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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 70, septembre 2010 > DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

La Chine en Afrique : une nouvelle colonisation ?

Mis en ligne le 23 septembre 2010 Convergences Monde

En dix ans, la Chine est devenue le deuxième partenaire commercial, le premier constructeur et le troisième fournisseur d’armes de l’Afrique. Comme la France et les USA, elle s’intéresse surtout au pétrole, minerais (cuivre, bauxite, cobalt, uranium, etc.) et autres matières premières (bois, coton, etc.) qu’elle échange contre des marchandises à bas prix et des infrastructures. Pourtant, les entreprises chinoises semblent aussi vouloir reconstruire l’Afrique. Elles ouvrent des chantiers un peu partout : routes, barrages, logements, hôpitaux, universités, installations portuaires… À l’aide de subventions et du faible coût de la main d’œuvre chinoise qu’ils amènent, les promoteurs chinois arrachent à prix cassés les appels d’offres financés par l’aide internationale. Mais le gouvernement chinois accorde lui aussi aides et prêts à taux zéro qu’il lie à la réalisation des travaux par les entreprises chinoises et propose de rembourser en pétrole ou minerais. L’autre atout chinois : les « packages ». Comme en Guinée, où les groupes occidentaux refusent de raffiner sur place la bauxite, dont est issu l’aluminium, prétextant le manque d’électricité, alors que la Chine propose de construire un barrage, une centrale hydroélectrique, une raffinerie, le chemin de fer qui va avec, le tout financé par Exim Bank of China, qui se rembourse en minerais.

Ce que les élites africaines apprécient avec la Chine, c’est le traitement d’égal à égal. La diplomatie chinoise met en avant la « non-ingérence », qui tranche avec le paternalisme et les discours racistes des anciens colons. Bien sûr, les discours ne suffisent pas et il faut ajouter quelques dessous de tables, banquets offerts gracieusement ou construction ici du palais présidentiel, là de la maison personnelle d’un ministre. Mais même la non-ingérence est à géométrie variable : le président tchadien Idriss Déby a pu constater l’origine chinoise des armes du Front uni pour le changement (FUC), qui l’aurait renversé par deux fois s’il n’y avait eu l’armée française. Le FUC n’a cessé de recevoir des armes que lorsque Déby a rallié Pékin et abandonné sa coopération avec Taïwan (condition sine qua non). Ce type d’ingérence chinoise reste cependant marginal, car la Chine n’a pas les mêmes réseaux, ni la même influence en Afrique que la France ou les États-Unis. L’armée chinoise n’a pas non plus les moyens, techniques et politiques, d’y intervenir directement comme la France en Côte d’Ivoire ou au Tchad. Le seul pays où la Chine pèse est le Soudan, suite aux sanctions contre Omar al-Bachir, qui ont fait partir les entreprises occidentales. Ce rapport de force défavorable ne présage évidemment pas des intentions du gouvernement chinois. Celui-ci a installé trois bases militaires en Afrique (une au Soudan et deux en RDC), il participe à six opérations de casques bleus et à celles contre les pirates somaliens. Il organise des tournées diplomatiques avec annulations de dettes et nouveaux prêts ou encore un forum Chine-Afrique, qui a réuni une cinquantaine de délégations africaines pour la quatrième fois en 2009, à l’image du sommet France-Afrique. Bref, en Afrique, la Chine joue aux grandes puissances.

Mais si, avec ses échanges inégaux, sa corruption et son soutien aux dictatures, la présence chinoise ressemble beaucoup à celle des États-Unis et de la France, elle connaît une dimension particulière avec ces milliers de travailleurs chinois employés sur les chantiers et ces centaines de commerçants et petits patrons venus tenter leur chance. Les premiers sont amenés par les entreprises du BTP pour être plus productifs et moins chers que les travailleurs africains. Enrôlés pour deux ou trois ans sur la promesse d’un salaire meilleur qu’en Chine, ils doivent travailler dix heures par jour, six jours par semaine, avec un mois de congés pour deux ans. Les seconds, avec leurs marchandises bon marché, évincent les produits occidentaux et crispent les commerçants locaux qui les vendent. Mais les consommateurs, eux, sont ravis d’acheter un lave-linge ou un réfrigérateur qu’ils ne pouvaient se payer jusque-là. Quant aux petits patrons, ils ouvrent toutes sortes d’affaires : restaurants, hôtels, usines textile, fonderies, exploitations forestières, etc. À l’image de Y.T. Chu, qui a repris une usine de biscuits, réorganisé la production, mais surtout «  a motivé les 700 ouvriers, qui travaillent désormais en deux équipes de douze heures », explique-t-il. Car dans les petites entreprises chinoises, qui, à la différence du BTP, emploient la main d’œuvre africaine, c’est aussi l’exploitation forcenée avec salaires au rabais, cadences infernales, sans congé ni arrêt maladie. Les cadres chinois pressurisent les travailleurs africains, les traitent de paresseux... et se voient taxés de « robots diaboliques » en retour.

Ainsi, ce qui fait le succès de la Chine, c’est la surexploitation des travailleurs, qu’ils soient chinois ou africains. Mais il arrive que ces travailleurs se révoltent. À Alger, en 2005, des ouvriers chinois ont provoqué des émeutes contre leurs conditions de travail et pour être payés comme promis. Ils ont immédiatement été rapatriés par le gouvernement chinois… En 2008, en Zambie, les mineurs africains d’une exploitation chinoise de cuivre se sont mis en grève pour les salaires. Après le licenciement de 500 d’entre eux, ils ont séquestré leurs cadres (chinois) pendant quelques heures, mais sans succès. Dans ces exemples comme dans bien d’autres, c’est la division des travailleurs entre Chinois et Africains qui a permis aux patrons de réprimer la lutte. Les travailleurs laissent trop souvent le mépris et la rancœur s’installer entre eux... au bénéfice des patrons. L’appel final du Manifeste communiste de Marx est plus que jamais d’actualité !

M.S.

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