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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 10, juillet-août 2000

La Malbouffe

Mis en ligne le 1er août 2000 Convergences Société

La « malbouffe » est l’un des sujets dont nous devons nous emparer car comme la catastrophe de l’Erika, les OGM, la « vache folle », les poulets à la dioxine... procèdent de la même logique : la course effrénée au profit et son corollaire qui consiste à prendre les êtres vivants et les écosystèmes pour des marchandises. L’évolution de la société ne peut pourtant se concevoir que dans le respect des impératifs sociaux et écologiques, problématique parfaitement étrangères au mode de production capitaliste.

Les OGM

L’opposition aux OGM illustre la convergence nécessaire entre mouvements sociaux et écologie. Elle réunit en effet les paysans du monde entier en lutte pour leur indépendance face aux grandes firmes agrochimiques, et les mouvements écologistes qui réclament la sûreté de l’alimentation et de l’environnement ainsi que le respect de la biodiversité.

En effet, pour les besoins énormes de l’alimentation des animaux destinés à finir en viande dans nos assiettes, on utilise de plus en plus les OGM (70 % des cultures transgéniques lui sont réservées), et on pille les pays du Sud. Ces derniers exportent une partie des protéines végétales qu’ils produisent pour cela. Le système permet aux trusts agroalimentaires de faire des fortunes au détriment des populations auxquelles sont réservées en quantité surabondante des produits de grande consommation bon marché de qualité sanitaire discutable, et des peuples plus ou moins sousnutris des pays peu développés.

Le développement des OGM et le brevetage du vivant visent à concentrer entre les mains de multinationales agro-alimentaires la maitrise des semences utilisées par l’ensemble des paysans de la planête, au Nord, comme au Sud, leur confisquant ainsi définitivement le droit de reproduire librement et sans royalties les variétés végétales de leur choix.

Pour Novartis, premier semencier mondial ou Monsato, le génie génétique n’est qu’un outil pour améliorer des espèces animales ou végétales plus vite et mieux que les patientes évolutions sur des siècles. Or, il y a danger de pollution génétique de l’environnement, aggravé lorsque les plantes transgéniques sont voisines d’espèces sauvages, comme le colza ou la betterave. L’utilisation agronomique de semences transgéniques ne se justifie par ailleurs absolument pas. Il y a actuellement deux autorisations de mise en marché, l’une concerne un gène de résistance à la pyrale du maïs, papillon ravageur qu’on sait très bien combattre autrement, et l’autre un gène de résistance à un herbicide qui vient de passer dans le domaine public, le Roundup. C’est la même firme qui après avoir vendu l’herbicide, va vendre désormais les semences...

La « vache folle »... et le reste

Si la maladie dite de la « vache folle » n’est pas nouvelle (elle avait été décrite il y a plus de 100 ans), son développement récent a pris une dimension plus qu’inquiétante.

Pour rentabiliser les élevages, pour diminuer les coûts de fabrication imposés d’un côté par les trusts agroalimentaires, de l’autre par les circuits de distributions dominés par les hypermarchés (qui se sont construits les plus grandes fortunes de ces 10 dernières années), il faut élever les animaux le plus vite possible, sur une surface restreinte au minimum, en réduisant au maximum le coût de la nourriture. Des industriels ont conçu des farines animales, autrement dit des cadavres, à des prix inférieurs au soja importé des USA et du Brésil. C’est ainsi que des bovins herbivores ont été nourris de cadavres malades. En outre les conditions de production intensives qui concentrent le bétail ont favorisé la dissémination. Les animaux des élevages industriels ne mangent d’ailleurs pas que des cadavres : fientes de poules, boues de stations d’épuration,... Et les règles de liberté du commerce mondial interdisent tout principe de précaution, puisque c’est au pays importateur de prouver la nocivité du produit agricole dont il refuse l’entrée, comme cela s’est passé pour le bœuf aux hormones.

Aujourd’hui les conditions de production sont dictées par les trusts qui encadrent les paysans. Par exemple, la mode consistant à vendre toute l’année des fruits et légumes ayant une forte saisonnalité conduit à des manipulations aberrantes, ou encore le fait de pousser à produire n’importe quoi n’importe où quelles qu’en soient les conséquences.

Le capitalisme « vert » : un non-sens !

Nous nous devons de dénoncer avec vigueur l’hypocrisie des Verts : ils étaient bien au gouvernement lorsqu’en novembre 1997 L. Jospin a autorisé la mise en culture du maïs Novartis, contre l’avis des experts du Comité de la Prévention et de la Précaution. Ils y étaient encore, lorsque le 31 juillet 1998 deux nouveaux maïs transgéniques furent autorisés, ceux de Monsanto et Agrevo. La destruction par Dominique Voynet de 600 hectares de colza transgénique est donc symbolique, d’autant que le mal était fait, puisqu’une partie du colza était en fleur et que la pollution génétique a bien eu lieu. Nous devons défendre une écologie qui s’en prenne aux causes au lieu d’en colmater les dégâts, une écologie de rupture et de revendication, apte à s’imposer aux intérêts financiers.

La Confédération Paysanne joue un rôle actif dans les mobilisations sur ce terrain. Elle a le grand mérite de dépasser le corporatisme paysan pour poser les problèmes de la production agricole par rapport aux besoins de toute la société. Mais nous devons débattre de certaines de ses positions. Elle accepte le principe d’une agriculture duale (des produits de qualité différente à des prix différents). Or, lors de l’affaire des poulets à la dioxine, des membres du gouvernement déclaraient avec emphase que « de toutes façons, il existait des labels sur les poulets et que si on voulait manger de la qualité, il suffisait d’y mettre le prix ». Cette attitude est intolérable : à quoi sert de cultiver « bio » 5 % du territoire si les 95 % restant sont arrosés de pesticides ? Nous ne pouvons pas non plus tolérer le fait que la malbouffe soit le lot des classes les plus défavorisées et que seuls les riches aient le droit à la sécurité alimentaire tout comme au plaisir de bien manger. Nous devons par conséquent exiger de la gauche plurielle qu’elle légifère en matière d’utilisation des intrants agricoles : imposer des quotas sur l’utilisation des pesticides et des engrais, interdire les pesticides les plus toxiques comme le Temik, cause de l’accident de Bhopal en Inde.

Quelle politique agricole ?

L’agriculture est par essence une activité humaine « multifonctionnelle » : elle crée des emplois, concourt à l’alimentation, entretient le paysage... En conséquence de quoi il est normal qu’une part du revenu des agriculteurs soit garanti, et que les coûts soient différentiés selon les conditions de production (plaine ou montagne, par exemple). Toutes ces conditions font que l’activité agricole doit sortir de la sphère marchande réglementée par l’OMC. Comment en effet prétendre mettre sur un pied d’égalité le petit paysan de Casamance et le céréalier beauceron ?

Il faut rompre avec la logique d’une agriculture productiviste d’exportation au Nord comme au Sud. En Europe, la politique agricole communautaire doit être radicalement réorientée pour libérer le monde rural de l’emprise de l’agro-industrie, préserver l’emploi paysan et contribuer positivement à l’aménagement du territoire.

Tant que les trusts agroalimentaires et de la distribution dirigeront les circuits de fabrication et de commercialisation, les agriculteurs ne pourront avoir les moyens de vivre en produisant à une échelle de masse des produits de bonne qualité et les travailleurs, la population dans sa majorité ne consommeront que ce qui est rentable, quels qu’en soient les effets sur l’organisme.

Nous devons pouvoir connaître la composition exacte des produits (OGM, additifs,...) Il faut imposer absolument les principes de précaution, de transparence et de traçabilité : chaque travailleur a le droit de savoir ce qu’il y a dans son assiette.

Le débat écologique traverse actuellement le courant marxiste révolutionnaire. Il faut s’en réjouir et saisir cette opportunité, relire et populariser des auteurs tels que René Dumont ou Murray Bookchin, mener des campagnes avec les écologistes sur la malbouffe, le nucléaire, l’OMC, l’eau, tout en dénonçant le non-sens à vouloir faire un capitalisme vert.

28 juin 2000

Nestor MURBA, Sacha POQUET et Raymond COUTE

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