Le groupe de propriétaires esclavagistes organisé autour de ces objectifs s’appelait le Parti démocrate.

Le conflit entre ces deux groupements se jouait au Congrès et aux élections présidentielles. En 1787, alors que la Constitution était ébauchée, ces deux groupes de la bourgeoisie se mirent d’accord sur la façon de gouverner le pays. Cet accord fut inclus dans la constitution sous le nom de « compromis des trois cinquièmes ». La classe dirigeante des États du Sud obtenait une représentation proportionnelle à la chambre des députés, basée sur la population blanche plus trois cinquièmes de la population noire. Cela signifiait que chaque esclave donnait aux esclavagistes trois cinquièmes de voix supplémentaire à la chambre. Ce compromis révélait l’importance de l’économie esclavagiste et en fin de compte assurait aux propriétaires d’esclaves le contrôle du pays. Les Démocrates constituèrent le parti au pouvoir durant la plupart des premières années des États-Unis. Avant la guerre civile, treize des dix-huit présidents américains ont appartenu au Parti démocrate.

Le Parti fédéraliste et le Parti démocrate étaient unis dans le but de créer les États-Unis par la conquête et le génocide. Ils étaient tous deux d’accord sur le fait que les États-Unis domineraient le continent nord-américain après avoir enlevé des terres au Mexique et aux Indiens. Ils voulaient que l’État se serve de l’armée pour dégager de nouveaux territoires permettant à l’Union de s’étendre. Le candidat démocrate Andrew Jackson fut élu président en 1828. La première mesure qu’il prit fut de proposer la « loi d’expulsion des Indiens » (Indian removal act) qui passa en 1830. Sous Jackson et son successeur démocrate Martin Van Buren, 70 000 Indiens à l’Est du Mississippi furent terrorisés et expulsés par l’armée. En 1845, un autre président démocrate entraîna les États-Unis dans une guerre avec le Mexique pour acquérir les territoires du Texas et de Californie. Cette année, John O’Sullivan, l’éditeur d’un des principaux magazines démocrates, écrivait que les États-Unis avaient « pour destinée évidente de s’étendre sur le continent »... Autrement dit, c’était le droit divin des États-Unis de diriger par la violence le continent nord-américain.

Pour maintenir leur emprise sur le gouvernement, les Démocrates ont essayé de monter la classe ouvrière du Nord contre les capitalistes du Nord. Ils pouvaient s’opposer à la politique économique des capitalistes parce qu’ils avaient des intérêts bien différents. Ils se présentaient comme les défenseurs des travailleurs du Nord et des petits fermiers contre les riches marchands. Dès les années 1790, ouvriers qualifiés et fermiers du Nord s’étaient organisés en clubs politiques, pour combattre la politique de leurs employeurs dans le Parti fédéraliste. La plupart des travailleurs n’avaient pas le droit de vote. Étaient exclus ceux qui ne possédaient pas un minimum de biens ou ne pouvaient payer une taxe élevée sur le lieu de scrutin. Ces lois avaient pour but d’empêcher les ouvriers et les fermiers d’avoir un poids politique.

Les Démocrates ont pu coopter un certain nombre de fermiers et de travailleurs en soutenant certaines de leurs revendications – pour la journée de dix heures, pour le droit de vote pour les non propriétaires. Ils pouvaient se poser en champions des pauvres dans le Nord, alors qu’ils exploitaient brutalement les esclaves dans le Sud. Mais tous les travailleurs ne furent pas dupés et amenés à s’allier avec les cousins esclavagistes des capitalistes. Entre 1828 et 1834, des travailleurs constituèrent leur propre parti et présentèrent des candidats travailleurs aux élections dans 61 villes, non sans un certain succès. Mais les Démocrates gardèrent le contrôle de la majeure partie des ouvriers et des fermiers du Nord et, dans le cadre du Parti démocrate, les ont entraînés dans leur activité politique.

La guerre civile – Combat des Démocrates pour maintenir l’esclavage

Les marchands du Nord continuaient à développer la production industrielle et pour cela avaient de plus en plus besoin de moyens de transport, d’accès aux matières premières et de protection contre les marchés européens plus puissants. Les propriétaires du Sud, eux, constataient que la culture intensive du coton privait leurs plantations de sols fertiles. Ils commencèrent à chercher de nouveaux territoires plus au Sud et à l’Ouest. Une question se posait : les nouveaux territoires seraient-ils un espace réservé au développement de l’industrie et des marchés ou aux nouvelles plantations employant des esclaves ? Si le Congrès restait sous le contrôle des Démocrates, les propriétaires d’esclaves contrôleraient les richesses du pays. Entre les industriels du Nord et les grands propriétaires du Sud, une lutte à mort se développait pour décider quel système d’exploitation régirait les nouveaux territoires et à terme le pays entier.

L’équilibre du rapport de forces se maintint, dans un premier temps, les capitalistes du Nord préférant trouver un compromis avec les propriétaires du Sud. Développer le conflit perturberait le commerce et pousserait à une confrontation que les marchands du Nord craignaient de perdre. Le vieux Parti fédéraliste avait été réorganisé dans les années 1830 en Parti Whig par des fédéralistes qui soutenaient la politique de compromis avec les démocrates. Les Whigs s’opposaient aux Démocrates lors des élections, critiquaient la politique démocrate, et s’affirmaient contre l’esclavage dans les nouveaux territoires. Par contre, ils acceptaient la domination du Sud basée sur le compromis des trois cinquièmes. Petit à petit, ils cédaient aux désirs des Démocrates. En 1850 par exemple, le président Whig Millard Fillmore insista pour que la Californie et les autres territoires pris au Mexique, soient des États sans esclaves. En échange du soutien des démocrates, il signa la « loi des esclaves fugitifs » (fugitif slave act) qui promettait l’aide du gouvernement fédéral pour traquer les esclaves qui s’étaient enfuis dans un État non-esclavagiste. Ce qui voulait dire que même dans les États où l’esclavage était interdit, un esclave restait un esclave et pouvait être arrêté et ramené à son propriétaire.

Le système esclavagiste n’a jamais été incontesté. Les premiers opposants à l’esclavage furent les esclaves eux-mêmes. Le système a toujours été menacé par une révolte généralisée des esclaves. En 1791, les esclaves haïtiens ont renversé l’administration coloniale française et créé leur propre gouvernement. L’idée qu’une telle révolte générale puisse se produire sur le sol américain était source d’espoir pour les esclaves et un cauchemar pour leurs propriétaires. De nombreuses révoltes locales eurent lieu. La plus importante se produisit en 1811 quand les 500 esclaves d’une plantation proche de la Nouvelle-Orléans s’armèrent et marchèrent en direction des plantations voisines pour tenter de lancer une révolte générale. En 1822, un esclave affranchi du nom de Denmark Vessey fomenta une grande révolte d’esclaves en Caroline du Sud, mais le complot fut découvert avant qu’il n’éclate. En 1831, un esclave nommé Nat Turner dirigea une célèbre révolte d’esclaves, qui mit les territoires du Sud sur leur garde par crainte d’autres rébellions. Les révoltes étaient toujours écrasées par l’armée et la police, leurs chefs et les participants exécutés.

Dans le Nord des gens s’organisaient politiquement pour lutter en faveur de l’abolition de l’esclavage. Ils étaient connus sous le nom de Mouvement abolitionniste. Les abolitionnistes, dans le Nord, avaient pour dirigeants des personnalités religieuses, comme le quaker William Lloyd Garrison, et des ex-esclaves, comme Frederick Douglass. Les abolitionnistes éditaient une abondante littérature condamnant l’esclavage sur une base morale. Les idées abolitionnistes fournissaient ainsi des arguments moraux aux opposants de l’esclavage. Le Mouvement abolitionniste ne fut jamais un mouvement de masse, mais ses critiques du système menaçaient l’élite du Sud qui craignait tout ce qui pouvait encourager les révoltes d’esclaves. En 1830, le ministre des postes américain interdit l’envoi de littérature abolitionniste vers le Sud. Les maîtres d’écoles suspects d’être des abolitionnistes furent expulsés des États du Sud.

La lutte entre le Nord et le Sud devint impossible à contenir malgré les compromis du parti whig. Des batailles sanglantes se produisirent dans les nouveaux territoires. En 1855, Le Kansas se fit connaître sous le nom de « Kansas sanglant » en raison des luttes armées entre colons pro et anti-esclavagistes. En 1859, l’abolitionniste John Brown, qui s’était battu contre des colons pro esclavagistes au Kansas, dirigea un raid sur l’arsenal militaire de Harpers Ferry en Virginie de l’Ouest. Brown espérait s’emparer de l’arsenal et rallier les esclaves des environs pour fomenter une révolte. Sa tentative échoua, John Brown jugé et exécuté mais cette affaire devint un symbole de la lutte contre l’esclavage.

Les conflits qui se déroulaient en dehors du cadre politique aboutirent à une modification dramatique du système des deux partis. De nombreux capitalistes du Nord en avaient assez des compromis avec le Sud et désiraient affaiblir leurs adversaires en frappant au cœur du système. Ils formèrent un nouveau parti politique totalement opposé aux démocrates, le Parti républicain. Tout comme le parti Whig, le Parti républicain défendait les intérêts économiques des capitalistes du Nord. Mais contrairement aux Whigs, les Républicains exigeaient la fin de la domination du Sud sur le gouvernement fédéral. Ils commencèrent à utiliser, dans leur rhétorique, certains arguments condamnant l’esclavage, empruntés aux abolitionnistes.

Après la création du Parti républicain, le conflit entre l’élite des marchands du Nord et les Démocrates du Sud apparut au grand jour. En 1860, le républicain Abraham Lincoln, un avocat des compagnies de chemins de fer, fut élu président. Les Démocrates sudistes firent sécession quand ils virent que les Républicains prenaient le pouvoir. Onze états du Sud, du Texas aux Carolines, quittèrent l’Union pour former les États Confédérés d’Amérique. C’était le début de la guerre civile. En réalité, elle prit la forme d’une révolution menée par le Nord contre la domination politique des esclavagistes. Pour en finir avec le pouvoir des propriétaires du Sud, les Républicains étaient conduits à détruire le système esclavagiste qui en était le fondement.

La guerre civile fit rage pendant quatre ans et il sembla que le Nord allait être battu. Le Sud avait une armée plus efficace et expérimentée. Les officiers les plus doués avaient été des propriétaires d’esclaves – une tradition aristocratique des plantations. Cependant, le Nord avait une arme qu’il pouvait utiliser contre le pouvoir des esclavagistes. Il y avait quatre millions de Noirs qui vivaient dans la Confédération du Sud. Les esclaves réalisaient que la guerre civile signifiait un bouleversement du système esclavagiste. Comme les forces de répression étaient parties en guerre, des milliers d’esclaves quittaient les plantations quand les forces nordistes approchaient. Ces esclaves rebelles pouvaient fournir les forces dont les capitalistes du Nord avaient besoin pour battre les propriétaires sudistes.

En 1864, Abraham Lincoln signa la proclamation d’émancipation, libérant les esclaves du Sud. C’était une manœuvre militaire et la reconnaissance que des milliers d’esclaves avaient pris leur liberté et constituaient une force puissante dans ce conflit. En indiquant que la victoire du Nord signifierait leur liberté, les Républicains pouvaient alors se servir des esclaves qui venaient de se libérer pour bloquer l’économie du Sud, couper les lignes de ravitaillement de l’armée confédérée, et donner à l’Union un avantage militaire écrasant. Mais Lincoln et les Républicains n’étaient pas du tout abolitionnistes. En fait, la proclamation ne déclarait pas que tous les esclaves seraient libres, mais seulement ceux des États sécessionnistes. Cela laissait subsister l’esclavage dans certains états du Nord.

Après la proclamation d’émancipation, l’armée de l’Union l’emporta et le Sud fut occupé par ses troupes. À la fin de la guerre en 1865, le Congrès signa le treizième amendement à la constitution, qui prohibait l’esclavage dans l’ensemble des États-Unis. Le pouvoir des esclavagistes organisés dans le Parti démocrate était tombé.

Le parti du racisme et de la terreur dans le Sud

Le président Lincoln fut assassiné peu de temps après la fin de la guerre et le pouvoir passa à son vice-président, le Démocrate du Nord, Andrew Johnson. Certains Démocrates du Nord, comme Johnson, avaient rejeté la Confédération et soutenu le Nord pendant la guerre. Même s’ils avaient soutenu le Nord, ils ne voulaient pas d’une restructuration radicale du Sud et préféraient passer une alliance avec les esclavagistes vaincus.

Les capitalistes nordistes voulaient reconstruire le Sud afin que le coton et autres produits agricoles du Sud puissent alimenter les usines et les villes du Nord. Pour cela, il leur fallait trouver des leaders qui puissent gouverner le Sud dans leur intérêt. Le président Johnson accorda son pardon aux ex-propriétaires d’esclaves qui revinrent dans leurs propriétés et il leur laissa le contrôle politique du Sud. Ils utilisèrent immédiatement leur pouvoir politique retrouvé ainsi que leur richesse et leurs terres pour rétablir un système qui avait tout de l’esclavage sauf le nom. Ils mirent leur veto sur les nouvelles constitutions des États qui donnaient le droit de vote aux Noirs. Pendant une courte période il sembla que les propriétaires des plantations allaient regagner le contrôle du Sud et que la guerre civile allait recommencer.

Mais les capitalistes du Nord n’étaient pas disposés à rendre le pouvoir politique aux propriétaires sudistes qu’ils venaient juste de battre. Initialement, il ne manqua qu’une voix aux républicains pour mettre Johnson en accusation devant le Congrès. Mais en 1868 le républicain Ulysses Grant, un général nordiste pendant la guerre civile, fut élu président avec un programme politique visant à reconstruire totalement le Sud pour contrecarrer les anciens esclavagistes.

Le Sud était toujours occupé par l’armée de l’Union qui l’avait divisé en districts militaires. Sous Grant, toute personne qui avait soutenu la Confédération ne pouvait briguer une fonction officielle, ce qui s’appliquait à la majorité des propriétaires de plantations. Des conventions furent tenues pour rédiger un nouvel ensemble de lois et de constitutions d’États. Les capitalistes nordistes comptaient sur les ex-esclaves noirs ainsi que sur les Blancs pauvres pour empêcher les grands propriétaires d’exercer leur contrôle politique. Cette période, connue sous le nom de « Reconstruction », fut l’une des expériences démocratiques les plus importantes dans l’histoire des États-Unis.

Pendant une courte période, la classe dirigeante fut contenue, et il appartenait aux pauvres, fermiers et travailleurs, de prendre les décisions politiques. Qu’ont-ils fait ? Des Noirs et des Blancs parmi les pauvres et les travailleurs furent élus aux gouvernements d’États. Ils coopéraient car ils avaient les mêmes buts et des intérêts identiques. Ils passèrent des lois pour améliorer leur condition de vie. Ils mirent en place les premières écoles publiques, comme en Caroline du Sud. Ils construisirent des routes et des ponts pour les petits fermiers. Ils garantirent l’égalité des droits entre citoyens noirs et blancs. L’expérience de la Reconstruction gagna même le niveau fédéral. En 1869, Il y eut deux sénateurs et vingt députés noirs au Congrès. Le Congrès ratifia le quatorzième amendement à la constitution qui garantissait l’égalité des droits entre les races.

Cependant, les terres des anciennes plantations, détenues par le gouvernement fédéral après la guerre, furent rendues à leurs anciens propriétaires. Si les Républicains laissaient aux anciens esclaves une certaine liberté politique, ils ne voulaient tout de même pas renverser les rapports de propriété dans le Sud.

Après l’expérience de la Reconstruction, l’élite du Sud et ses représentants du Parti démocrate firent comprendre aux nordistes qu’ils acceptaient la défaite du système esclavagiste et qu’ils ne menaceraient pas le nouvel ordre social. Surtout, les riches industriels du Nord désiraient que le Sud soit une source stable de produits agricoles, ce que l’aristocratie sudiste leur garantit. Un accord fut donc conclu.

L’expérience démocratique de la Reconstruction était vulnérable en raison d’une faiblesse congénitale. Son existence reposait sur la protection des fusils de l’Union, d’une armée qui avait écrasé les esclavagistes et ouvert un espace politique pour les Noirs et les Blancs pauvres.

Les grands propriétaires terriens et leurs représentants démocrates utilisèrent leur richesse et leur autorité pour organiser des groupes paramilitaires comme le Ku Klux Klan. Durant les années 1860 et 1870 le KKK et d’autres groupes terrorisèrent les Noirs et les Blancs qui s’étaient organisés politiquement. Ils tabassaient ceux qui résistaient, brûlaient leurs maisons et parfois les lynchaient. Cette violence avait pour but de reprendre les acquis des pauvres au cours de la Reconstruction et de dresser un mur entre les Blancs et les Noirs. Les terres du Sud appartenaient toujours aux grands propriétaires qui les louaient aux paysans contre une part importante de leur récolte. En 1877, l’armée de l’Union fut retirée du Sud, laissant les gouvernements issus de la Reconstruction à la merci des grands propriétaires sudistes.

Les propriétaires réorganisèrent le Parti démocrate afin de reprendre, à leur profit, le contrôle des corps législatifs étatiques et fédéraux. Les Démocrates recouvrèrent les états du Sud et prirent place à côté des Républicains au Congrès. Ils firent voter des lois ségrégationnistes (les « lois Jim Crow ») dans les États du Sud. Ces lois institutionnalisaient la ségrégation établie par la violence et ôtaient aux Noirs toute voix au chapitre politique. En 1896 la Cour suprême des États-Unis abolit de fait le quatorzième amendement, lorsqu’elle jugea légal le système qui refusait aux Noirs l’égalité de droits à l’éducation, au logement, au travail et qui transformait donc une partie de la population en citoyens de seconde zone.

La population du Sud avait ainsi été divisée, conquise par la force et les Démocrates réintégrés dans le système politique, en tant que parti du racisme et de la terreur. De leurs mains ils avaient anéanti l’expérience la plus démocratique de l’histoire des États-Unis.

1877 à 1914 – Contrôler la classe ouvrière

La victoire du Nord en 1865 signifiait la victoire du capitalisme industriel. Dans les décennies qui suivirent la guerre civile, l’industrie se développa rapidement sur l’ensemble du continent à l’aide de subventions gouvernementales, des barrières douanières pour se protéger des industries étrangères et grâce au développement des transports, en particulier des chemins de fer. Les produits agricoles du Sud n’étaient plus exportés vers les manufactures britanniques. Les ressources du Sud étaient désormais à la disposition de l’industrie du Nord. Les industriels américains prospectèrent les marchés étrangers pour vendre leurs produits. Les Démocrates devinrent l’opposition loyale à la politique républicaine de développement industriel et d’impérialisme et continuèrent à encadrer la classe ouvrière.

La plupart des capitalistes soutenaient le Parti républicain qui privilégiait les droits de douanes, le développement intérieur et les guerres impérialistes – ce qui protégeait et étendait leurs marchés. Le Parti démocrate était en mesure de représenter non seulement l’aristocratie traditionnelle du Sud mais également d’autres groupes capitalistes qui s’occupaient d’import-export, de banque et de chemins de fer avec l’élite du Sud. Ces capitalistes – on les appelait les « Démocrates bourbon » – s’opposaient aux Républicains sur la question des barrières douanières, des impôts trop élevés et sur les guerres impérialistes – tout ce qui pouvait contrarier ou ralentir le bon fonctionnement du marché. Les Démocrates constituaient donc une équipe dirigeante de rechange au cas où la majorité des capitalistes décidait de changer de stratégie.

Bien des fermiers n’avaient pas les moyens de posséder des machines agricoles et n’étaient pas compétitifs sur le marché. Ils furent obligés de vendre leurs fermes aux grands propriétaires et de migrer vers les villes où ils devinrent ouvriers dans le secteur industriel en expansion rapide. À côté des travailleurs américains, beaucoup d’immigrants – d’Irlande, d’Italie, d’Europe de l’Est, de Chine et d’autres pays – furent employés dans les usines, les mines et les chemins de fer.

Les villes enflèrent suite à cet afflux de travailleurs américains et étrangers. De 1860 à 1914 la population de New York s’accrut de 150 000 à 4 millions d’habitants. Chicago, de 110 000 à 2 millions, et Philadelphie de 650 000 à un million et demi. Il en résulta une importante classe ouvrière composée à la fois d’immigrants et de natifs d’Amérique.

Les Démocrates contrôlaient ces nouvelles communautés de travailleurs industriels en développant des « structures politiques ». Ces structures politiques échangeaient des votes contre des services. Pour avoir ses poubelles ramassées et sa rue balayée, il fallait payer en votant bien. Pour avoir un travail ou un logement dans un quartier particulier il fallait passer un accord avec le chef politique local. Les machines démocrates dans des villes comme Chicago, Boston et New York garantissaient le vote des travailleurs au Parti démocrate. Sans elles, il était difficile d’avoir un logement et des services municipaux essentiels.

Le rôle le plus important des Démocrates était de répondre aux problèmes que la classe ouvrière posait aux capitalistes. Avec le développement du capitalisme, la résistance des travailleurs à l’exploitation s’accroissait. Le capitalisme a une tendance inhérente à l’effondrement quand la course aux profits et les investissements conduisent la production à excéder la demande. Le système s’arrête alors brusquement de fonctionner. En période de surproduction les travailleurs perdent leur emploi et ne peuvent plus acheter les marchandises qu’ils ont produites. L’économie est alors prise dans un cercle vicieux de licenciements et de baisse du pouvoir d’achat. Ces dépressions périodiques signifiaient la faim, l’insécurité et la misère pour de nombreux travailleurs.

L’année 1873 marqua le début d’une profonde dépression économique. Dès 1877, travailleurs et fermiers du Nord se révoltaient. Les patrons des chemins de fer avaient essayé de se servir de la dépression pour réduire les salaires des cheminots. Cela provoqua une formidable grève des cheminots, qui fut en fait la plus grande action coordonnée jamais menée par des travailleurs américains jusque-là et qu’on appelle le grand soulèvement de 1877. La grève se propagea à travers le pays de la côte Est à la côte Ouest à la vitesse d’une locomotive, entraînant dans la bataille les cheminots et d’autres fractions de la classe ouvrière. De plus en plus de travailleurs s’engagèrent dans la grève qui paralysa des villes entières. Les industriels du Nord exigèrent que les Républicains répriment la révolte des travailleurs. La répression de la grève par l’État fut brutale. Elle fut menée par des troupes fédérales spécialement amenées du Sud, pour rétablir l’autorité des patrons. Les villes occupées par les travailleurs en grève furent assiégées par les troupes gouvernementales. Une centaine de personnes furent tuées lors des confrontations avec la police et l’armée, et un millier de travailleurs jetés en prison.

Les entreprises de chemins de fer cédèrent sur les salaires, mais le gouvernement installa des garnisons pour surveiller les travailleurs et protéger les capitalistes en cas de grèves ultérieures. Des casernes et des arsenaux de la garde nationale furent édifiés dans les grandes villes, avec des postes fortifiés pour pouvoir tirer sur les travailleurs. La grève avait secoué les capitalistes américains jusqu’à la moelle.

Après cette démonstration de force des travailleurs à l’échelle nationale, il devint essentiel pour les capitalistes, du Nord comme du Sud, de détourner l’énergie des travailleurs de l’organisation collective. Dans les années 1880 les Démocrates accusèrent les Républicains d’être les valets du grand capital. Comme les Démocrates étaient en minorité au Congrès et ne détenaient pas la présidence, ils pouvaient mettre les problèmes sur le dos des Républicains et apparaître comme une alternative.

De nombreux travailleurs n’étaient pas dupes de la politique des Démocrates. Depuis le grand soulèvement de 1877, des travailleurs avaient commencé à s’organiser politiquement pour défendre leurs intérêts propres. Le Parti socialiste américain fut constitué en 1901 d’un regroupement de petits groupes révolutionnaires. Des travailleurs révolutionnaires avaient également commencé à créer des syndicats radicaux, surtout parmi les immigrants non qualifiés et les couches les plus pauvres de la classe ouvrière. Le plus important fut l’IWW (Industrial Workers of the World, ou travailleurs industriels du monde), fondé en 1905 pour organiser les travailleurs, non seulement pour la lutte salariale et les conditions de travail mais aussi pour la révolution. L’IWW fut un syndicat industriel regroupant tous les travailleurs d’une branche, quel que soit leur niveau de qualification, leur race ou leur sexe. En 1912 il regroupait environ 50 000 ouvriers dans ses rangs, dont un grand nombre sur la côte du Pacifique. Au sein du Parti socialiste et des IWW, une partie considérable de la classe ouvrière avait pris conscience de ses intérêts propres.

Première guerre mondiale : la guerre des Démocrates pour l’impérialisme

L’expansion économique aux États-Unis s’était également produite en Europe. Les États capitalistes européens s’étaient engagés dans une compétition mondiale pour accaparer les ressources et les débouchés. Chaque État développait des forces militaires pour protéger sa zone et accroître son influence. Finalement la concurrence entre pays aboutit à un conflit ouvert, la Première guerre mondiale. L’Allemagne entra en conflit avec la France et l’Angleterre alors qu’elle tentait de pénétrer le marché chinois et d’acquérir des matières premières en Afrique. L’Allemagne et ses alliés entrèrent en guerre contre la France, l’Angleterre et leur alliée la Russie. Peu de temps après l’Europe était en flammes.

En 1914, les capitalistes américains préférèrent rester en dehors du conflit européen. Ils se satisfaisaient de vendre des marchandises aux deux camps et de regarder leurs concurrents européens se mettre en pièces. La classe dirigeante était anti-guerre puisqu’elle pouvait tirer profit de cette « neutralité ». Les Républicains avaient une position plus favorable à la guerre tandis que la position soi-disant anti-guerre des Démocrates plaisait à la population qui ne voulait pas être entraînée dans le conflit. La plupart des américains voyaient dans la guerre mondiale une affaire purement européenne – dans laquelle ils ne voulaient pas être entraînés. Le candidat démocrate à la présidence, Woodrow Wilson, se prononça contre l’entrée des États-Unis dans la guerre mondiale. Il recueillit la majorité aux élections et fut élu président.

Wilson commença à gouverner soutenu par une opinion publique défavorable à la guerre ainsi que par une importante fraction de la classe capitaliste qui ne voulait pas se risquer d’entrer en guerre. Mais, dès 1917, même les capitalistes les plus prudents avaient compris que la guerre en Europe déciderait du contrôle futur des ressources à l’échelle mondiale. Les États-Unis s’étaient de plus enfoncés dans une nouvelle crise économique avec une industrie qui produisait trop et un marché saturé. Le financement de la production de guerre avec l’argent public offrait une solution pour sortir de la crise. Wilson et d’autres politiciens commencèrent à arguer que les États-Unis devraient entrer en guerre pour « rendre le monde plus sûr pour la démocratie ». Le Parti démocrate virait de position. Bien qu’élu sur une plate-forme anti-belliciste, Wilson entraîna les États-Unis dans la guerre en 1918.

Des millions d’Américains étant contre la guerre et des manifestations massives furent organisées dans les grandes villes. Les révolutionnaires avaient anticipé ce retournement et étaient au centre de l’effort d’organisation contre la guerre. L’administration de Wilson réprima durement le mouvement anti-guerre. La répression visait toute protestation et rendit illégale toute critique de la guerre. Toute personne impliquée ou associée au mouvement révolutionnaire était persécutée. Les militants anti-guerre, les socialistes et les anarchistes furent mis en prison. Eugene Debbs, le candidat socialiste aux élections présidentielles, opposant à la guerre, se présenta à des élections alors qu’il était en cellule. Plus de deux cents révolutionnaires furent expulsés en Russie.

La répression porta un coup majeur au mouvement ouvrier. Mais en 1917 surgit un élément nouveau dans la situation mondiale : la révolution ouvrière en Russie. Les travailleurs américains militant ou soutenant le Parti socialiste ou les IWW virent dans la Russie un exemple pour trouver la voie d’un combat politique se donnant pour objectif le renversement des capitalistes, de leurs partis politiques et leurs États. Malgré une dure répression, la plupart des militants socialistes et de l’IWW s’étaient regroupés et 1919 vit la formation du Parti communiste des États-Unis. Ce parti regroupa les meilleurs organisateurs du mouvement ouvrier. Il représentait une voix politique qui avait le potentiel de briser l’emprise du Parti démocrate sur la classe ouvrière et les pauvres des USA.

50 000 Américains tués durant la première guerre mondiale

La guerre fit rage en Europe jusqu’à la défaite de l’Allemagne et de ses alliés en 1918. Les États-Unis sortirent de la guerre mondiale avec un avantage décisif sur l’Europe – la guerre n’avait pas eu lieu sur leur territoire. Mais 50 000 Américains étaient morts et une génération entière avait vécu les horreurs de la guerre.

D’un point de vue économique, la guerre avait arrangé les affaires des capitalistes. Ils avaient vendu des armes et des marchandises aux deux camps au début de la guerre et avaient ensuite bénéficié des dépenses de temps de guerre. La valeur des investissements boursiers avait augmenté de 16,4 %. En comparaison, la situation des travailleurs restait misérable. Les salaires dans l’industrie n’avaient augmenté que de 1,4 %. Il y avait 25 000 accidents mortels par an et 100 000 ouvriers restaient handicapés suite aux accidents de travail.

Pendant cette période, les travailleurs – pour un grand nombre d’entre eux, des soldats démobilisés – organisèrent des grèves importantes de la côte Ouest à la côte Est, de Seattle aux États de la Caroline. Le jeune Parti communiste s’activait à organiser les travailleurs, en particulier dans le Sud que le mouvement ouvrier n’avait auparavant jamais touché.

La grande dépression : Roosevelt et les Démocrates sauvent le capitalisme

L’année 1929 vit le commencement d’une crise majeure de l’économie, la Grande dépression. Le système capitaliste dont la tendance est d’accélérer la production atteignit une nouvelle limite, les marchés étant une nouvelle fois saturés de marchandises. L’économie s’effondra et des millions de travailleurs perdirent leur emploi. La population subissait le chômage et la faim, côtoyant des richesses démesurées. L’effondrement du système engendra la révolte des travailleurs au cours des années 1930 et 1940. Les représentants politiques du capitalisme – démocrates et républicains – étaient confrontés au double problème de redémarrer l’économie et d’empêcher la population de contester le système capitaliste.

À l’échelle mondiale, une autre menace envers le système se profilait sous la forme d’une nouvelle guerre mondiale. L’Allemagne se réarmait et reconstruisait son industrie. Le capitalisme allemand, avec Hitler et les Nazis à la tête de l’État, menaçait de s’emparer de nouveaux territoires et de défier le reste de l’Europe et les États-Unis pour acquérir un espace accru sur le marché mondial. De même, les capitalistes japonais développaient rapidement une industrie et des ambitions militaires, menaçant de devenir une puissance régionale en Asie. Les lignes de fracture commençaient à se profiler entre pays capitalistes, pour un nouveau conflit visant à accaparer les ressources mondiales. Pour assurer une place au capitalisme américain, les capitalistes devaient mobiliser la population pour qu’elle défende la primauté de l’impérialisme américain dans le monde.

La grande dépression s’abattit alors que les Républicains étaient toujours à la tête du pays. La situation nécessitait des mesures radicales et les Démocrates étaient idéalement placés pour critiquer le non interventionnisme des Républicains dans l’économie et dans l’arène internationale. En 1932 le candidat démocrate à la présidence fut Franklin D. Roosevelt. Roosevelt était un sénateur aisé de New York qui avait été secrétaire d’État à la marine. L’image de Roosevelt fut retouchée pour qu’il apparaisse comme un homme du peuple, prêt à défendre la nation contre la cupidité et la corruption. Son slogan durant la campagne électorale fut « la Nouvelle Donne » (the New Deal), il promettait un changement par rapport aux administrations précédentes. La Nouvelle Donne marquait un changement profond dans la manière dont le Parti démocrate se présentait. Il proposait que le gouvernement injecte de grosses sommes pour redémarrer l’économie et, au lieu de résister au mouvement montant des travailleurs, quelques réformes pour les sortir de la misère et du chômage. La population répondit à l’appel de Roosevelt en lui donnant une écrasante majorité aux élections.

Mais la population n’attendait pas sagement qu’un sauveur vienne à sa rescousse. Les travailleurs commencèrent à s’organiser et à agir pour répondre directement à leurs besoins. La population s’empara de nourriture dans les magasins et les entrepôts afin de nourrir les affamés. Des comités de chômeurs furent créés à travers tout le pays, comptant des dizaines de milliers de membres, sous la direction du Parti communiste. Ces comités empêchaient les expulsions, faisaient pression sur les autorités pour que l’eau et le gaz ne soient pas coupés lorsque les factures n’étaient pas payées à temps, et luttaient contre la discrimination envers les Noirs et les immigrants. À Seattle les pêcheurs échangeaient le produit de leur pêche contre du bois à brûler coupé dans les forêts. Médecins, infirmières, coiffeurs, couturières échangeaient leurs services contre des marchandises, démontrant que la seule chose qui ne fonctionnait pas était l’économie basée sur la course aux profits.

En 1934 la classe ouvrière se lança dans une série de grèves qui impliquèrent un million et demi de travailleurs à San Francisco (Californie), Minneapolis (Minnesota) et Toledo (Ohio). Ces trois grandes grèves suscitèrent l’émulation des travailleurs de tout le pays. Les luttes menées par les travailleurs contraignirent Roosevelt et les Démocrates à édicter une législation paraissant répondre aux aspirations du mouvement. Roosevelt fit voter la loi Wagner qui établit un conseil national sur les relations du travail (NLRB, National Labor Relations Board). La loi Wagner donnait aux travailleurs le droit de former des syndicats et de mener des négociations collectives au travers du NLRB. Les patrons ne voulaient pas traiter avec les syndicats mais préféraient la médiation du gouvernement lorsque les syndicats ne pouvaient pas être directement stoppés. Il était plus facile de contrôler le NLRB que des travailleurs prenant conscience de leur force.

En 1936 une nouvelle sorte de grève balaya le pays – les grèves avec occupation d’usine (les « sit-down »). Les sit-down débutèrent dans des usines de caoutchouc d’Akron. Au lieu de quitter l’usine, les travailleurs en grève s’assirent à côté de leur machine et refusèrent de bouger. Les travailleurs prenaient de fait l’usine en otage, empêchant les patrons de redémarrer la production avec d’autres travailleurs à leur place (péjorativement, les « jaunes », les briseurs de grève, « scabs »). La plus importante de ces grèves eut lieu en 1936-37 dans l’usine General Motors (GM) à Flint dans le Michigan. Les travailleurs occupèrent les usines pendant 44 jours, bloquant totalement l’empire GM. Après la grève de Flint, il y eut une éruption de grèves à travers le pays. Ces grèves furent tellement massives que Roosevelt et les Démocrates décidèrent d’intervenir et de mettre en place des médiations avec les syndicats pour que les travailleurs y mettent fin.

La vague de grèves n’était pas seulement un soulèvement contre les patrons et la crise provoquée par la Grande dépression. Les travailleurs se révoltaient aussi contre la structure archaïque des syndicats corporatistes. Les travailleurs qualifiés étaient organisés depuis 1886 dans l’American Federation of Labor (AFL, fédération américaine du travail). L’AFL avait pour politique d’éviter les grèves et préférait compter sur les qualifications monnayables de ses membres pour négocier salaires et conditions de travail. Mais l’AFL réalisa la puissance de la vague de grèves et mit sur pied un comité d’organisation industriel dirigé par John Lewis, du syndicat des mineurs, pour organiser de nouveaux syndicats industriels. À partir de ce comité Lewis créa le Congress of Industrial Organizations (CIO, confédération des organisations industrielles). Cette confédération regroupait les travailleurs sans souci de leur qualification ou de leur couleur de peau. C’était le nouveau type d’organisation – le syndicat industriel – que des milliers parmi les travailleurs et militants récemment organisés considéraient comme le leur. Les militants du Parti communiste jouèrent un rôle important dans la construction des nouveaux syndicats de la CIO. Partout dans le pays, les travailleurs obtenaient des conventions collectives, formaient des syndicats et rejoignaient la CIO.

La CIO fut construite grâce à l’esprit militant des travailleurs, mais elle devint très tôt une structure pour réfréner leur combativité. La CIO commença à contrôler ses membres de manière plus stricte, décourageant les grèves et l’esprit militant. Lewis fit la déclaration suivante aux patrons : « un accord avec la CIO est une bonne protection contre les sit-downs (grèves avec occupation), les lie-downs (grèves de la sieste) ou tout autre type de grève ».

Il n’y avait malheureusement pas d’organisation de masse pouvant offrir une perspective différente aux travailleurs. Seul le Parti communiste aurait pu organiser une opposition réelle à la politique de Lewis et de la CIO. C’était de loin le parti le plus important de la classe ouvrière. Mais il avait été profondément influencé par les événements en Russie. La révolution russe fut une révolution ouvrière, mais elle se produisit dans un pays sous-développé. Les révolutionnaires avaient espéré que son exemple déclencherait d’autres révolutions, dans les pays industrialisés d’Europe. Dans toute l’Europe, les travailleurs firent des tentatives révolutionnaires mais elles échouèrent. Sans soutien, la classe ouvrière russe épuisée, ne put garder le pouvoir. Une couche de bureaucrates, Joseph Staline à sa tête, s’empara du pouvoir. Ces bureaucrates l’utilisèrent pour défendre les intérêts nationaux bornés de la Russie au lieu d’étendre la révolution, accaparant les privilèges du pouvoir et de la richesse. Partout dans le monde, Staline et ses séides convertissaient les partis communistes en outils de la politique étrangère russe.

Aux États-Unis comme dans de nombreux pays, la bureaucratie prit le contrôle du Parti communiste et le transforma, de parti de la révolution des travailleurs en un outil au service de la bureaucratie. En 1935, le PC américain apporta son soutien complet à Roosevelt et aux démocrates parce que la Russie espérait s’allier avec les États-Unis contre la menace croissante de l’Allemagne. Le PC avait mené bien des combats décisifs au début de la vague de grèves ouvrières. Mais le soutien du PC à Lewis, à Roosevelt et aux démocrates pendant les années trente signifia qu’il n’y avait plus d’opposition organisée à la politique démocrate de captation à leur profit des luttes des travailleurs.

En 1939, la seconde guerre mondiale débuta quand l’Allemagne envahit la Pologne, ce à quoi la France et l’Angleterre ripostèrent en lui déclarant la guerre. Les Démocrates sous Roosevelt reprirent les positions défendues sous Woodrow Wilson, soutenant que l’utilisation de la puissance militaire permettrait à l’impérialisme américain de se protéger et de gagner de l’influence sur les affaires mondiales. Les capitalistes américains étaient déjà préoccupés par l’essor du Japon et son invasion de la Chine en 1937. Roosevelt faisait pression en vue d’une intervention militaire directe en Europe contre l’Allemagne et en Asie contre le Japon. En 1941, les Japonais bombardèrent Pearl Harbour. Cette attaque directe sur un territoire américain donna à Roosevelt le prétexte pour mobiliser la population américaine pour la guerre.

En Europe, la résistance de la population russe puis l’entrée en guerre des États-Unis entraînèrent la défaite des forces allemandes. Après la guerre, les représentants des vainqueurs, Staline pour la Russie, Roosevelt pour les États-Unis et Churchill pour l’Angleterre, se rencontrèrent à Yalta en Ukraine, pour se partager les marchés mondiaux et les sphères d’influence dans le monde. À la Russie fut accordé le contrôle de l’Europe de l’Est y compris l’Allemagne de l’Est. Les États-Unis et la Grande-Bretagne se partagèrent les zones riches en matières premières du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie. Des territoires que l’Angleterre avait dominé passèrent sous contrôle américain. L’Arabie Saoudite, par exemple, reçut une aide américaine et en échange consentit à ce que la compagnie pétrolière américaine ARAMCO exploite le pétrole de la région. Ce fût le début du soutien américain au régime saoudien, une monarchie religieuse brutale qui ne tiendrait pas une semaine sans l’aide financière, les ventes d’armes et l’intervention occasionnelle des États-Unis.

La seconde guerre mondiale fut l’occasion pour Roosevelt d’éviter la chute libre de l’économie américaine. Il ordonna le gel des salaires, alors que l’économie américaine était en expansion rapide, pour contribuer à la guerre. Les bureaucrates syndicaux promirent un moratoire des grèves, soi-disant pour aider l’effort de guerre. Quand les travailleurs refusèrent d’honorer cette promesse, la police et la garde nationale furent dépêchées sur les lieux. Avant que l’armée occupe le Japon et l’Europe, Roosevelt avait ordonné aux troupes d’écraser les grèves sur le territoire même des États-Unis. Après-guerre, la loi Taft-Hartley fut votée, permettant au gouvernement d’interdire les grèves.

Dans l’ensemble, le capitalisme américain prospéra avec la passation d’énormes contrats militaires et la garantie de profits financés par l’État. À l’apogée de la production de guerre, les contrats militaires représentaient 34 % du PNB américain. L’économie de guerre établie durant la guerre a été maintenue jusqu’à maintenant, avec un budget militaire annuel moyen de 278 milliards de dollars. C’est en conservant une « économie de guerre permanente » que le capitalisme américain a pu maintenir un taux de profit garanti, sans lequel il aurait été prisonnier du même cycle de crises qui a amené la grande dépression.

Au milieu du vingtième siècle, un changement profond affecta la structure sociale du pays. Le racisme qui faisait des Noirs des citoyens de deuxième zone, fut ébranlé par le bas et le haut. Un bouleversement du système raciste s’avérait nécessaire pour les capitalistes eux-mêmes. Le boom économique des années quarante offrit de nouvelles occasions pour les Noirs d’échapper au racisme du Sud. Pendant la guerre, les Noirs quittèrent le Sud en grand nombre pour les centres industriels du Nord et de l’Ouest, où ils furent affectés à la production de guerre. Les États-Unis étaient critiqués pour leur racisme dans le monde entier, en particulier par l’Union soviétique. Les États-Unis tentaient d’apparaître comme un modèle de liberté et de démocratie, spécialement dans les régions où ils essayaient d’étendre leur influence, en Afrique et en Asie. L’existence d’une population noire terrorisée et privée de droit de vote était embarrassante. Sous Roosevelt, les politiciens démocrates locaux du Sud maintenaient l’ordre raciste, mais au niveau national le parti commença à promettre des réformes. Les promesses démocrates et les nouvelles opportunités qui s’offraient, entraient en résonance avec les espoirs des Noirs américains et, quand ils pouvaient voter, ils donnèrent leur bulletin de vote aux Démocrates. Entre temps, le racisme envers les Américains d’origine japonaise dépassa les limites, par sa brutalité. Pendant la guerre, Roosevelt signa l’acte exécutif 9066 ordonnant l’internement de 100 000 Américains, originaires du Japon, dans des camps aux USA.

Avec ces nouveaux espoirs de changement pour la communauté noire, débuta la résistance. En 1941, le syndicat des porteurs des wagons-lits, dirigé par A. Philip Randolph, fit peser la menace d’une marche de masse, contre le racisme, des Noirs sur Washington. En 1943, le quartier new-yorkais de Harlem vit une déferlante d’émeutes provoquées par l’existence de logements insalubres et les discriminations professionnelles. Ce type de réponse contre le racisme était loin de ressembler à ce que les Démocrates avaient en tête pour réformer le système de ségrégation du Sud.

Roosevelt meurt en 1945 alors qu’il était encore président en exercice. Son vice-président Harry S. Truman lui succède. Les Démocrates après la mort de Roosevelt se retrouvent face à de nouveaux enjeux. Ils ont besoin de maintenir le boom de l’économie du temps de guerre et de sécuriser le monde d’après-guerre pour pérenniser l’exploitation par les trusts américains et aussi contenir la marée montante du mouvement des droits civiques.

On parle aujourd’hui de Roosevelt et du New Deal en termes élogieux. On se souvient de Roosevelt comme du sauveur de la classe ouvrière. Les politiciens et les experts diront qu’il faut un nouveau Roosevelt et un nouveau New Deal. Mais le but de Roosevelt était de sauver le système et d’assurer l’hégémonie américaine dans le monde vis à vis des autres puissances capitalistes.

Truman, le premier président de la guerre froide

Le président (démocrate) Truman continua la politique impérialiste établie sous Roosevelt. Il supervisa la fin de la seconde guerre mondiale ainsi que le début de la guerre froide, la lutte contre l’Union Soviétique mais aussi contre l’opposition intérieure et contre les mouvements d’indépendance dans le reste du monde.

Dans la phase finale de la guerre mondiale, Truman ordonna l’utilisation de bombes atomiques sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Ces armes, les plus monstrueuses que l’humanité ait connu, tuèrent instantanément 200 000 civils. On savait bien, avant les bombardements, que le Japon allait déposer les armes. Mais Truman voulait utiliser la bombe pour démontrer au reste du monde que les États-Unis étaient prêts à utiliser la force la plus dévastatrice pour contrôler les ressources mondiales.

Après la guerre, l’Europe étant affaiblie, l’Union soviétique et les États-Unis devenaient les deux puissances majeures de la planète. Bien que l’Union soviétique ait dégénéré, elle représentait encore une force qui restait en dehors des limites du capitalisme. Malgré la trahison de la classe ouvrière par la bureaucratie stalinienne, l’Union soviétique était tout de même un frein à l’impérialisme. Les quarante ans qui suivirent la seconde guerre mondiale furent marqués par la lutte entre les États-Unis et l’Union soviétique, la Guerre froide. Des mouvements nationalistes embrasèrent les colonies d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, visant à obtenir l’indépendance nationale vis-à-vis des anciens régimes coloniaux. L’Union soviétique soutenait ces mouvements, espérant affaiblir les pays impérialistes en leur coupant l’accès aux marchés et aux matières premières. Les États-Unis soutenaient les anciens pouvoirs coloniaux européens ou intervenaient directement comme en Corée, au Vietnam ou en Afghanistan, pour contrôler les populations mais aussi pour contrer l’Union Soviétique.

À l’intérieur, la guerre froide servait de prétexte aux attaques contre les syndicats et les travailleurs. Le Parti communiste fut présenté comme une dangereuse menace interne, bien qu’il ait amené la classe ouvrière et ses organisations à soutenir Roosevelt, et la guerre, et fait tout ce qu’il pouvait pour assujettir les travailleurs au parti démocrate. En 1949, plus de 140 membres du PC furent emprisonnés sous couvert de la loi Smith. La figure emblématique de cette chasse aux sorcières durant guerre froide, fut le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy. Sous McCarthy, les syndicats furent purgés de tout élément ayant été lié au PC ou à une organisation radicale. Les communistes et les différents courants radicaux furent expulsés des syndicats alors qu’ils avaient joué un rôle majeur dans leur création. Des milliers de travailleurs furent mis sur listes noires, circulant parmi les patrons, qui les privaient de travail.

En 1949, les politiques étrangères du Parti démocrate et du Parti républicain étaient quasiment identiques. Leur différence résidait dans la manière et le genre d’illusions qu’ils développaient pour obtenir le soutien de la population. L’ère Roosevelt laissa aux Démocrates une image de défenseurs des travailleurs (même si certains Démocrates du Sud restaient partisans de la ségrégation raciale). Les Républicains apparaissaient plus acharnés envers le communisme.

La guerre froide donna aux Républicains l’occasion de regagner la présidence en 1949. Dwight Eisenhower, le candidat républicain, usa d’une rhétorique de guerre froide. Il critiqua le Parti démocrate pour son impuissance à défendre les Américains contre l’Union Soviétique.

John F. Kennedy : un faux espoir de changement

Kennedy fut le premier président démocrate après l’ère de Truman. Les Démocrates, à l’époque de Kennedy, prétendirent qu’Eisenhower avait laissé l’Union soviétique surclasser les États-Unis durant la guerre froide. Kennedy partageait la même politique que ses prédécesseurs. Dans les années cinquante, il fut l’un des anti-communistes les plus enragés, exhortant le gouvernement à faire la chasse aux communistes et les traîner en justice sous prétexte qu’ils représentaient une menace nationale. Kennedy projeta une politique étrangère plus dure à l’égard du communisme que la politique d’Eisenhower. C’est sous la présidence de Kennedy, en 1961, qu’eut lieu l’invasion ratée de la Baie des Cochons, à Cuba, par des exilés cubains, organisés et armés par les États-Unis. Il fut aussi directement responsable de l’engagement accru des Américains au Vietnam. Cependant, son administration se trouva confrontée à un mouvement massif de la population noire pour les droits civiques.

Le Vietnam, d’abord une colonie française, était un des endroits du globe où la population se soulevait pour mettre à bas la domination des pays impérialistes. Chaque succès des opprimés donnait espoir aux autres peuples luttant dans le monde. Les États-Unis avaient soutenu la France depuis 1954 car ils craignaient les conséquences d’une victoire vietnamienne. L’armée américaine maintenait des bases militaires en Chine, aux Philippines, au Japon, Taiwan et Corée du Sud. Si les Vietnamiens chassaient les français, cela pouvait inciter d’autres pays à en faire autant avec les forces armées américaines.

Alors que les Démocrates bataillaient durant la guerre froide, un mouvement social majeur se développait dans la population noire. Les vétérans noirs de la guerre mondiale avaient découvert un monde européen où les Blancs ne recevaient pas une éducation raciste. En Europe, leur vision d’ensemble s’était approfondie. Ils constataient que le racisme n’était pas naturel et que la société pouvait être différente. La migration vers les villes, le travail dans l’industrie et l’expérience de la guerre avaient élargi l’expérience des Noirs américains. Ils étaient sur le chemin de réaliser eux-mêmes les changements qu’ils désiraient. Cette pression se fit sentir en 1954 quand la Cour suprême des États-Unis décida, dans la décision « Brown contre le conseil de l’éducation », d’invalider la doctrine « séparés mais égaux » qui formait la base légale du système ségrégationniste depuis les années 1890. La Cour suprême n’envisagea aucune voie concrète pour en finir avec la ségrégation dans le Sud, ce sont les Noirs qui le firent eux-mêmes. Ils organisèrent des manifestations et des boycotts pour obliger les autorités locales et les employeurs à prendre leurs responsabilités face au problème du racisme.

En 1960 des étudiants de Caroline du Nord décidèrent d’occuper le comptoir de restauration rapide Woolworth. Cette forme d’action directe se développa en quelques semaines dans quinze villes de cinq États du Sud. Plus de 3 600 participants à ces actions furent emprisonnés un certain temps mais la force du nombre obligea les comptoirs à accepter l’intégration de la population noire. D’après le ministère de la justice, il y eut 1 412 manifestations en trois mois seulement en 1963. Cette année-là, les militants des droits civiques organisèrent une marche sur Washington qui regroupa 200 000 participants. Le président Kennedy et d’autres personnalités politiques se hâtèrent de saluer le mouvement et prétendirent être du côté des manifestants, alors qu’ils n’avaient rien fait pendant que la population se faisait rosser et assassiner dans le Sud.

Lyndon Johnson :le président de la guerre du Vietnam

Kennedy fut assassiné en 1963. Son vice-président, Lyndon Johnson lui succéda. Il poursuivit la politique intérieure et étrangère de Kennedy. Son rôle le plus notable fut d’intensifier la présence américaine au Vietnam jusqu’à la guerre totale. Aux USA, il fut confronté à une poussée du mouvement pour les droits civiques et au développement d’un mouvement pacifiste puissant.

En 1964, l’administration Johnson concocta une mise en scène, en vue d’une intervention massive, en manipulant les informations sur les événements du Vietnam. L’administration prétendit que des navires américains avaient été assaillis alors qu’ils patrouillaient le Golfe du Tonkin. Johnson décrivit l’événement comme une attaque sans provocation de la part des troupes américaines. En réalité ces bateaux avaient pénétré dans les eaux territoriales nord-vietnamiennes et l’agression fut une pure invention – elle n’a jamais eu lieu. Johnson avait besoin d’un prétexte pour entrer en guerre et avec l’aide des médias il transforma les événements du Golfe du Tonkin en un nouveau Pearl Harbor, afin de convaincre l’opinion publique américaine. Le Congrès adopta, à la quasi-unanimité, une résolution pour entrer en guerre fondée sur ce mensonge. Il instaura la conscription pour étoffer les rangs de l’armée et faire la guerre. En 1964, les États-Unis envoyèrent 200 000 hommes au Vietnam, puis 200 000 de plus en 1966, et en 1968 il y avait 500 000 américains combattant au Vietnam. La politique militaire américaine était se soumettre la population par la terreur.

Parallèlement à l’escalade au Vietnam, s’intensifiait la lutte des Noirs contre le racisme. En 1964 les organisations pour les droits civiques appelèrent à des manifestations de masse dans le Mississippi, au cœur du Sud ségrégationniste. Durant l’été des groupes de jeunes se rendirent dans le Mississippi et durent affronter l’extrême violence des racistes locaux. Ces activistes espéraient qu’en risquant leur vie à agir sur le terrain, ils attireraient l’attention sur les crimes dans le Sud. Trois militants furent tués de sang froid avec l’aide de la police de Philadelphie (Mississippi). De même que sous Kennedy, Johnson était peu disposé à défendre les droits civiques des travailleurs.

Le gouvernement fédéral essayait de canaliser le mouvement vers les actions légales. En 1965 l’administration Johnson signa la loi fédérale sur le droit de vote qui assurait l’accès aux urnes, démantelant les lois locales conçues pour empêcher les Noirs de voter. Les Démocrates pensaient que s’ils pouvaient faire croire à la population noire qu’ils représentaient ses aspirations, ils pourraient l’empêcher d’agir dans son propre intérêt.

Au moment où l’administration Johnson essayait de calmer le mouvement en passant des lois, la colère explosait dans les ghettos noirs. En 1964 une manifestation à Harlem dégénéra en émeute qui dura trois jours. En 1965 le ghetto de Watts, à Los Angeles, fut le siège d’une insurrection de cinq jours. Pendant l’été 1967 une vague d’émeutes déferla, les plus importantes ayant lieu à Detroit et à Newark. Une commission d’enquête du congrès nota huit soulèvements majeurs cet été là, ainsi que 33 émeutes et 133 désordres « mineurs ». La population noire avait vu sa conscience évoluer au travers de sa lutte pour acquérir des droits fondamentaux. Son mot d’ordre de « droits civiques » se mua en « pouvoir noir » (black power). C’était un nouvel état d’esprit – ce que la classe dirigeante ne voulait pas céder pacifiquement, la population noire était prête à l’obtenir par la force.

Beaucoup commençaient à faire le lien entre la lutte pour les droits civiques et la guerre au Vietnam. En 1966, le comité de coordination des étudiants non-violents (SNCC, Student Nonviolent Coordinating Committee), une des plus importantes organisations pour les droits civiques, fit une déclaration contre la guerre et demanda le retour des troupes. En 1967, Martin Luther King, un des principaux porte-parole du mouvement, prit position contre la guerre, accusant les États-Unis d’être « les plus grands pourvoyeurs de violence dans le monde ». Le lien entre la guerre, le racisme, le capitalisme et la politique étrangère américaine, devenait de plus en plus évident.

La contestation la plus importante se déroula au sein de l’armée. De nombreux soldats avaient participé au mouvement pour les droits civiques et étaient politisés. Pourquoi combattre les Vietnamiens alors que leurs véritables ennemis étaient aux États-Unis ? Les soldats distribuaient des journaux clandestins sur la ligne de front. Ils commençaient à refuser de combattre. Des soldats furieux lancèrent des grenades dans les tentes de leurs officiers. Des milliers d’entre eux désertaient. Rien qu’en 1967, 47 000 soldats furent signalés « portés disparus ». Les jeunes conscrits refusaient de s’enrôler. En 1966, 380 appelés furent poursuivis pour avoir refusé le service militaire. À la fin des années soixante, 33 960 jeunes avaient refusé de servir. Entre 50 000 et 100 000 conscrits avaient fui au Canada pour ne pas être envoyés au Vietnam.

1968 – Une année de luttes

1968 fut une année de crise pour la classe dirigeante et le parti démocrate. Les Nord-vietnamiens lancèrent l’offensive du Têt le 30 janvier, date du Nouvel an vietnamien. Les forces vietnamiennes frappèrent l’armée américaine dans plus d’une centaine de villes et lancèrent un assaut majeur sur la capitale, Saïgon. Au plus fort de l’attaque, le drapeau du Front national de libération flotta sur l’ambassade américaine. Cette attaque traumatisa une opinion américaine de plus en plus hostile à la guerre. Les politiciens prétendaient que la guerre était presque terminée, que la victoire américaine était proche. L’offensive du Têt démontra que c’était un mensonge.

Puis Martin Luther King fut assassiné en Avril. Immédiatement, les quartiers déshérités des villes américaines explosèrent de colère. Cette indignation mit Baltimore, Boston, Chicago, Detroit, Kansas City, Newark, Washington et d’autres villes à feu et à sang. À la fin de l’été, 125 villes américaines avaient connu des soulèvements urbains. Les forces de police locales ne pouvant toujours contenir ces émeutes, la garde nationale fut envoyée du Sud et du Midwest.

Les Démocrates avaient de la peine à réagir à ces défis majeurs à leur autorité. Une partie de l’organisation jugea que la continuation de la guerre serait trop coûteuse. Les grands quotidiens et les chaînes nationales commencèrent à révéler les doutes que leurs propriétaires entretenaient sur la guerre et à critiquer la politique du gouvernement. Le mouvement pour les droits civiques, le « Black power » et les révoltes urbaines faisaient comprendre aux capitalistes qu’ils ne pouvaient plus compter sur la population pour se battre à l’étranger et qu’ils étaient confrontés à une résistance de plus en plus forte à l’intérieur. Néanmoins, la guerre représentait un investissement important et des fractions de la classe capitaliste refusaient d’admettre la défaite au Vietnam et ne voulaient pas faire de concessions au mouvement noir.

L’année 1968 fut aussi une année d’élections. Les primaires démocrates devinrent le champ d’une rivalité électorale entre des candidats qui voulaient changer de politique et ceux qui voulaient garder le cap. Il y avait deux candidats anti-guerre : un sénateur pas très connu, Eugène McCarthy du Minnesota, et le bien plus célèbre sénateur Robert Kennedy (le frère de JFK) de New York. Ces deux politiciens avaient assumé différents postes gouvernementaux pendant des années. McCarthy était un sénateur en marge du parti démocrate. Il avait constamment critiqué la guerre du Vietnam. À l’approche des élections, il gagna en popularité, comme le montra l’élection primaire du New Hampshire de 1968, où il recueillit 42 % des voix, contre 49 % pour Johnson. Sa candidature forçait le parti démocrate à reconsidérer son attitude vis-à-vis du mouvement anti-guerre.

Kennedy, d’autre part, membre de la riche famille Kennedy, avait été ministre de la justice durant l’administration de son frère et plus tard sénateur de New York. Il n’avait jamais dit un seul mot contre la guerre du Vietnam jusqu’aux primaires du New Hampshire. Après ces primaires, Kennedy prit position contre la guerre. Les arguments habituels furent utilisés pour excuser l’apparition tardive de ses convictions pacifistes. Il avait été « pragmatique » et voulait rester « éligible » avant 1968.

L’apparition de candidatures anti-guerre divisa le parti démocrate. Ces positions populaires contre la guerre eurent un impact sur certains politiciens qui demandèrent un changement de politique, mais une large section de l’appareil du parti, en particulier les élus locaux des villes et des États, soutenaient Johnson et la continuation de la guerre. De nombreux démocrates du Sud tournèrent le dos au parti et apportèrent leur soutien au candidat du parti indépendant, George Wallace, le gouverneur ouvertement raciste de l’Alabama. Avec le parti divisé en trois et sa cote de popularité en baisse, Lyndon Johnson, finalement, annonça à la télévision qu’il ne se présenterait pas.

L’élection fixait l’attention et devenait un dérivatif pour ceux qui s’étaient engagés dans les mouvements sociaux des années 60. Ils étaient enthousiasmés de voir que leurs opinions étaient reprises par des personnalités politiques de l’establishment comme McCarthy et Kennedy. Et il était extraordinaire de voir Lyndon Johnson renoncer à se présenter suite aux pressions contre lui et contre la guerre. La population eut l’illusion qu’elle changeait vraiment les choses parce que les politiciens changeaient de refrain. Elle ne comprenait pas que l’émergence de politiciens contre la guerre était une nouvelle tentative des Démocrates de récupérer les forces de la population. Les gens étaient encore une fois trompés par les mêmes promesses de politiciens qui étaient « réellement » de leur côté. Puis, au mois de mai, Robert Kennedy, qui avait gagné la primaire de Californie, fut abattu. Pour beaucoup ce fut démoralisant étant donné la somme d’espoir et d’énergie qui avait été investie en Kennedy.

La fraction pro-guerre du parti domina la convention nationale démocrate qui se tint à Chicago en août. À l’extérieur de la convention, des milliers de personnes manifestaient contre la guerre. Le maire démocrate de Chicago, Daley, ordonna à la police d’utiliser la force. La Convention fut cernée de milliers de policiers, par la garde nationale et entourée de barbelés. Malgré la violence, la contestation continua à se déchaîner pendant huit jours. À l’intérieur de la convention, le candidat partisan de la guerre, le vice-président de Johnson, Hubert Humphrey, obtient presque trois fois plus de voix que le candidat anti-guerre, Eugène McCarthy. De même qu’aujourd’hui, le candidat démocrate n’était pas choisi seulement par le vote populaire. Les chefs du parti avaient le pouvoir d’annuler des votes décisifs. Les vrais décideurs au parti – les compagnies donatrices et les politiciens professionnels – avaient résolu que sans Kennedy ils n’essaieraient pas d’en appeler au sentiment anti-guerre. Le candidat pro-guerre Hubert Humphrey devint celui du parti démocrate.

Les élections de 1968 consistèrent en la confrontation de deux candidats pro guerre – Hubert Humphrey et Richard Nixon. Humphrey aliénait tous ceux qui étaient contre la guerre et ne faisait rien d’important pour se démarquer de son adversaire. Il s’identifiait dans l’esprit des électeurs à Lyndon Johnson. Nixon joua sur la peur de beaucoup d’Américains qui ne comprenaient pas la révolte des ghettos et les pertes américaines au Vietnam. Nixon gagna l’élection avec une campagne visant la « majorité silencieuse » désirant un retour à l’ordre et à la normale. Nixon avait également suggéré qu’il avait un plan pour terminer la guerre.

Après 1968 : désordre chez les Démocrates

Avec un parti divisé intérieurement, les Démocrates étaient en pleine déconfiture. En 1972, le candidat soutenu par les supporters de Kennedy et de McCarthy, George McGovern, sénateur du Dakota du Sud, remporta la nomination démocrate. McGovern promit le retour immédiat des troupes du Vietnam ainsi qu’une réduction des dépenses militaires. Pendant ce temps, les autres leaders du parti démocrate non seulement s’opposèrent à McGovern, mais firent activement campagne contre lui après sa nomination. Le résultat fut une campagne schizophrénique où les leaders démocrates faisaient campagne contre le candidat démocrate.

Pour la population, aux élections de 1972, il n’y avait aucun choix clair. Les Démocrates étaient divisés et sans direction. Pour beaucoup ils ne représentaient plus une alternative sérieuse. 55,2 % de la population seulement vota malgré le climat politique tendu. Nixon fut réélu à une large majorité, mais seulement par ceux qui se déplacèrent pour aller voter.

La population n’arrêta pas de résister. En fait beaucoup de gens devenaient prêts à tout pour trouver des moyens d’arrêter la machine de guerre qui ne semblait pas se soucier des protestations. L’opposition pris de nombreuses formes, collectives et individuelles. Les vétérans formèrent le groupe Vétérans du Vietnam Contre la Guerre et organisèrent des manifestations de soldats revenus du Vietnam devant la Maison Blanche. Daniel Ellsberg, un employé haut placé du Pentagone, divulgua à la presse des documents secrets, « les papiers du Pentagone ». Les femmes, dont un grand nombre avait été actives dans les mouvements pour les droits civiques et contre la guerre, commencèrent à militer pour trouver des solutions à leurs problèmes. Ce mouvement, le mouvement féministe, combattait pour changer la manière dont les femmes étaient traitées dans la société. Le mouvement demandait un salaire égal pour un travail égal, le même accès à l’éducation et des garderies gratuites.

L’administration Carter

Jimmy Carter devint président alors qu’il y avait un profond manque de confiance dans le gouvernement et le système électoral. Beaucoup de gens pensaient que le gouvernement était responsable des problèmes et n’avait aucun souci des gens ordinaires. La population venait de vivre deux mouvements sociaux majeurs (pour les droits civiques et contre la guerre), une révolte dans l’armée, suivis par des mouvements pour les droits des femmes, des homosexuels, des prisonniers, des Indiens, et pour la protection de l’environnement. Au cours des dix années précédentes, beaucoup de gens avaient eu la preuve que s’ils voulaient des changements, il valait mieux compter sur leur propre action que sur les politiciens. Coexistait avec cette confiance en soi, une méfiance profonde envers le gouvernement dans son ensemble, nourri par les mensonges sur le Vietnam, les assassinats et les emprisonnements des militants politiques, et enfin le scandale du Watergate qui obligea Nixon à démissionner. Seulement 53 % des inscrits participèrent à l’élection de 1976. Carter fut élu avec 50 % des votants, soit 25 % de la population inscrite sur les listes électorales. On ne peut pas dire qu’il était vu comme une solution aux problèmes.

Dans sa campagne, Carter essaya de regagner la confiance d’un public désillusionné en prétendant partager les mêmes vues politiques. Bien que Carter ait soutenu la guerre jusqu’à la fin, il essaya de convaincre les gens qu’il avait été opposé à la guerre. Il promit des réductions du budget militaire, de garantir une assurance santé aux plus démunis et de diminuer les inégalités sociales entre les populations noire et blanche. Il tenta de gagner le respect de la population en apparaissant comme un fermier du Sud, ordinaire et bon travailleur. En fait, Carter était un producteur de cacahuètes millionnaire qui avait hérité la terre de son père. Une fois élu, il fit même quelques nominations symboliques pour continuer la comédie. Il nomma une femme noire, Patricia Harris, secrétaire d’État au logement et au développement urbain, un vétéran du mouvement pour les droits civiques, Andrew Young, ambassadeur aux Nations Unies, et un ancien militant anti-guerre pour diriger une nouvelle agence gouvernementale chargée des « Peace Corps ».

Mais les autres membres de son administration représentaient la continuité avec les administrations passées. Son conseiller pour la sûreté nationale, Zbigniew Brzezinski, et son ministre de la défense, Harold Strong, étaient de chauds partisans de la guerre du Vietnam, tandis que son ministre de l’énergie, James Schlesinger, ministre de la défense sous Nixon, préconisait un accroissement continu du budget militaire. Les autres membres du cabinet étaient fortement liés à l’élite du monde des affaires, comme la commission trilatérale, un groupement international de capitalistes, tels que David Rockefeller et des experts en politique étrangère, tels que Brzezinski. La raison d’être de la commission trilatérale était d’améliorer les stratégies militaires et économiques internationales des multinationales américaines en développement. Ce groupe avait choisi de soutenir Carter car ils pensaient qu’après le scandale du Watergate aucun candidat républicain ne pourrait être élu.

La politique étrangère de Carter

Carter a été décrit par les médias comme un militant humanitaire. Il a même reçu le prix Nobel de la paix en 2002. Mais quand on regarde la politique étrangère réelle de Carter, on voit le contraire de l’humanitaire. On voit un soutien sans faille au monde des affaires, un soutien constant à des dictateurs brutaux et une politique de répression des mouvements populaires.

Dans son discours présidentiel de 1980, Carter donna cet avertissement : « Que notre position soit bien claire : toute tentative de la part d’une force étrangère pour prendre le contrôle de la région du Golfe Persique sera perçue comme menaçant les intérêts vitaux des États-Unis, et en tant que telle sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris la force militaire. »

La doctrine Carter était bien un avertissement au reste du monde que les États-Unis n’hésiteraient pas à défendre leurs intérêts pétroliers au Moyen-Orient en utilisant la force. Elle résumait tout simplement les interventions de l’impérialisme américain depuis un siècle et présentait le modèle de politique étrangère qui allait perdurer pendant les années de l’administration Carter.

La dictature de Suharto

Juste avant l’entrée en fonction de Carter, l’armée indonésienne dirigée par le général Suharto envahit la petite île du Timor Oriental et en quelques années massacra 200 000 personnes, environ un tiers de la population de l’île. L’administration Carter donna son appui sans réserves à Suharto et augmenta même l’aide militaire à son gouvernement de 80 %, soit plusieurs centaines de millions de dollars. Sans l’aide américaine l’armée de Suharto aurait pu être à court d’armes et être vaincue par la résistance du Timor. Les États-Unis refusaient un tel scénario car le gouvernement de Suharto se montrait extrêmement favorable aux désirs américains. Durant la présidence de Nixon, avec l’encouragement de la fondation Ford, les États-Unis soutinrent la prise de pouvoir du général Suharto, par un coup d’État contre un mouvement nationaliste en Indonésie. Suharto arrivé à la tête du pays, transféra l’économie et les ressources (principalement le pétrole, les minerais et le bois) indonésiennes à des compagnies américaines. L’administration Carter n’hésita pas à aider militairement ce tyran brutal.

Soutien à Mobutu

Au Zaïre, Mobutu Sese Seko prit le pouvoir par un coup d’État en 1965. Son régime fut brutal dès le début. Il amassa une fortune personnelle alors que le pays s’enfonçait dans la dette et que l’économie s’écroulait. Il ordonnait des pendaisons publiques et la torture des personnes suspectes d’être des opposants. Mobutu condamnait parfois à mort des membres de son gouvernement, les faisait torturer, puis leur pardonnait et leur faisait réintégrer le gouvernement, mais cette fois avec l’assurance qu’ils n’oseraient pas le trahir. C’était sa méthode pour s’assurer de la loyauté de ses collaborateurs.

Publiquement, l’administration Carter essaya de prendre des distances vis à vis de Mobutu, mais en fait elle représentait un soutien majeur à son régime. L’essentiel de l’aide américaine à l’Afrique sub-saharienne, sous Carter, alla à Mobutu. En 1977, un soulèvement contre Mobutu éclata dans la province du Sud, le Shaba. L’administration Carter, ainsi que la France et la Belgique, réagirent vite, expédiant une aide de deux millions de dollars en équipement militaire. Les États-Unis permirent aux soldats marocains, équipés de matériel américain, de voler au secours de Mobutu et d’écraser la révolte. Peu de temps après les journaux rapportèrent que, dans les coulisses, la CIA recrutait des mercenaires qu’elle envoyait au Zaïre soutenir la faible armée de Mobutu.

Dictatures à travers le monde

Au Salvador, l’administration Carter apporta son aide aux escadrons de la mort, responsables de l’assassinat de milliers de personnes qui s’opposaient aux réformes agraires gouvernementales qui entraînaient l’expulsion de milliers de paysans de leurs terres, dévolues ensuite à des compagnies américaines.

Carter offrit un soutien constant au régime de Somoza, au Nicaragua, responsable du viol, de la torture et du meurtre de milliers de nicaraguayens.

Pour maintenir les bases militaires et les investissements américains aux Philippines, l’administration Carter poursuivit l’aide militaire des dix précédentes années au dictateur Ferdinand Marcos.

Pendant l’administration Carter, les États-Unis ont toujours mis leur veto sur les résolutions de l’ONU destinées à imposer des sanctions au régime d’Apartheid d’Afrique du Sud.

L’administration Carter maintint également une aide militaire conséquente au Shah d’Iran, qui garantissait l’accès du pétrole iranien aux compagnies américaines. Sous le Shah, la Savak, la police iranienne formée par la CIA, tortura et assassina des milliers d’iraniens. Ses méthodes brutales de torture incluaient les chocs électriques, le fouet, le tabassage, l’insertion de débris de verre ou d’eau bouillante dans le rectum, la fixation de poids aux testicules et l’arrachage de dents. Bref, l’administration Carter représenta indéniablement la continuation de la domination militaire et de la brutalité des administrations précédentes.

Les mensonges de Camp David

Un autre aspect du mensonge sur l’héritage politique de Carter est le programme soi-disant pro-palestinien qu’il essaya d’avancer lors des accords de Camp David en 1978. Ces accords, signés par Israël et l’Égypte, ont été présentés comme une concession majeure d’Israël aux Palestiniens des territoires occupés. Ils ont été interprétés comme une promesse au peuple palestinien d’avoir son propre État. Pour sa signature du traité, l’Egypte reçut des milliards de dollars d’aide militaire américaine. Par contre, le prétendu État palestinien ne représentait rien de plus que quelques îlots de terres reliés par des points de contrôle israéliens. En fait, les accords de Camp David ont soutenu l’expansion des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens, et n’ont rien concédé aux Palestiniens sinon un accroissement de la colonisation israélienne.

La politique économique de Carter : dons aux entreprises et attaques contre les travailleurs et les pauvres

Un aperçu de l’économie montre bien les intérêts défendus par Carter au cours de son administration : 1 % de la population possédait plus de 33 % de la richesse du pays. Les 10 % les plus riches possédaient 30 fois plus que les 10 % les plus pauvres. Et 83 % des actions étaient dans les mains de seulement 5 % de la population. Pendant que les profits d’Exxon Mobil, par exemple, augmentaient de 56 % pour atteindre plus de quatre milliards de dollars, et que son PDG gagnait 830 000 dollars par an, plus de dix millions d’enfants n’avaient pas de couverture médicale. Dix-huit millions d’enfants n’avaient jamais pu voir un dentiste. Les prix de la nourriture et des produits de première nécessité augmentaient plus vite que les salaires avec une inflation atteignant 18 % en 1980. Le taux de chômage officiel était entre 6 et 8 %, mais pour les Noirs il était de 20 à 30 %.

Carter avait été élu en promettant de réduire le budget militaire américain et de diminuer les ventes d’armes à travers le monde. Mais au cours de sa présidence à la Maison Blanche il ne fit ni l’un ni l’autre. Les États-Unis restèrent le premier marchand d’armes mondial, avec un chiffre constant de 9,5 milliards de dollars par an d’exportation d’armes. De plus, lors de sa première proposition de budget au Congrès, Carter accrût le budget militaire de 10 milliards de dollars, réservant mille milliards de dollars à l’armée pour les cinq ans à venir. En même temps, il supprima 25 millions de dollars destinés aux écoliers pauvres. Carter a également encouragé les attaques interdisant l’accès des femmes à l’avortement. En 1976, il signa l’amendement Hyde qui proscrivait l’utilisation de fonds fédéraux pour rembourser (à travers Medicaid, le système de santé pour les plus démunis) l’avortement des femmes démunies. Critiqué à propos de l’injustice criante de cette loi, il répondit « Comme vous le savez, dans la vie il y a beaucoup de choses qui sont injustes, bien des choses que les riches peuvent se payer mais pas les pauvres ». Il changea également la législation fiscale, augmentant les impôts de la moitié la plus pauvre de la population et réduisant de 18 milliards de dollars les impôts des entreprises et des plus riches. Et Carter commença à déréguler les industries clés comme les transports routiers, maritimes et le trafic aérien. La dérégulation signifiait que le gouvernement annulait les règles fixant la limitation des prix et contrôlant la formation de monopoles. Carter supprima ces règles et ouvrit la voie au développement accélérée des monopoles dans ces industries, avec une plus grande part des profits allant à un nombre réduit de compagnies.

Durant toute sa présidence Carter a encouragé les attaques des patrons contre les travailleurs. Entre 1977 et 1978 plus de 165 000 mineurs se mirent en grève dans la région montagneuse des Appalaches. Les compagnies minières de charbon essayaient d’imposer un nouveau contrat, obligeant les travailleurs à payer leur assurance santé et prévoyant des licenciements en masse. Moins de mineurs dans les mines signifiait des conditions de travail encore plus dures et dangereuses. Les compagnies tentaient également de supprimer le droit de grève dans certaines conditions et de permettre les licenciements des travailleurs reconnus comme organisateurs de grèves sauvages, devenues plus fréquentes pour se défendre contre des conditions de travail de plus en plus dangereuses. Vers la fin de la grève, Carter menaça les travailleurs d’utiliser la loi Taft-Hartley, qui autorisait le gouvernement à envoyer des troupes fédérales casser les grèves. Dix jours après la menace de Carter d’envoyer l’armée, le syndicat des mineurs (United Mine Workers) poussa les mineurs à accepter le nouveau contrat. Ce fut un énorme recul, non seulement pour les mineurs, mais pour toute la classe ouvrière américaine.

Carter créa également les conditions qui permirent de démanteler le syndicat des contrôleurs aériens (PATCO, Professional Air Traffic Controllers Organization), qui comptait 17 000 membres. Durant les années 1970, les contrôleurs durent accepter des concessions, telles que travailler en sous-effectif, des heures supplémentaires obligatoires et des réductions de salaire. Mais ils représentaient une force très organisée capable d’empêcher des concessions plus importantes. Le gouvernement voulait briser le syndicat pour imposer de drastiques réductions de salaires. Ce qui fut accompli en 1981 quand le président Reagan licencia 11 000 des 17 000 contrôleurs ce qui entraîna l’élimination du syndicat PATCO. Mais encore une fois, c’est Carter qui ouvrit la voie. Un an avant la fin du contrat des contrôleurs, Carter décida la mise en place de ce qu’on appela une « management strike contingency force » (force de gestion de grève) avec l’objectif de former des contrôleurs remplaçants (des jaunes), et de faire pression sur les travailleurs les plus militants avant le déclenchement de toute grève. Du coup, lorsque Reagan décida de casser le syndicat, les jaunes étaient déjà formés et disponibles, prêts à prendre la place des 17 000 contrôleurs. Alors quand on pense à Reagan et la destruction du PATCO, on devrait aussi penser à Carter.

Jimmy Carter fut un véritable représentant du parti démocrate – un âpre défenseur de la classe dirigeante du pays, un adversaire farouche de la population ouvrière et des pauvres.

La présidence de Bill Clinton

Sur fond d’une guerre interminable, de difficultés économiques, d’une administration Bush arrogante, ouvertement scandaleuse et réactionnaire, au cours des années 2000-2008, celle de son prédécesseur Clinton a mystérieusement légué un héritage positif. Au fil des années certains ont commencé à percevoir les années Clinton comme l’opposé des années Bush. Les gens se rappellent de Clinton, car il a réussi à équilibrer le budget, à développer l’emploi, à définir des priorités dans l’éducation, à aider les afro-américains. Le seul point noir du point de vue des médias et de la population semble avoir été le fait d’avoir menti lors du scandale avec son assistante de la Maison Blanche, Monica Lewinsky.

Les faits indiquent tout de même que, dans le domaine de l’économie, l’administration Clinton a toujours suivi les volontés du patronat et mené une politique extérieure impérialiste extrêmement agressive, où primaient les intérêts des grandes sociétés. Loin d’apporter du nouveau, Clinton a continué de transférer le peu de richesses de la classe ouvrière et des pauvres pour l’amener droit dans les poches des grandes sociétés.

La campagne électorale de Clinton

Bill Clinton a été élu et réélu avec un taux de participation de moins de 60 %, ce qui signifie que plus de 40 % des américains ont décidé de ne pas voter du tout. À l’issue des deux campagnes électorales, il a été élu par moins 50 % des électeurs. Ce n’était pas un président très populaire non plus.

Lors de sa campagne de 1992 il a essayé d’apparaître comme un outsider à Washington, comme celui qui pouvait apporter de nouvelles solutions à de vieux problèmes. Il a critiqué les autres candidats pour leur dépendance aux intérêts patronaux, vu le financement de leur campagne. Afin de perpétrer cette image d’homme nouveau, il s’est engagé pendant les primaires de 1992 à ne pas toucher à l’argent des Comités d’action politique (PAC). Ces PAC sont des organismes informels aux définitions floues, créés pour financer différentes campagnes et peuvent être directement liés à des compagnies privées, des mécènes ou des groupes de pression. La décision de Clinton d’écarter les fonds des PAC n’était qu’un stratagème électoral, visant à se différencier des autres candidats démocrates.

En réalité, plusieurs mois avant les premières primaires, Clinton collecta des sommes plus importantes que ses adversaires démocrates, car au tout début sa campagne avait résolument sollicité Wall Street, Hollywood, les sociétés de haute technologie, de téléphonie, d’informatique, des conglomérats de médias et bien d’autres. Son image d’outsider n’était qu’une stratégie électorale, bâtie sur un mensonge, comme la plupart des artifices électoraux.

Clinton n’a pas été un homme nouveau ni à Washington, ni dans les milieux d’affaires. Plus de la moitié de ses conseillers de campagne connaissaient très bien Washington, faisant partie du personnel permanent travaillant pour des sociétés privés et des gouvernements étrangers, dans l’industrie de tabac, les compagnies d’assurance, les compagnies pétrolières ou gazières, les banques d’investissement et autres cercles d’affaires. En tant que gouverneur d’Arkansas, Clinton établit de solides relations avec tout le milieu d’affaires important et de grands propriétaires terriens gouvernant l’État.

L’un de ses soutiens les plus influents, Tyson Foods, la plus grande compagnie privée d’Arkansas en 1995, était 110e sur la liste de Fortune 500. Lors de sa campagne présidentielle de 1992, le porte-parole de Martin Marietta Corporation (un des principaux producteurs d’armements) a bien décrit les relations de Clinton avec les industriels : « Je pense que les démocrates se rapprochent plus des industriels et les industriels se rapprochent plus des Démocrates. » Clinton n’était pas un homme nouveau ni pour Washington, ni pour le milieu des affaires, en réalité il était leur fidèle serviteur de longue date.

L’équilibre budgétaire

Quand Clinton est venu au pouvoir, il s’est retrouvé face à une dette publique de quatre mille milliards de dollars, accumulée sous les administrations Carter, Reagan et Bush, essentiellement à cause de l’important accroissement des dépenses gouvernementales. Clinton promit de supprimer le déficit. Deux solutions s’imposaient : soit réduire de manière drastique les dépenses militaires, qui étaient à l’origine du déficit, soit d’augmenter l’impôt sur les grandes fortunes, le groupe qui compte un pour cent de la population, dont la richesse ne cessait d’augmenter, alors que le revenu du reste de la population continuait de baisser. Au lieu de faire ce choix, l’administration Clinton a décidé de réduire fortement le budget des services sociaux destiné aux couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la population et de ne pas introduire de nouveaux impôts sur les grandes fortunes. Le budget militaire a été réduit lui aussi, mais dans une moindre mesure à ce qu’on attendait.

Avant que Clinton ait pris ces fonctions, l’Union soviétique avait déjà cessé d’exister officiellement, terminant ainsi quelques décades de guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. La justification pour maintenir un niveau aussi élevé de dépenses militaires n’était plus valable. L’administration précédente, celle de George H.W. Bush, avait déjà commencé à réduire les dépenses militaires avec le programme qui s’appelait « Le dividende de paix », en le justifiant par le fait que la guerre froide allait se terminer. L’administration Bush a réduit les dépenses militaires de près de 17 %, à la fin de son mandat.

Sous Clinton il y avait de bonnes raisons de s’attendre à des réductions significatives des dépenses militaires. À l’époque il y avait des projets d’allouer des fonds importants à l’éducation, à la rénovation des équipements urbains et à des programmes sociaux dont la population avait tellement besoin. Au lieu de cela, à la fin du second mandat de Clinton les dépenses militaires ont été réduites de 7 % seulement. Ces réductions furent obtenues en grande partie par des fermetures des bases militaires obsolètes, des retraits de vaisseaux vétustes des forces navales et la réduction des effectifs d’active. À part ces réductions, les dépenses de l’armée sont restées au niveau de la guerre froide. Ces réductions n’avaient rien à voir avec des coupes budgétaires significatives dans les dépenses militaires. En fait, une plus grande part du budget de l’armée s’est trouvée concentrée dans les mains des grands fabricants d’armements.

En annexe à ce petit « dividende de paix » se trouvait un supplément que l’on peut appeler un « dividende de guerre ». Sous Clinton les États-Unis sont devenus le plus grand marchand d’armes du monde et vendaient plus d’armements que l’ensemble des autres pays. Cette croissance rapide eut lieu, car les USA prirent la place de l’Union soviétique comme fournisseur d’armes à de nombreux pays. Sous Clinton l’interdiction de vendre des armes sophistiquées à l’Amérique du Sud a été levée. Pour la première fois dans l’histoire, les compagnies américaines fabriquaient plus d’armes pour les autres pays que pour le Pentagone. Cela a été un vrai cadeau aux fabricants d’armes et un coup dur pour les pauvres du monde entier, vivant sous les dictatures auxquelles les USA fournissaient ces armes.

Un autre point de la stratégie Clinton visant à réduire la dette de quatre mille milliards de dollars, consistait à priver les pauvres de fonds. En 1997 Clinton réduisit de plus de cinq milliards de dollars le budget de l’éducation. On a refusé les soins à dix millions et demi d’enfants qui n’avaient pas de protection sociale. Le programme d’aide au logement, réduite sous Reagan, a été supprimé tout court sous Clinton.

L’attaque la plus importante contre les pauvres consistait en le fait que Clinton a quasiment supprimé les allocations sociales. Ces mesures ont été introduites en plusieurs étapes. Clinton a supprimé celles versées aux travailleurs immigrés, en règle ou clandestins. Plus d’un million d’immigrés en règle ont reçu une lettre expliquant que dans quelques mois ils n’allaient plus toucher d’aide financière ou de tickets d’alimentation s’ils n’obtenaient pas la nationalité américaine. La condition de devenir citoyen américain était bidon, car la procédure prenait beaucoup plus de temps que ces quelques mois.

La plupart des réductions et suppressions d’allocations de la sécurité sociale ont été introduites par la loi, intitulée hypocritement « loi de réconciliation sur l’emploi » (Work Opportunity Reconciliation Act) adopté en 1996. D’après cette loi les familles pouvaient recevoir l’allocation pendant deux ans seulement, les bénéficiaires des allocations à vie les perdaient au bout de trois ans, et les adultes sans enfants n’avaient le droit aux tickets d’alimentation que pour une durée totale de trois mois en trois ans. Ces mesures à elles seules ont permis la réduction les dépenses sociales de plus de dix milliards de dollars par an.

Cette décision, qui mettait les plus pauvres dans une situation encore plus désespérée, devait, selon la version officielle, leur procurer des emplois et supprimer leur dépendance de l’aide gouvernementale. L’administration arguait que le fait de perdre des allocations pousserait les gens à trouver un emploi. Ce programme est connu sous le nom de « welfare to work » (allocations pour l’emploi), c’est-à-dire, abandonnez les allocations et allez travailler. Mais la logique était inverse : les gens ne restaient pas au chômage ou n’avaient pas des emplois précaires à cause des allocations, au contraire, ils touchaient des allocations à cause du chômage et des emplois précaires. Il n’y avait pas assez d’emplois pour tous les chômeurs, aussi la majorité de ceux qui avaient un emploi, ont vu leur revenu baisser tous les ans depuis les années 1970. Chaque fois qu’on recrutait, il y avait plus de postulants que d’embauches. À New York, plus de 100 000 personnes ont répondu aux 2 000 offres d’emploi du département de santé et d’hygiène. À Chicago, plus de 7 000 se sont présentées au rendez-vous pour postuler aux 550 emplois d’une chaîne de restaurants. Globalement, il ne s’agissait pas de passer des allocations à l’emploi, mais de la pauvreté à une plus grande pauvreté.

En fin de compte Clinton a réussi à équilibrer le budget mais en réduisant des millions de gens à la misère noire.

Envoyer les pauvres en prison

On peut se demander ce qui arrivait à ceux à qui on coupait les allocations et qui ne trouvaient pas d’emploi. Ne pouvant trouver du travail et n’ayant pas d’argent, ils se tournèrent vers la petite délinquance. Vu le fait que les effectifs de la police ont été augmentés et les peines durcies, de nombreux pauvres se sont retrouvés en prison.

Sous Clinton la population carcérale explosa, devint plus importante que pendant les douze années d’avant, sous l’administration républicaine. Clinton a orchestré la plus grande augmentation de la population carcérale de toute l’histoire des États-Unis. Reagan a terminé son mandat avec près de 49 000 nouveaux détenus dans des prisons fédérales. Clinton avait incarcéré, à la fin de son deuxième mandat, plus de 147 000 nouveaux détenus dans des prisons fédérales, plus de 500 000 dans des prisons des États, soit aux alentours de deux millions de personnes derrière les barreaux et plus de 4,5 millions en liberté conditionnelle. Plus de 70 % d’entre eux venaient des quartiers les plus pauvres. Sous Clinton pour la première fois on a dépensé plus d’argent pour construire des prisons que pour l’éducation. En 1996, 2,6 milliards de dollars pour bâtir des prisons, et seulement 2,5 milliards, pour construire des universités. Sous Clinton, la construction de prisons est devenue une véritable industrie, avec des sociétés privées les construisant, mettant à disposition des surveillants, fournissant nourriture et vêtements.

La croissance fulgurante du nombre de prisons et des effectifs de détenus est le résultat direct de la politique de réduction du budget des services sociaux de Clinton.

Prélude à l’USA PATRIOT Act

Avant la loi « USA PATRIOT Act » de 2001, existait une loi sur « l’antiterrorisme et la peine de mort effective » de 1996, promulguée par Clinton après l’attentat à Oklahoma City en 1995. Elle supprimait l’habeas corpus des suspects de terrorisme, ce qui voulait dire que des gens pouvaient être arrêtés et détenus sans la moindre preuve. Les accusés ne pouvaient contester l’accusation de terrorisme, car la loi autorisait l’État à utiliser des preuves secrètes contre les personnes, preuves qu’il n’aurait jamais à produire ou à justifier. En outre, cette loi étendait la définition du terrorisme, ainsi le gouvernement pouvait plus facilement accuser quelqu’un d’être un terroriste. Tous ces changements rendaient la défense envers les accusations de terrorisme presque impossible.

La loi introduisait aussi de nouveaux délais d’appel pour l’ensemble des détenus, sans rapport avec leurs crimes. Elle limitait le délai d’appel en cas de peine de mort à six mois, et celui des autres peines, à un an. Cela signifiait que passé ce délai, aucun condamné ne pouvait plus faire appel. Cela a porté un coup très dur à beaucoup de détenus condamnés à tort à la peine capitale, qui avaient besoin d’un délai largement supérieur à six mois, afin de constituer un dossier. En même temps, le nouveau dispositif empêchait les appels fondés sur de nouvelles preuves.

Même si dans l’affaire de l’attentat d’Oklahoma City, seuls des citoyens américains ont été condamnés, la nouvelle loi a élargi les possibilités de l’État d’expulser des étrangers. Cela a rendu possible l’expulsion de n’importe quel étranger condamné pour un crime, sans tenir compte de la gravité du crime ou du temps passé depuis. Cela s’applique même aux étrangers titulaires d’un permis de séjour permanent et mariés à des citoyens américains.

L’administration Clinton a ouvert la voie au grave recul des libertés civiles depuis 2001.

L’ALENA et le pillage du monde par les capitalistes américains

La montée du chômage s’expliquait, entre autres, par le fait que de nombreuses usines américaines fermaient, car leurs patrons voulaient augmenter la marge de profit en utilisant une main d’œuvre moins coûteuse dans les pays pauvres. Les administrations américaines consécutives ont mené une politique favorisant la pénétration des compagnies américaines dans les pays étrangers, afin de profiter de leurs matières premières et leurs richesses et aussi de développer des marchés d’exportations sans restrictions. L’ALENA (l’Accord de libre-échange nord-américain), instaurée par l’administration Clinton, est l’exemple type d’une telle politique.

Cet accord a levé pratiquement les barrières douanières empêchant la pénétration des compagnies et des produits américains sur le territoire canadien et mexicain. Globalement l’ALENA a accru le chômage aux États-Unis et au Mexique, et poussé des millions de Mexicains au désespoir.

L’ALENA visait, entre autre, la disparition du marché agroalimentaire mexicain. L’exemple du maïs est révélateur. Avant l’ALENA le maïs était une des cultures les plus importantes du Mexique, et l’industrie du maïs l’employeur le plus important du pays. Mais quand l’ALENA a supprimé les barrières commerciales et les tarifs d’importations du Mexique, les compagnies agroalimentaires américaines ont inondé le marché mexicain de maïs vendu à des prix artificiellement bas, car aux États-Unis ces compagnies recevaient des subventions gouvernementales. Ce flot de maïs, coûtant trois fois rien, a ruiné la majorité des petits agriculteurs mexicains, car ils ne pouvaient concurrencer de si bas prix. Très vite le Mexique s’est transformé d’un pays produisant son propre maïs en un pays importateur de maïs. En peu de temps plus d’un million d’agriculteurs et d’ouvriers agricoles ont perdu leur source de revenu.

Suite à l’ALENA, des millions d’agriculteurs pauvres et d’ouvriers quittèrent le pays à la recherche d’un gagne-pain. Des paysans étaient expulsés de leurs terres par l’armée mexicaine. Un grand nombre de ces lopins de terre fut vendus, en fin de compte, aux compagnies américaines pour en faire des exploitations agricoles. Les paysans, qui travaillaient cette terre depuis des siècles, en ont été chassés, pour y revenir, ensuite, en tant qu’ouvriers agricoles, pour le compte de compagnies américaines, pour un salaire de misère.

Le Mexique faisant partie de l’ALENA, les capitalistes américains ont édifié des usines dans tout le pays et même créé de nouvelles zones industrielles tout au long de sa frontière avec les États-Unis, connue sous le nom de maquiladoras. Ces zones sont de vraies enclaves américaines, car elles n’appliquent pas de tarifs spéciaux aux produits importés aux États-Unis. Des millions de paysans étant chassés de leur terre, le nombre de chômeurs cherchant désespérément du travail au Mexique est monté en flèche. Les capitalistes américains ont profité de l’absence de travail pour embaucher les ouvriers à des salaires de misère. La législation du travail, les normes de sécurité, de salaires et d’environnement, sont presqu’inexistants au Mexique. Les capitalistes américains en ont tiré profit, avec le soutien de l’État mexicain, de son armée et de la police, pour imposer des conditions de travail infernales.

L’une des conséquences bien réelle de l’ALENA a été la montée de l’immigration de la population mexicaine. N’ayant plus de terre pour vivre, ni de grain à vendre, et faisant face à une concurrence acharnée pour le travail des nouvelles usines américaines au Mexique, beaucoup de Mexicains ont fui le pays à la recherche d’un autre gagne-pain. Il va de soi qu’une grande partie s’est dirigée vers les États-Unis. L’administration Clinton était au courant de ce qui allait arriver, une fois que l’ALENA serait mis en application. Voilà pourquoi, à peine quelques mois après l’adoption de l’ALENA, Clinton a fait passer une loi appelée « l’Operation gardien » (« Operation Gatekeeper »). Cette loi prévoyait le déploiement des moyens militaires renforcés au long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Elle a doublé le budget du Service de l’immigration et de la naturalisation (Immigration and Naturalization Service, INS) à concurrence de 800 millions de dollars, doublé le nombre de garde-frontières, la longueur des clôtures électrifiées et triplé le nombre de détecteurs enterrés et d’appareils de surveillance.

Un an après l’adoption de l’ALENA Clinton a créé l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’OMC établit de nouvelles règles dans les relations commerciales entre pays. Ces règles favorisent les membres de l’OMC les plus influents. Les États-Unis utilisent l’OMC comme un moyen de contrôler l’application de la politique économique favorisant les compagnies américaines. Par ce biais les capitalistes américains prennent contrôle de l’économie de pays étrangers. La politique de l’administration Clinton quant à l’ALENA n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la politique économique internationale des États-Unis.

Pratiquement tous les États faisant partie de ce que l’on appelle le monde en voie de développement ont été obligés de plier leur économie aux règles qui profitent aux capitalistes américains. Grâce à création de l’OMC il est devenu encore plus facile pour les capitalistes américains de poursuivre cette politique.

Une politique étrangère habituelle : destruction, dévastation, domination

« Tous ensemble nous devons aussi faire face à de nouveaux dangers provenant des armes chimiques et biologiques, des États voyous, des terroristes et du crime organisé cherchant à les acquérir. Saddam Hussein n’a pas passé la meilleure partie de cette décennie et dépensé une grande partie des richesses de son pays au profit du peuple irakien, mais à développer des armes nucléaires, chimiques et biologiques et des missiles pour les acheminer… Je sais que je parle au nom de ceux qui sont présent dans cette chambre de députés, républicains aussi bien que démocrates, quand je dis à Saddam Hussein : « Vous ne pouvez pas défier la volonté du monde entier », et quand je lui dis « Vous avez utilisé des armes de destruction massive dans le passé, et nous sommes résolus à vous priver de la capacité de le faire à l’avenir.  »

Ceci n’est pas une citation de George W. Bush, avant le début de la seconde guerre avec l’Irak en mars 2003. Elle est extraite du discours de Bill Clinton sur l’état de l’Union en 1998.

Clinton a été élu président juste après la première guerre du Golfe en 1991. L’invasion a duré six semaines, près de deux mille tonnes de bombes ont été déversées chaque jour sur le pays et plus de 250 000 personnes ont été tuées. L’Irak était en ruine. Tout au long de ses deux mandats l’administration Clinton maintint les sanctions économiques à l’encontre de ce pays dévasté. Il était clair, dès le début, que les sanctions, qui limitaient le commerce avec l’Irak, interdisant l’importation de substances chimiques décisives servant à produire des médicaments de base et à purifier l’eau, aboutissait à l’appauvrissement d’une population menant une existence déjà misérable. Après douze années de sanctions plus de 750 000 enfants sont morts de la faim et des maladies. Le secrétaire d’État de Clinton Madeleine Albright a affirmé en 1996 que même si 500 000 enfants étaient morts à cause des sanctions, « cela aurait valu la peine ». Les sanctions ont aussi renforcé le régime de Saddam, car elles ont unifié la population contre cette menace extérieure.

Mais les sanctions économiques n’étaient pas le seul élément de la politique de Clinton envers l’Irak. Sous Clinton l’Irak a été la cible de bombardements prolongés, les plus intenses depuis le Vietnam. Bien que la majorité des Nations Unies s’y soit opposée, les États-Unis et la Grande Bretagne ont bombardé des cibles suspectes dans des soi-disant « zones d’exclusion aérienne », des zones où les États-Unis ont décidé d’empêcher l’Irak de faire voler ses avions et de mener toute activité militaire. Des milliers de tonnes de bombes ont été lâchées au-dessus de l’Irak durant la présidence de Clinton, tuant de nombreux civils. En 1993, Clinton a donné l’ordre à l’aviation militaire américaine de détruire les centres de renseignement irakiens.

Un autre volet des sanctions obligeait l’Irak à laisser les inspecteurs de la Commission spéciale de l’ONU (UNSCOM) rechercher et démonter toute installation pouvant produire des armes de destruction massive. L’UNSCOM ne devait servir qu’à démanteler les sites de fabrication d’armes en Irak. Mais au lieu de cela, sous Clinton, la CIA a utilisé clandestinement l’UNSCOM pour avoir accès à l’Irak et espionner le régime de Saddam. Elle a mené des opérations secrètes à partir des locaux de l’UNSCOM, organisé des écoutes de leurs communications et a employé des agents de la CIA comme inspecteurs de l’UNSCOM. Les renseignements, obtenus à l’aide de ces moyens, permettaient d’identifier des « zones d’exclusion aérienne », des cibles pour des bombardements incessants par les forces américaines et britanniques.

En 1998, la politique secrète visant à « changer le régime » a été rendue publique. Le 31 octobre, Clinton a signé « l’Acte de libération de l’Irak », de par lequel le changement de régime en Irak devenait la politique officielle des États-Unis. En décembre 1998, Clinton a donné l’ordre de bombarder massivement pendant quatre jours le territoire irakien, avec l’objectif aléatoire de supprimer Saddam Hussein et, en tout cas d’affaiblir son régime. Clinton a prétendu que le motif des bombardements était le renvoi, par Saddam Hussein, des inspecteurs de l’UNSCOM et le refus de l’Irak de se soumettre aux équipes d’inspection, ce qui impliquait que les sites de production existaient toujours. Mais d’après l’inspecteur en chef Scott Ritter, ses équipes ont réussi à identifier et à démonter la plus grande partie des usines d’armements, supprimant ainsi toute menace provenant d’Irak. Ils ont été expulsés uniquement à cause de la CIA qui utilisait l’UNSCOM à des fins d’espionnage. Ritter a donné sa démission en 1998, avant le bombardement, quand il a appris que la CIA utilisait et manipulait l’UNSCOM.

La politique de Clinton envers l’Irak a posé les prémices de l’invasion de l’Irak en 2003 et à son occupation qui continue à ce jour. Et en 2003, quand l’invasion de l’Irak était déjà en cours, Clinton a fait une apparition rapide à l’émission télévisée 60 minutes pour soutenir la décision du président Bush de déclencher la guerre.

Kosovo : la soi-disant guerre humanitaire

Quand l’obstacle de l’Union soviétique a disparu en 1991, les États-Unis ont entendu créer des bases militaires et établir de nouvelles relations économiques avec les pays de l’ancien bloc soviétique. Des tensions ethniques existant sur le territoire de l’ex-Yougoslavie ont justifié une intervention américaine.

Un différend important est apparu en Serbie, une partie de l’ex-Yougoslavie. Dans la province du Kosovo la population était favorable à l’indépendance vis-à-vis de la Serbie, à cause des tensions ethniques entre les Albanais kosovars majoritaires et les Serbes. En 1999 le président de la Serbie Slobodan Milosevic a donné l’ordre d’attaquer le Kosovo. Lors de cette agression près de 2 000 Kosovars ont trouvé la mort. En 1995 Milosevic s’était déjà montré brutal envers les mouvements oppositionnels de Bosnie-Herzégovine, tuant des milliers de gens.

À l’aide de l’OTAN, les États-Unis ont proposé d’établir un contrôle total sur le Kosovo et d’occuper la Yougoslavie. Cette proposition fut rejetée par le gouvernement serbe, comme une tentative explicite d’occuper le pays, et il a émis une contre-proposition qui réprouvait l’occupation de l’OTAN, mais appelait à des négociations. La contre-proposition a été rejetée vu l’influence des États-Unis sur l’OTAN, et les forces de l’OTAN, menées par les États-Unis, ont reçu l’ordre de commencer à bombarder le pays.

Ces bombardements ont été présentés dans les médias américains, comme un moyen d’arrêter la purification ethnique au Kosovo et le déplacement forcé des Albanais de cette province. Mais deux mois après les bombardements, plus de 800 000 Albanais, de toute façon, ont été forcés de quitter Kosovo. En réalité, la campagne de bombardements a accéléré et aggravé les attaques contre les Albanais et leur exode du Kosovo. Des milliers de civils ont étés tués par les bombardements de l’OTAN.

Les motifs de l’attaque de la Yougoslavie sont apparus au grand jour, aussitôt après les bombardements. Les États-Unis ont commencé à stationner des troupes, par milliers, sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Les militaires américains ont occupé 1 000 acres de terre agricole au sud-est du Kosovo et ont de suite commencé à construire le Camp Bondsteel, à l’époque la plus grande base militaire américaine. Il abrite près de 7 000 soldats – les trois quarts des troupes américaines au Kosovo. Il dispose de plus de 24 km de routes et de plus de 300 bâtiments. Il est si grand qu’il inclut trois quartiers commerciaux différents, des boutiques de vente en détail, un bowling, un club de gymnastique ouvert 24h/24, une église, une bibliothèque et des hôpitaux, parmi les plus modernes d’Europe. Peu après l’ouverture de la base, la Compagnie pétrolière albanaise, macédonienne et bulgare (AMBO), appartenant aux États-Unis, a été propulsée pour finaliser les projets de construction d’un grand oléoduc transbalkanique, de la Mer Noire à la Mer Adriatique, à travers l’ex-Yougoslavie et le Kosovo.

Ce qu’on a « vendu » à la population américaine comme une campagne morale de bombardements, n’était qu’un pas des États-Unis, visant à instaurer une présence militaire et économique dans l’ancien bloc soviétique.

Autres catastrophes :

Somalie

En 1993 l’administration Clinton a utilisé l’armée américaine pour mener une intervention désastreuse dans un conflit civil en Somalie au bénéfice des compagnies pétrolières américaines. Vers la fin de 1990 pratiquement deux tiers de la campagne somalienne a été mise à disposition des compagnies américaines (Chevron, Amoco, Conoco, et Phillips) pour prospecter du pétrole, sous la présidence de Mohamed Siad Barre. En janvier 1991, suite à des années de sécheresse et de pauvreté effroyable en Somalie, Barre a été renversé par des groupes rebelles liés à divers clans somaliens. À cette époque le pays a été précipité dans des conflits chaotiques entre factions rebelles. Tant que la Somalie était déchirée par des combats internes, les projets de prospection pétrolière américains devaient être stoppés. Ainsi en 1993 l’administration Clinton a donné à l’armée l’ordre d’intervenir dans le conflit. La raison officielle de la mission américaine était de fournir l’aide humanitaire à la population du pays appauvrie. Mais très rapidement l’objectif réel de la présence américaine en Somalie s’est clarifiée : il s’agissait d’écraser certaines factions rebelles, d’en finir avec le conflit et de reprendre la prospection pétrolière américaine.

Les États-Unis ont attaqué une assemblée d’anciens de tribus alliées et ont fait exploser la maison dans laquelle ils se trouvaient, tuant presque tout le monde à l’intérieur. Cela n’a fait que monter la population contre les États-Unis. Plus tard les États-Unis ont donné l’ordre d’attaquer l’un des groupes rebelles, maître de la capitale, la ville la plus peuplée de Somalie, Mogadiscio. L’attaque s’est soldée par un désastre et a eu pour résultat la mort de 19 soldats américains et de plus de 2 000 Somaliens.

Haïti

En 1991 Jean Bertrand Aristide devint le premier président haïtien démocratiquement élu, après des décennies de dictature militaire dans le pays, soutenues par les États-Unis. Aristide était un pasteur protestant très connu qui venait d’une famille haïtienne pauvre. Les États-Unis n’étaient pas sûrs qu’ils puissent lui faire confiance, car il avait été élu en promettant d’employer une partie des richesses d’Haïti pour financer l’assistance aux pauvres. Immédiatement après les élections, il a été renversé par un coup d’État appuyé par la CIA. Ce putsch a instauré une dictature extrêmement brutale pendant quatre ans. Durant cette période (1991-1994) la situation d’Haïti empira. Le gouvernement putschiste entreprit le pillage de l’économie et accrût la production et le commerce de drogue. Il était évident que sa politique déstabilisait le pays, poussant la population à continuer l’agitation. Quand Clinton, au pouvoir en 1994, rencontra Aristide c’était afin de négocier son rétablissement à la présidence. Aristide devait coopérer avec les États-Unis, les aidant à prendre en main l’économie haïtienne, ce qui signifiait transférer les richesses du pays sur les comptes bancaires des capitalistes américains, loin des masses en complet dénuement, du pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest.

Palestine / Israël

Clinton a initié des négociations entre le premier ministre israélien Ehud Barak et le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat. Selon la légende, Israël a proposé aux Palestiniens un généreux accord de paix concernant plus de 90 % des terres qu’ils possédaient à l’origine. Et, pour avoir favorisé une offre aussi généreuse, Clinton a été montré comme un dirigeant puissant, qui a réussi ce que certains considéraient comme impossible. En réalité, cet accord ne proposait aux Palestiniens que le nom d’un État palestinien. L’accord prévoyait de couper la Palestine en quatre entités séparées par des barrages routiers et des postes de contrôle israéliens. Les colonies israéliennes importantes sur les terres palestiniennes, où vivent plus de 300 000 habitants israéliens, étaient censées rester en place ainsi que les 482 km de routes reliant les colonies. Les Palestiniens, chassés de leurs maisons à cause de la création de ces colonies, n’avaient pas le droit au retour. Le projet, soi-disant généreux, n’était, une fois de plus, qu’un moyen de forcer la Palestine à accepter officiellement d’être réduite au statut de colonie permanente d’Israël.

Rwanda

Après plusieurs décennies d’occupation coloniale de Belgique, la population rwandaise vivait dans un complet dénuement. L’occupation coloniale et impérialiste exacerbait les rivalités ethniques pour diviser la population. Au début des années 1990 un conflit s’est transformé en guerre civile ouverte. En 1994 la guerre civile s’est intensifiée et a atteint un niveau génocidaire. En 100 jours entre 500 000 et plus d’un million de rwandais ont été assassinés par des groupes paramilitaires extrémistes. Ces massacres ont été de loin plus meurtriers que la soi-disant « purification ethnique » en cours à cette date en Yougoslavie ou que la guerre des chefs tribaux somaliens. L’administration Clinton n’a rien fait pour protéger la population contre le génocide, montrant que sa défense des causes humanitaires, en politique étrangère, était motivée par des intérêts économiques américains et non par l’objectif de sauver des vies.

Le changement climatique – ce n’est pas une grande menace

Ce n’est un secret pour personne que les États-Unis, en brûlant des énergies fossiles, sont le plus gros émetteur de gaz carbonique de la planète. Quand le carbone est émis dans l’atmosphère, il se lie à l’oxygène pour former du dioxyde de carbone, le gaz prioritairement responsable du réchauffement climatique.

Une partie du faux héritage de Clinton réside dans le fait que son administration prétendait mettre l’écologie à l’ordre du jour. Ce mythe s’est renforcé depuis que le vice-président de Clinton, Al Gore, a fait un film sous le titre Une vérité embarrassante (An Inconvenient Truth). Dans ce film, il montre certaines raisons économiques du changement climatique, et ce faisant se présente comme un écologiste convaincu.

Le véritable bilan de l’administration Clinton dans le domaine de l’environnement est terrifiant. D’abord, un objectif d’ordre secondaire de divers accords commerciaux appuyés par l’administration Clinton visait le contournement des normes environnementales par les sociétés américaines. Quand les compagnies américaines obtenaient l’accès aux pays en voie de développement dans le monde, elles en profitaient pour échapper aux lois environnementales régissant la production. Après avoir installé leurs entreprises dans les pays en voie de développement, le plus souvent, les dirigeants de ces sociétés pouvaient les faire fonctionner en se moquant des conséquences sur l’environnement de ces pays. Quel est le résultat d’une telle liberté ? Des fleuves pollués, des forêts et des prairies détruites, des villes inondées et la disparition des espèces en danger.

Les gens se souviennent aussi que l’administration Clinton a ratifié le Protocole de Kyoto, un accord international prévoyant des restrictions limitées sur la pollution dans le monde. Il est vrai que sous l’administration Clinton, les États-Unis ont signé cet accord mais elle n’a jamais soumis le protocole à la ratification du Sénat. Aussi cette signature reste lettre morte.

En somme, la politique de Clinton envers l’environnement ne favorisait pas sa préservation, mais sa destruction.

Lors de ses deux mandats présidentiels sur tous les fronts – celui des services sociaux, de la politique étrangère, de l’environnement, et même celui des libertés civiles – Clinton a défendu bec et ongles les intérêts de la classe dominante aux États-Unis.

Brève histoire du Parti démocrate depuis Bill Clinton

Pendant les huit années de l’administration Bush, les Démocrates ont tenté la plupart de temps de prendre leurs distances, en critiquant de temps à autre certains points de sa politique. Mais en dépit de ces critiques, les démocrates ont dans l’ensemble soutenu et voté plusieurs points de la politique qu’ils prétendaient rejeter.

11 Septembre 2001 : le « PATRIOT Act »

Peu après le 11 Septembre le projet de loi « USA PATRIOT Act » a été présenté devant le Congrès et voté presque à l’unanimité (un sénateur seulement a voté contre). Une fois adopté, le « Patriot Act » a servi de fondement pour élargir les pouvoirs de la police et a considérablement limité les libertés civiles. Le Patriot Act est une extension de la « Loi sur l’anti-terrorisme et la peine de mort », adoptée sous Bill Clinton en 1996. Le Patriot Act a pratiquement supprimé l’habeas corpus pour ceux que le gouvernement américain suspecte d’être terroristes. Habeas corpus signifie le droit d’une personne à un procès avec des preuves présentées aux juges pour prouver son innocence. Mais de par le Patriot Act, le gouvernement peut placer des gens en détention en tant que suspects de terrorisme, indéfiniment, sans aucun jugement, et souvent sans accès à un avocat ou sans visite de sa famille. Il permet aussi d’expulser des personnes suspectées de terrorisme, vers un pays choisi par les États-Unis. Le Patriot Act donne tout facilité à la police d’organiser des écoutes téléphoniques, de perquisitionner à domicile, d’accéder au courrier électronique, au courrier personnel, aux relevés bancaires et ainsi de suite. Grâce au Patriot Act la police peut arrêter, placer en détention, interroger, espionner et perquisitionner chez n’importe quelle personne suspectée de terrorisme, ou qui peut lui servir à enquêter sur le terrorisme.

La notion « terroriste » est une notion intentionnellement extensive, incluant n’importe qui, permettant au gouvernement américain d’accuser de terrorisme ceux qu’il souhaite impliquer. La définition inclut des déclarations vagues et floues, telles que tout individu « qui entend intimider ou contraindre la population civile », ou « influencer la politique du gouvernement par intimidation ou coercition », ou « utiliser un dispositif dangereux avec intention de mettre en danger, directement ou indirectement, la sécurité d’un ou de nombreux individus, ou de causer des dommages substantiels à la propriété ». Ces attendus peuvent très bien s’appliquer à une grève de travailleurs bien organisée, en dehors de leur lieu de travail, ou à une manifestation de masse contre la guerre.

Déjà en 2003 des groupes de défense des droits de l’homme estimaient que près de 15 000 personnes avaient été arrêtées et détenues par le gouvernement américain de par le Patriot Act. Et au moins 3 208 d’entre elles ont été expulsées. Depuis ce nombre a presque doublé. Dans la majorité des cas, il n’a pas été présenté de preuve contre ces personnes. Des gens ont souvent été détenus durant des mois, sans que leur famille ait la moindre idée de ce qui leur arrivait. Ceux qui ont été expulsés ne revoyaient parfois leur famille que quelques heures avant d’être embarqués dans l’avion.

Le Patriot Act est entré en vigueur en Octobre 2001 et était supposé expirer en 2006. Mais en Mars 2006 le Congrès a voté un projet de loi rendant le Patriot Act permanent. Il est passé grâce au soutien quasi-unanime des voix démocrates et républicaines. Et en 2007 le Congrès, contrôlé par les Démocrates a, comme un seul homme, adopté HR 1955, « l’Acte de prévention de la radicalisation violente et du terrorisme dans le pays » (Violent Radicalization and Homegrown Terrorism Prevention Act). Cette loi étend la capacité du gouvernement américain à qualifier des groupes de citoyens américains de terroristes et de les mettre derrière les barreaux.

L’invasion d’Afghanistan : l’opération « liberté immuable »

Le 7 octobre 2001, moins d’un mois après les attentats du 11 Septembre, l’armée américaine a envahi et occupé l’Afghanistan. Cette agression a reçu dès le début un soutien unanime des Démocrates, aussi bien que des Républicains. Le jour où les bombardements ont commencé, le Congrès a rendu publique une déclaration bipartite, garantissant « un soutien sans faille à l’opération militaire, ordonnée par le président Bush en cours le jour même ».

L’invasion avait pour prétexte le fait que le chef présumé des attentats du 11 Septembre, Oussama Ben Laden, et son organisation terroriste, Al Qaïda, se trouvaient en Afghanistan. Les États-Unis ont accusé le régime brutal des Talibans, au pouvoir, en Afghanistan, de protéger Al Qaïda. L’armée américaine a lancé un ultimatum vis-à-vis des Talibans, leur enjoignant de livrer Oussama Ben Laden ou d’avoir à affronter l’attaque américaine. Les Talibans ont répondu à l’ultimatum en demandant l’ouverture de négociations et demandant des preuves tangibles qu’Oussama Ben Laden était bien responsable des attentats. Les États-Unis attaquèrent quand même l’Afghanistan.

Les conséquences des bombardements et de l’occupation qui a suivi ont été tragiques. Selon des estimations, plus 3 700 civils afghans ont perdu la vie en une année d’occupation. Les États-Unis bombardaient régulièrement les villages, massacrant des familles entières. Au moins deux fois les États-Unis ont bombardé des centres de distribution d’aide alimentaire de la Croix Rouge.

Peu après l’invasion, les Talibans ont perdu le pouvoir et reculé jusqu’au Pakistan. Le pays est gouverné par l’armée américaine et un gouvernement fantoche dirigé par Hamid Karzaï, un ancien consultant de la compagnie pétrolière Unocal. Karzaï a aidé les États-Unis à négocier avec les Talibans en 1999 en vue de construire un oléoduc en direction de la mer Caspienne.

Les objectifs officiels de cette guerre visaient à capturer Oussama Ben Laden, à déposer le régime des Talibans et à améliorer les conditions d’existence de la population afghane. Aucun de ces objectifs n’a été atteint, et la situation de la majorité des Afghans a empiré. Plus de 50 000 soldats de l’OTAN (en majorité des américains) occupent le pays. Plus de civils ont été tués par les troupes de l’OTAN que par les Talibans. Près de 20 000 civils en ont été victimes. Le gouvernement fantoche d’Hamid Karzaï, soutenu par les États-Unis, s’est pratiquement effondré. Des groupes rivaux de seigneurs de la guerre, incluant les Talibans qui se sont réorganisés, contrôlent près de 75 % du pays. Les femmes afghanes vivent constamment dans la peur d’être kidnappées ou violées. Sur la liste de 177 pays classés selon l’indice de pauvreté, l’Afghanistan occupe l’avant dernière place. Plus de 6,5 millions d’Afghans risquent de mourir de faim. Au moins 40 % de la population est au chômage et n’a aucun revenu. Vivre en Afghanistan est une catastrophe.

En juillet 2008, les Démocrates et les Républicains continuent à voter, sans états d’âme, les augmentations de budget militaire et de contingents de troupes occupant l’Afghanistan, car ils prétendent que c’est un combat crucial de la soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Mais les véritables intérêts des États-Unis en Afghanistan n’ont rien à voir avec la guerre contre le terrorisme. L’occupation de l’Afghanistan et les bases militaires américaines implantées dans les pays voisins, au Nord, permettent aux États-Unis de s’incruster dans une région clef d’Asie centrale contrôlée auparavant par l’Union soviétique, qui a des chances de devenir vers 2010 la troisième productrice de pétrole et de gaz dans le monde.

L’invasion de l’Irak

L’administration Bush a tenté d’obtenir un appui à sa guerre contre l’Irak sur trois idées clé :

1) Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 Septembre.

2) Saddam Hussein devait être renversé, parce que son régime était en possession d’armes de destruction massive, ce qui constituait une menace sérieuse vis-à-vis des États-Unis

3) Il était vital d’établir une société démocratique en Irak.

Il a été démontré que le lien entre Saddam Hussein et les attentats du 11 Septembre était une absurdité, un mensonge fabriqué de toutes pièces. Pendant des décennies Saddam Hussein et son parti laïc au pouvoir, le Baas, ont brutalement réprimé les militants islamistes en Irak. Les relations entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden n’étaient rien moins qu’antagoniques.

Les allégations de possession d’armes de destruction massive étaient, comme il a été démontré plus tard, non seulement fausses, mais reposant sur des preuves fabriquées de toutes pièces par l’administration Bush. De telles armes n’ont jamais été trouvées en Irak. Le chef des inspecteurs de l’ONU a témoigné que ces armes avaient été détruites dans les années 1990. Plusieurs documents, dont l’administration Bush s’est servie pour justifier le déclenchement de la guerre, ont été identifiés depuis comme des faux. Un certain nombre d’employés du Pentagone et de fonctionnaires de l’administration Bush ont publiquement reconnu que le prétexte à la guerre a été conçu sur des faux et de fieffés mensonges.

Et la prétention de construire une démocratie en Irak, un mensonge dès le début, s’est avérée absolument erronée dès le premier jour de l’occupation.

Malgré une opposition massive à la guerre dans le monde et aux États-Unis, avant même qu’elle ne s’engage, et de sérieux arguments à l’encontre des motifs d’entrée en guerre élaborés par l’administration Bush, le Congrès a tout de même voté le feu vert à Bush pour déclencher la guerre en Irak. 86 Démocrates sur 126 ont voté la résolution. Parmi ceux qui ont voté contre la résolution, certains ne s’opposaient pas à l’intervention militaire, mais préféraient user initialement d’un peu plus de diplomatie. Le fait que les Démocrates soutenaient énergiquement la guerre était surtout visible au travers de leur approbation continue du budget de guerre et de l’accroissement du contingent en Irak.

Aujourd’hui plus de cinq ans se sont écoulés depuis le début de l’invasion, la vie quotidienne reste impossible pour une grande partie du peuple. Le chômage atteint 70 %. Le salaire moyen de ceux qui travaillent est de 150 $ par mois. Le prix des produits de première nécessité a doublé depuis le début de l’occupation. Seulement 37 % des maisons irakiennes sont raccordées aux égoûts. Un quart des enfants irakiens souffrent de malnutrition chronique. 70 % des cas de mortalité infantile résultent d’une simple diarrhée ou de maladies respiratoires. 90 % des hôpitaux manquent de moyens. Selon des estimations, plus d’un million d’Irakien seraient morts. Selon l’ONU, 100 000 personnes par mois quittent le pays, et le nombre d’Irakiens vivant actuellement dans d’autres pays arabes dépasserait les deux millions. Sur le territoire irakien il y a près de 2,5 millions de personnes déplacées en Irak même. Les escadrons de la mort et des milices provoquent des attentats suicides, causant la mort de près de cent Irakiens par jour.

En dépit des discussions concernant le retrait des troupes, les États-Unis n’ont manifestement aucune intention de quitter l’Irak. À présent, les États-Unis disposent de plus de 15 bases militaires importantes. Ils finissent de construire leur ambassade qui coûterait plus de 740 millions de dollars. L’ambassade comprend 21 bâtiments, une alimentation en eau distincte avec une station de purification, une centrale électrique et un système de bus privé. En plus de ces bases, les États-Unis essaient, en vain, de faire passer au parlement irakien une loi qui mettrait le pétrole irakien à disposition des États-Unis pour les décennies à venir.

Les élections partielles au Congrès en 2006

Les électeurs n’ont pas choisi de président démocrate lors des élections présidentielles de 2004. John Kerry était le candidat du Parti démocrate, mais la population avait du mal à percevoir la différence entre lui et Bush. Kerry a voté en faveur du PATRIOT Act et de l’invasion de l’Irak. Il était un farouche partisan de la guerre en Afghanistan. Pendant toute sa campagne il a présenté une politique étrangère tout aussi agressive que celle de George Bush.

Pourtant, pendant les élections au Congrès en 2006 les candidats du Parti démocrate ont essayé de changer de stratégie et se sont présentés comme des opposants purs et durs à Bush et à la guerre. Les électeurs ont voté en masse pour envoyer des Démocrates au Congrès. Les Démocrates ont gagné 29 sièges à la Chambre des représentants, 6 sièges au Sénat, et ont pris 6 postes de gouverneurs aux Républicains. Les élections ont donné aux démocrates la majorité aux deux chambres du Congrès : 51 Démocrates contre 49 Républicains au Sénat et 233 Démocrates contre 202 Républicains à la Chambre des représentants. Beaucoup ont voté pour les Démocrates, car ils pensaient que c’était un moyen d’arrêter la guerre et de congédier l’administration Bush. Avant les élections quelques notables démocrates ont milité activement pour le renvoi (l’impeachment). Une fois les Démocrates élus en majorité au Congrès, leurs appels agressifs contre la guerre se sont tus. Très vite, Nancy Pelosi, récemment élue présidente de la Chambre des représentants, a déclaré que l’impeachment n’était plus à l’ordre du jour. Et chaque fois que les Démocrates ont eu l’occasion de voter, ils ont effectivement voté pour continuer la guerre. Tous les projets de loi pour financer la guerre, proposés par Bush, ont été adoptés par un Congrès à majorité démocrate. Cela signifiait que la majorité des Démocrates avaient voté en leur faveur. Chaque nouvelle nomination de l’administration Bush était approuvée par le Congrès. Quatre mois seulement après avoir été élus au Congrès les Démocrates ont voté un budget supplémentaire de 150 milliards de dollars afin de couvrir les dépenses militaires en Irak et en Afghanistan.

Les primaires du Parti démocrate et les élections présidentielles de 2008

Les primaires du Parti démocrate ont débuté avec plusieurs candidats ayant peu de différence entre eux. Ils ont opté pour la stratégie utilisée lors des élections au Congrès deux ans plus tôt, et ont fait campagne contre la guerre et contre Bush. Après le premier tour des primaires il n’en est resté que deux : Barack Obama et Hilary Clinton.

Beaucoup se sont intéressés à leur campagne, car chacun des candidats offrait en apparence quelque chose de nouveau : Barack Obama pouvait devenir le premier président noir, et Hilary Clinton, la première présidente femme. En réalité ces candidats n’étaient pas si différents l’un de l’autre, ni de l’administration Bush.

À propos de la soi-disant guerre contre le terrorisme, Obama et Hilary Clinton ont tous deux fermement soutenu le Patriot Act, l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. L’un et l’autre ont voté pour la prorogation du Patriot Act. Obama et Clinton ont fait campagne pour renforcer les troupes et accroître le financement de l’occupation de l’Afghanistan. Malgré le fait qu’Hilary Clinton ait voté pour la résolution et approuvé l’invasion de l’Irak, elle prétendait que si elle avait su ce qu’elle savait actuellement, elle ne l’aurait jamais fait. Obama n’était pas sénateur au moment du vote, et lors de sa campagne, prétendait s’être opposé à la guerre en Irak dès le début. L’histoire de leurs votes au Congrès ne va pas dans le sens de leur discours de campagne. Tous deux ont toujours ratifié les projets de loi soumis au Congrès pour consolider le financement de l’occupation et envoyer plus de troupes en Irak.

Les deux candidats ont promis un soutien ferme au gouvernement israélien qui mène une politique brutale d’occupation de la Palestine depuis plus de 50 ans.

Tous les deux soutenaient les allégations de l’administration Bush affirmant que l’Iran constitue une menace sérieuse à l’encontre des États-Unis. Ils prétendaient qu’elle était suffisamment grave pour justifier des raids contre l’Iran.

Les propositions d’Obama et de Clinton à propos du système de santé ont suscité beaucoup d’espoir. Les deux candidats promettaient d’assurer l’accès aux soins à chaque citoyen du pays. Mais si leurs propositions d’accès aux soins étaient mises en application, elles rendraient l’accès aux soins médicaux analogues à la souscription d’une assurance automobile. De par la loi, l’achat d’une assurance santé deviendrait obligatoire et les gens pourraient même recevoir des amendes s’ils ne le faisaient pas. Leurs propositions ne permettent pas de résoudre le problème de fond du système de santé, à savoir son coût exorbitant qui le rend inaccessible à des millions de personnes. L’exigence d’avoir un système de santé ne veut pas dire que les gens pourront à l’aide d’une baguette magique trouver des moyens pour le payer. Leurs propositions contiennent de vagues recommandations d’allouer des fonds et d’aider les faibles revenus, mais globalement elles manquent de précision. Malgré le fait qu’une petite partie de la population pourrait ainsi obtenir une aide minime quant à l’accès aux soins, leurs propositions ne sont guère qu’un moyen d’enrichir les compagnies d’assurances, déjà richissimes, en remettant en leurs mains l’argent du peuple.

Les campagnes de Barack Obama et d’Hilary Clinton s’apparentent aux campagnes des Démocrates précédents. Obama et Clinton ont essayé de toutes leurs forces d’avoir l’air de représenter une espérance réelle de changement, mais en réalité ils proposent une politique guère différente de celles appliquées par les Démocrates dans le passé. On voit leur « couleur » véritable quand on comprend à quel point la bourgeoisie leur fait confiance. Les plus importants souscripteurs de leurs campagnes sont les fabricants d’armes, les grandes banques et institutions financières, les médias et autres grandes compagnies. Cette liste inclut Goldman Sachs, Citigroup, JP Morgan Chase, Lockhead Martin, Boeing, Time Warner. Mener une campagne traditionnelle requiert le soutien des grands trusts et des banques. Le président de la Commission électorale fédérale Michael Toner a estimé que, pour être pris au sérieux, un candidat doit collecter au moins 100 millions de dollars vers la fin 2007 et prévoir que pour les campagnes de 2008 il lui faudra dépenser au moins un milliard de dollars.

Un autre regard sur la campagne présidentielle de Barack Obama

Il n’est pas surprenant que beaucoup de travailleurs soient enthousiasmés de voter Obama. C’est leur manière d’exprimer leur dégoût de la politique menée par le gouvernement au cours des dernières années. Pour certains c’est un vote contre l’administration Bush et le parti républicain représenté par le sénateur McCain. Alors que le racisme continue à diviser le pays, on comprend qu’un grand nombre de Noirs voteront pour Obama. Un Noir à la présidence serait perçu par beaucoup comme un symbole marquant la fin des barrières raciales qui ont réduit les chances des Noirs pendant si longtemps. Beaucoup sont également attirés par le message de changement d’Obama. Obama parle souvent de changer les choses à Washington et de tenir tête aux gros bonnets des affaires. Pour la plupart des travailleurs, qui arrivent à peine à joindre les deux bouts, il faut bel et bien du changement. Mais si Obama peut changer le visage du président, il ne changera pas les intérêts défendus par Washington.

Les actions politiques d’Obama montrent ses priorités plus clairement que ses discours de campagne. Comme on l’a vu plus haut, Obama a voté en faveur du Patriot Act chaque fois que c’était nécessaire. Il a voté et approuvé des budgets de centaines de milliards de dollars pour les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Il prévoit d’augmenter le nombre de soldats américains en Afghanistan.

En tant que sénateur, Obama a voté pour une loi qui rend plus difficile pour les travailleurs de poursuivre des entreprises en justice. En 2005, il a voté pour la loi de « justice dans les recours collectifs » (class action fairness act) qui a supprimé le droit de déposer des recours collectifs dans les tribunaux d’États. Maintenant, ces recours ne peuvent être déposés qu’auprès de tribunaux fédéraux, qui traitent moins ces cas et statuent le plus souvent en faveur des grandes sociétés. Obama a voté contre une loi qui aurait limité les taux d’intérêts que les compagnies de cartes de crédit imposent à leur clients (ces taux peuvent dépasser 20 % et faire plonger de nombreux ménages dans la faillite ou la dette perpétuelle). Il a également voté une loi qui permet aux compagnies d’assurance maladie de s’excuser au lieu d’être condamnées à payer des dommages et intérêts en cas d’erreurs médicales. Il a soutenu des lois permettant aux compagnies minières d’acheter à très bas prix des terrains publics et de ne pas rembourser les villes et États où ils exploitent ces mines. En tant que sénateur de l’Illinois, Obama à passé une loi limitant les émissions polluantes des grandes entreprises, ce qui lui a valu le soutien des écologistes. Obama prétend favoriser les alternatives au pétrole, parlant de l’éthanol comme d’une source d’énergie propre, puisque produit à partir du maïs. Un des leaders de l’industrie de l’éthanol est Archer Daniels Midland, une compagnie agricole basée dans l’Illinois, un contributeur majeur aux campagnes d’Obama. Le processus de conversion du maïs en éthanol, combiné aux quantités plus importantes d’éthanol nécessaires pour faire tourner les moteurs, rend l’éthanol plus pollueur que l’essence. L’industrie agricole a contribué pour plus d’un million de dollars à la campagne d’Obama.

Les plus importantes contributions à la campagne d’Obama proviennent de banques multinationales, de puissants cabinets d’avocats, de pollueurs producteurs d’énergie, et d’énormes compagnies de médias. Au sommet de la liste se trouve Goldman Sachs qui a fourni plus de 500 000 $ pour la campagne d’Obama. Goldman Sachs est une des plus grandes banques d’investissement au monde. Dans son comité directeur sont représentées des firmes telles que General Motors, Pfizer, la plus grande firme pharmaceutique au monde, KB Home, une des plus grandes compagnie de bâtiment aux États-Unis, United Health Group, une des plus grandes compagnies d’assurance santé aux États-Unis, Temple Inland, une gigantesque firme de bois de charpente, leader mondial de la déforestation, BankOne Corp, une institution financière spécialisée dans les opérations de crédit. Ces compagnies sont liées aux trusts, tels McDonald, General Electric et d’autres firmes majeures dans les grands secteurs d’activité industrielle. Obama a choisi Joe Biden comme candidat à la vice-présidence. Biden est un familier de longue date à Washington, avec 35 ans d’expérience dans la défense de la classe dirigeante américaine.

Biden, à la différence d’Obama, était au Sénat quand a eu lieu le vote légitimant la guerre en Irak. Il a voté en sa faveur. Il affirmait à ce moment que la guerre en Irak serait une « marche pour la paix et la sécurité ».

Biden a aussi voté en faveur de tous les projets de loi de financement de la guerre en Irak et en Afghanistan. Biden a même fait mieux que l’administration Bush quand il a fait la proposition d’accroître le budget de guerre, de 13 milliards de dollars, la plus grande partie de cet argent tombant dans les poches des fabricants d’armes. Biden soutient le projet d’envoyer plus de troupes en Afghanistan. Biden est aussi un chaud partisan de l’occupation de la Palestine par Israël. Il a accepté des dizaines de milliers de dollars de contributions de campagne électorale des différents lobbys israéliens. Biden a aussi voté pour faire passer et proroger le Patriot Act.

En 2005, Biden a aussi voté la législation qui a sévèrement réduit la possibilité pour les travailleurs d’avoir accès à des dispositifs d’aide en cas de surendettement. Une véritable offensive contre les travailleurs et un cadeau aux compagnies de cartes de crédit. Les expulsions de locataires privés de moyens sont facilitées pour les propriétaires de logements. Elle permet même aux créditeurs de faire transférer des allocations parentales pour payer les dettes des parents. Elle protège les riches, leur permettant de garder des capitaux investis dans le patrimoine immobilier. Elle permet de même aux créditeurs de donner de fausses informations sur les cartes de crédit. Les compagnies de cartes de crédit avaient essayé de faire passer cette législation depuis des années. Quand elle a été effectivement adoptée en 2005, ces compagnies avaient dépensé 34 millions de dollars pour le lobbying et les contributions de campagne électorale pendant les neuf années précédentes. La compagnie de crédit MBNA a son siège au Delaware, un État représenté par Biden au Congrès. Elle a contribué pour des dizaines de milliers de dollars à sa campagne sénatoriale et même été mêlée à un scandale dans lequel un cadre de MBNA a versé une somme importante pour acheter la maison de Biden. Pour tout le monde il est évident que ce n’était qu’un moyen de plus pour verser de l’argent en plus dans les poches de Biden.

Biden a aussi joué un rôle important en s’en prenant aux pauvres et aux travailleurs dans les années 90. Biden a aidé à faire passer la législation proposée par l’administration Clinton pour priver d’aide sociale des millions de gens. Obama a aussi appuyé cette législation qui a réduit l’attribution de tickets de nourriture, l’assistance médicale et différentes aides à ceux qui en ont le plus besoin.

De nos jours, les bas salaires, la montée des prix, l’enrichissement des capitalistes, entraînent pour les travailleurs, des conditions d’existence de plus en plus dures, justifiant leur aspiration au changement.

Mais il ne faut pas se tromper, nous n’avons pas besoin d’un simple changement symbolique. Ce changement que nous voulons ne peut venir de la présidence d’Obama/Biden ou du Parti démocrate qu’ils représentent.

Conclusion

À un moment où la majorité de la population en a par-dessus la tête des guerres en Irak et en Afghanistan, un moment où la crise économique menace sa vie et son gagne pain, avec les prix de l’essence et de la nourriture qui montent en flèche, l’augmentation du chômage, des saisies, l’absence de soins médicaux et l’augmentation de la criminalité, il y a nécessité et un potentiel pour de nouvelles luttes sociales aux États-Unis.

Quand la côte de popularité de l’administration Bush et de la majorité démocrate au Congrès est en dessous de 20 %, il y a une grande désillusion et un mécontentement évident à l’encontre de la situation politique et des deux grands partis qui dirigent le gouvernement. La population a vraiment toutes les raisons d’attendre un changement qui sorte de l’ordinaire politique des élections présidentielles et du lancement sur le marché de nouveaux candidats.

Ce n’est pas le moment de refaire les erreurs passées et de placer ses espoirs dans les Démocrates et les élections. Qu’on prenne les quinze minutes nécessaires à déposer un bulletin simplement pour exprimer sa condamnation de la politique menée au cours des huit ans de Bush, ça se comprend. Mais il ne doit pas y avoir d’illusions que ce vote puisse mener à un changement significatif.

Plus important que cette élection, est décisif ce que la population est résolue à faire. Notre futur ne repose pas sur des choix électoraux, comme cette brochure tente de le montrer, en dévoilant les trahisons des Démocrates dans le passé. Les Démocrates sont passés maîtres dans l’art de la tromperie. Nos espoirs de changements ne doivent pas être investis dans l’acte passif de voter pour l’un des deux grands partis et leurs candidats présélectionnés et préapprouvés, empaquetés par les médias pour notre consommation, comme si on choisissait un article dans un centre commercial.

L’avenir sera déterminé par ce que le peuple américain décidera de faire aujourd’hui et demain, en le décidant sur les lieux de travail, dans les quartiers et dans la rue. Il dépendra de la mobilisation de la population, de sa force et de ses luttes. Elle devra choisir ses propres leaders, sur la base de leurs actions, afin de savoir en qui elle peut faire confiance et de qui elle doit se méfier.

La bourgeoisie américaine a deux principaux partis à son service. Avoir une véritable alternative, cela signifie avoir des organisations qui servent et représentent vraiment la classe ouvrière et les couches opprimées, c’est-à-dire une vaste majorité de la population.

Construire un parti de la classe ouvrière est l’objectif du Revolutionary Workers Group (RWG). Bien sûr, nous savons que nous ne pouvons pas le faire à nous seuls. Mais nous savons également que c’est dans l’intérêt de cette majeure partie de la population et qu’il y a de nombreux groupes et militants qui partagent cet objectif, et encore plus de monde qui pourrait se retrouver sur cet objectif. C’est pour cela que nous invitons tous ceux qui partagent ce but, à se joindre à nous pour aider à organiser des travailleurs, des jeunes, étudiants ou jeunes travailleurs, tous ceux qui sont prêts à se battre contre la société capitaliste et à tourner le dos aux partis capitalistes et à leurs politiciens, qu’ils se présentent comme progressistes, conservateurs, démocrates ou républicains.

Le Parti démocrate recycle simplement la même stratégie. Nous avons besoin d’une alternative basée sur nos propres intérêts, nos propres forces, notre propre énergie et nos propres efforts.

Ceux qui n’apprennent rien de l’histoire répèteront les erreurs du passé. Ceux qui étudient l’histoire ont au moins la chance de tirer les leçons des luttes du passé et de voir les pièges qui seront tendus. Espérons que cela nous aidera à choisir une voie nouvelle dans l’avenir.

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