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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 14, mars-avril 2001 > Retraites

Retraites

La démographie ne doit pas masquer les choix politiques

Mis en ligne le 1er avril 2001 Convergences Politique

Il est des « évidences » qu’il faut combattre. Notamment celle que répètent à satiété patronat, gouvernement et nombre de directions syndicales selon laquelle il n’est pas possible de continuer à payer les retraites actuelles, et qu’en conséquence il faut créer des fonds de pension. A tel point que de nombreux salariés s’interrogent sur la possibilité de garder les niveaux actuels de retraite.

Oui, on vit plus longtemps

Il est indiscutable et positif que l’espérance de vie augmente. De 1950 à aujourd’hui elle est passée pour les hommes de 63,4 à 74,6 ans, pour les femmes de 69,2 à 82,2, et on prévoit qu’elle sera en 2040 de 80,9 et 89,2 ans. Comme les naissances diminuent et qu’on prévoit que les actifs diminueront à partir de 2006, pour 100 actifs, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans devrait passer de 47 à 84 en 2040.

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Evolution du rapport entre plus de 60 ans et actifs

Mais il y aura d’autres évolutions

Qu’est ce qui justifie de prendre en compte d’ici 2040 uniquement cette évolution ? Si on veut estimer la totalité de ceux qui vivront de la solidarité financée par les richesses produites par les actifs, il faut comptabiliser tous les inactifs, pas seulement ceux de plus de 60 ans. Avec les femmes au foyer et surtout les jeunes inactifs, la proportion inactifs/ actifs n’évolue plus du tout avec la même rapidité.

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Evolution de la proportion inactifs/actifs

Le chômage peut diminuer !

Les actifs des statistiques incluent les chômeurs. Ceux-ci, loin d’être en capacité de financer les inactifs, sont également à la charge des actifs occupés. C’est donc l’évolution du rapport occupés/inoccupés qu’il est pertinent d’étudier. Les prévisions ne sont pas neutres : les travaux du Commissariat au plan font l’hypothèse d’un chômage de 9% jusqu’en 2040 ! C’est bien un choix politique d’estimer qu’il y aura en permanence un tel chômage. D’autres hypothèses existent, comme celle de l’ouvrage « les retraites au péril du libéralisme » qui fait les calculs avec une diminution progressive du chômage pour arriver à un taux de 4,5% en 2040. On atteindrait alors un chiffre de 1,66 inoccupés pour un occupé, soit une augmentation de 4 à 5% par rapport à celui d’une période de haut niveau du chômage.

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Evolution en tenant compte du chômage

Une telle évolution en 40 ans est facilement intégrable... si elle se confirme. Deux ans après, les prévisions du rapport Charpin sont déjà à revoir. Le dernier recensement fait apparaître une remontée des taux d’activité des 15-24 ans et des 55-64 ans. Le MEDEF qui prévoyait un déficit cumulé de 160 milliards pour les retraites complémentaires en 2020, l’estime aujourd’hui de 30 à 50 milliards, au moment même où les prévisions des caisses elles-mêmes estiment qu’il y aura à cette date un excédent de 200 milliards !

L’augmentation des richesses produites permet de financer ces variations

L’augmentation de la productivité du travail crée plus de richesses. Une croissance du PIB de 1,7% par an en moyenne entraîne en 40 ans son doublement. Le rapport Charpin prévoyait que la part des retraites dans le PIB passerait de 11,6% à 16,6%. Aujourd’hui pour une période donnée, sur 100 de richesses produites, 11,6 financent les retraites. En 2040, pour la même période, sur 200 de richesses produites, 33,3 selon Charpin financeraient les retraites. Cela laisserait quand même 164,8 pour le reste de la population, contre 88,2 aujourd’hui.

L’espérance de vie augmente bien, mais l’ensemble des évolutions permet sans difficultés de continuer à financer la retraite par répartition. L’enjeu est celui de la répartition des richesses produites. Les patrons, le gouvernement et certaines directions syndicales font des prévisions dans lesquelles ils octroient à priori l’intégralité de l’augmentation de ces richesses aux patrons en demandant des sacrifices aux travailleurs, actifs et retraités.

Le débat n’est pas un débat statistique, mais un de choix de société... comme au moment de la naissance des retraites.

Charles PAZ

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