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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 67, janvier-février 2010

Le NPA et les régionales : Fichu électoralisme !

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Politique

Pour un parti qui se voudrait radicalement « anticapitaliste », qui prétend rompre avec la gauche « convertie à l’ultra-libéralisme » (au capitalisme il y a longtemps qu’elle l’est !) et qui se dit même parfois un parti des travailleurs et des luttes sociales, le moins qu’on puisse dire est que la campagne du NPA pour les prochaines élections régionales ne fait pas dans la clarté.

Spécialités régionales mais plat unique

Dans onze régions sur vingt-et-un (il ne se présente pas en Corse pour ménager les autonomistes, explique-t-il), le NPA se retrouve sur des listes d’union, dont sept avec une partie de la gauche gouvernementale dont il prétend pourtant se différencier radicalement : trois listes avec le Front de Gauche, PC et PG, quatre avec seulement le parti de l’ancien ministre Mélenchon. Les quatre autres listes d’union sont avec des partenaires plus petits, écologistes « radicaux » ou décroissants plus ou moins malthusiens, où le NPA sera quasiment la seule force militante mais dont les intitulés (« La gauche 100 % sociale et écologiste », « Vraiment À Gauche, Unitaire anticapitaliste et pour une écologie radicale ») et le programme ne se distinguent pas de ceux des sept précédentes.

Nationalement, le NPA, qu’il se présente seul ou en alliance, annonce d’entrée de jeu qu’il faudra « battre la droite » au second tour, c’est-à-dire qu’il votera pour la gauche (alors qu’il reconnaît que celle-ci a fait depuis six ans la même politique que la droite, comprenne qui pourra !) et que s’il dépasse les 5 %, il proposera à cette gauche des fusions « techniques » ou « démocratiques ». Mais peu importe le qualificatif, pour l’électeur ce sera l’indication qu’on est donc du même camp.

Quant aux dix listes NPA pur sucre, les professions de foi et les premiers matériels déjà publiés comme les conférences de presse déjà tenues (à une exception près, à notre connaissance, l’Alsace, du moins jusqu’à ce jour) donnent priorité aux objectifs régionaux, ceux qui relèveraient du domaine des « compétences des régions ». Passons rapidement sur le « renforcement du rôle des chambres régionales de comptes » jusqu’à la transformation des régions en « lieux de résistance aux ravages sociaux et écologiques du capitalisme », ou en « premiers échelons d’une rupture démocratique », avec à la clé la sempiternelle « démocratie participative » si chère à Ségolène Royal. L’habituel blabla « politique » qu’on peut retrouver effectivement sur les professions de foi de toutes les gauches, ou même des droites, et qu’on ne peut même pas qualifier de promesses électorales tant il est vague et creux.

Mais même les deux revendications phares qui pourraient sembler plus en rapport avec des problèmes et des préoccupations de la population (les transports régionaux gratuits ou encore le remboursement des subventions touchées et déjà englouties, par les entreprises privées qui licencient) sont avancées dans le plus pur esprit électoraliste.

Car par quels moyens prétend-t-on imposer ces revendications ou ces « ruptures » ? Par les luttes des travailleurs ou de la population ? Mais non. La plupart du temps les professions de foi passent vite sur ce détail, quand elle ne l’oublient pas, pour insister par contre sur le rôle de « nos élus », si on en a, « qui seront libres mais qui feront avancer les dossiers », expliquait sur France Inter Olivier Besancenot, porte-parole du NPA et tête de liste en Ile-de-France.

En bref, même dans les cas où les revendications générales – comme l’interdiction des licenciements ou celles sur les salaires – figurent, elles sont noyées dans une kyrielle de revendications hétéroclites et petites promesses qui se distinguent fort peu de tous les programmes électoraux de la gauche. En tout cas pas de ceux ni du PC, ni du PG. Heureusement pour le NPA qu’il garde encore dans l’opinion publique, et notamment dans la classe ouvrière, l’image d’un parti d’extrême gauche : celle du passé de la LCR, celle qu’avaient plus récemment accréditée, avec un certain succès, les campagnes présidentielles d’Olivier Besancenot de 2002 et 2007 ou, encore aujourd’hui, les multiples interventions de ses militants pour soutenir les luttes en cours.

Le choix d’un parti de gauche et non d’un parti de classe

Le mal ne vient d’aucune maladresse, mais d’un choix politique et qui n’est pas seulement électoral. Ce nouveau parti dont les contours se voulaient larges et étaient du coup fort mal définis, se proposait de dépasser le vieux dilemme « réforme ou révolution ». La campagne actuelle du NPA traduit malheureusement cette ambiguïté, ou plus exactement en cristallise le volet le plus droitier. L’audience qu’avait acquise depuis 1995 l’extrême gauche, qui se traduisait par les relatifs succès électoraux d’Arlette Laguiller, puis d’Olivier Besancenot, ou des deux, avait été gagnée sur la base de campagnes centrées sur les principales revendications de la classe ouvrière, ces « programmes d’urgence » qui étaient explicitement des programmes pour les luttes et non des programmes électoraux.

Cette audience pouvait, et pourrait encore, être l’occasion pour des militants venus d’organisations différentes ou nouveaux venus d’essayer ensemble – avec éventuellement leurs façons différentes de faire – d’implanter leurs idées dans le monde du travail et de contribuer à la construction de noyaux dans les entreprises et les quartiers capables d’intervenir dans les luttes. C’est-à-dire de tenter de construire non pas un petit appareil électoral mais une organisation politique révolutionnaire des travailleurs.

De la recherche d’alliances politiciennes au bug électoral

C’est tout le contraire que l’on construit si l’on caresse l’espoir de grandir, de scoop électoral en scoop électoral, et pire si ce que l’on ambitionne dans les élections n’est pas avant tout de propager des idées mais de gagner des positions « dans les institutions » pour devenir un parti reconnu, en faisant croire que c’est là qu’on pourra, même sans devenir gestionnaire (mais le glissement va vite), « faire avancer les dossiers ».

Dans cet objectif le NPA s’était présenté seul aux élections européennes de 2009, sur un programme très délayé, en espérant doubler le PC et son Front de gauche. Ce calcul électoraliste lui a fait prendre son score électoral, pourtant honorable (près de 5 %), pour un échec. À ne pas renouveler aux régionales, où il faudrait à tout prix avoir des élus… qu’on a peu de chances d’avoir autrement qu’en mangeant son chapeau pour faire alliance avec la gauche classique, y compris le PS au moins au second tour.

Les négociations d’alliances, qui ont occupé le parti depuis huit mois, de juin à janvier, et ont fait passer à la trappe la campagne contre les licenciements et pour l’emploi, ont reflété la diversité des tendances au sein du NPA et de ses responsables régionaux : entre ceux qui espéraient, en mettant des conditions évidemment inacceptables pour le PC, détacher de lui une partie de ses alliés, en premier lieu le PG, et ceux qui espéraient la grande alliance de la gauche de la gauche… mais tous avec le calcul qu’il s’agissait de « faire des voix » au premier tour pour s’imposer au PS au second. Résultat : ce sont les calculs régionaux du PC ou du PG qui ont décidé du sort du NPA.

Il est malheureusement à déplorer que, pour l’instant, le seul bug du NPA qui ait crevé l’écran soit le pire. En choisissant de mettre sur leur liste une jeune fille voilée, les responsables du NPA de la région PACA ont voulu faire leur scoop publicitaire à eux, en croyant peut être par là gagner quelque crédit dans le milieu des jeunes immigrés des quartiers populaires. La démagogie populiste ou religieuse n’attirera pas, y compris dans ce milieu-là, les plus ouverts, les plus conscients : peut-être quelques petits mecs, mais sûrement pas les jeunes filles ou femmes qui souffrent du carcan moral de la religion, de la tutelle d’une famille, d’un grand frère ou d’un mari. Et encore moins celles qui, précisément, refusent fièrement le voile. Et ils ont porté un coup non seulement au NPA, mais à tous ceux qui luttent contre l’oppression de la femme et défendent des idées d’émancipation en général.

Vu donc les plates-formes sur lesquelles elles se présentent (et à moins qu’une exception émerge clairement à l’extrême gauche dans ce fouillis électoraliste), il ne peut pas y avoir, lors de ces prochaines élections, de militants de la Fraction L’Étincelle sur les listes du NPA. Nous serons cependant aux côtés de tous les militants lutte de classe qui entendent profiter de ces semaines pour faire de l’agitation à propos de ce qui leur importe le plus à eux : les licenciements, les salaires, l’attaque annoncée contre les retraites. Et en profiter pour parler de cette lutte d’ensemble qu’il faut préparer. Ce que la campagne choisie et le matériel électoral du NPA voilent (c’est bien aujourd’hui le mot), sous les termes de la « convergence… des mobilisations sociales, écologistes et citoyennes », maquillent sous les couleurs d’une « mobilisation large et puissante de la population » ou au mieux évoquent timidement mais en oubliant de dire l’essentiel : que les travailleurs comme les jeunes n’ont rien à attendre des élections, mais seulement des luttes.

7 février 2010

Olivier BELIN

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