Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 43, janvier-février 2006 > DOSSIER : La crise permanente du logement

DOSSIER : La crise permanente du logement

La crise permanente du logement

Mis en ligne le 13 janvier 2006 Convergences Société

Les plans grand froid ont beau se succéder : dès que le thermomètre descend au-dessous de zéro revient la litanie des SDF morts de froid dans la rue. Comment se fait-il donc que des personnes qui ont souvent un emploi et un salaire n’aient pas de toit, dorment dans la rue, ou bien entassés dans des logements insalubres, ou encore s’endettent sur des années pour acquérir un pavillon qu’ils mettront, si tout va bien, des années à rembourser ? Tout simplement, parce que le logement des travailleurs a toujours été et reste le cadet des soucis des patrons.

C’est pourquoi le problème du logement des salariés est récurrent depuis que le capitalisme existe, des taudis anglais du début du XIXe siècle aux bidonvilles d’Amérique du Sud, en passant par les miteux hôtels parisiens où les incendies se déclarent faute d’entretien. Les patrons se désintéressent de tout ce qui concerne le mode de vie de leurs salariés. Les faire produire un maximum en les payant le moins possible constitue leur bible. Reste la collectivité, c’est-à-dire l’État et les municipalités, sur qui repose la charge du logement « social ». Les salaires des ouvriers ne leur permettant pas d’accéder à un logement décent, il faut donc construire des cages à lapin le plus vite et le moins cher possible pour les loger. Mais cela n’est jamais suffisant, car l’argent public a toujours mieux à faire que s’investir dans le « social ». Il doit avant tout profiter aux riches.

Une préoccupation constante

Cette question, qui touche de larges couches de la population mondiale, est indissociable de l’urbanisation massive qui a accompagné le développement et l’extension du mode de production capitaliste depuis deux siècles. Le capitalisme a chassé des campagnes les paysans qui ont atterri dans les zones urbaines pour y trouver un travail. Et inlassablement, ce processus toujours renouvelé pose le même problème : l’accroissement de la population dans les zones urbaines croît à un rythme bien plus rapide que celui de la construction de logements. Avec les mêmes conséquences dramatiques, que résume la formule mal appropriée de « crise du logement », car il s’agit d’un état permanent. Cet état devenant plus ou moins aigu au gré des différentes périodes économiques.

Au centre ou à la périphérie des villes

Il n’y a pas de constante, mais des cycles dans la localisation des logements ouvriers. Les travailleurs s’établissent là où cela leur est possible. Cela dépend des époques et des pays. Aux débuts du capitalisme, les usines étaient concentrées au cœur des villes, et c’est là que logeaient également les travailleurs, dans des logements totalement insalubres. Qui ne se souvient des films montrant les sous-sols humides de Londres du temps de Dickens ou les caves ou arrière-cours pas plus ragoûtantes du cœur de Paris. Puis est venu le temps de la réappropriation du cœur des villes. En France, il s’agissait de faire déguerpir ces ouvriers qui se révoltaient à tout bout de champ : le préfet Haussmann s’en chargea sous Napo¬léon III en perçant des artères au travers des quartiers ouvriers situés au centre de la ville et en repoussant plus loin les ouvriers.

Certains patrons voulant s’attacher leurs salariés ont construit des cités ouvrières à proximité de l’usine ou de la mine. Une façon d’avoir les salariés sous la main à une période où l’industrie était en plein développement. Logement, sport, loisirs, tout était pris en charge par le patron pour que ses ouvriers n’aient d’autre horizon que leur usine. Michelin à Clermon-Ferrand en était, il n’y a pas si longtemps encore, un bon exemple. Dans tout l’Est et le Nord du pays, les ouvriers ont ainsi été concentrés tout au long du XIXe siècle.

Des logements de fortune

Pendant tout le XXe siècle, l’exode rural a jeté de plus en plus de paysans dans les villes pour y trouver un emploi. Le problème du logement est resté crucial. Puis, vint la Deuxième Guerre mondiale, les destructions, et le terrible hiver 1954, où le thermomètre était descendu très bas, et où l’abbé Pierre avait réussi à attirer l’attention des pouvoirs publics sur le mal logement ouvrier. À cette époque d’après guerre, la priorité était à la reconstruction... des usines, pas des logements. Il fallait produire à tout prix. La vétusté et la pénurie étaient de mise dans le logement populaire : 80 % des appartements n’avaient pas l’eau courante. Les usines étaient situées aux faubourgs des villes, dans des endroits qui n’étaient absolument pas équipés pour accueillir les ouvriers qui venaient y travailler, ni en petits hôtels, ni en logements populaires. Des milliers de sans abri dormaient ainsi à la belle étoile. On dénombrait parmi eux 80 % de jeunes.

Dans les années 1960, la construction de logements HLM explosa, et avec elle, une amélioration qualitative des conditions de l’habitat ouvrier puisque ces logements comportaient sanitaires et confort dont ils étaient dépourvus jusqu’alors. La pénurie de logements a cependant perduré, puisque dans les années 1970, les bidonvilles poussaient encore autour de Paris, à Nanterre et à la Courneuve. Cette fois, ce sont les ouvriers qu’on était allé chercher en Afrique du Nord, en Italie du sud, en Espagne et au Portugal pour travailler sur les chaînes de montage automobile françaises qui s’y trouvaient entassés.

Si les bidonvilles ont été résorbés depuis quelques décennies en France (mais ne tendent-ils pas à ressurgir ces derniers temps, indice d’une nouvelle dégradation de la situation ?), ils se développent très rapidement dans le monde, puisqu’on estime que d’ici à 2030, le nombre de personnes habitant des bidonvilles aura doublé. Elles représentent déjà 43 % de la population urbaine dans les pays pauvres et 6 % dans les pays riches.

Parqués au cœur des villes dans des logements dégradés ou repoussés à la périphérie lorsque les couches aisées veulent reprendre possession des centres-villes, les travailleurs ont toujours été confrontés au problème du logement. S’il se pose aujourd’hui avec plus d’acuité qu’il y a quelques années, la raison en est la rapide dégradation des conditions de travail et de salaire de la population et, par voie de conséquence, la part de plus en plus importante que représente le logement dans le budget : 40 % aujourd’hui pour 29 % il y a à peine 15 ans.

5 janvier 2006

Simone CANETTI

Mots-clés :

Imprimer cet article Réagir à cet article