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DOSSIER : Capitalisme du XXIe siècle : déjà la faim… bientôt la crise ?

« L’ultralibéralisme », ultra-financé par l’État

Mis en ligne le 1er juillet 2008 Convergences Politique

Comment contenir l’incendie de la crise ? Comment, au-delà, reprendre un peu de contrôle sur le capitalisme financier, dont les convulsions menacent périodiquement l’économie réelle – au point de menacer la vie de centaines de millions d’êtres humains ? Depuis le début de la crise un certain nombre de voix – notamment de gauche – demandent plus d’interventions des États. Mais la sensibilité keynésienne n’est pas la seule à réclamer cela : en fait, tout le monde semble d’accord, des financiers eux-mêmes aux États en question.

« Too big to fail »

La doctrine libérale justifie la loi de la concurrence en invoquant sa justice immanente : si les acteurs sont performants ils gagnent, dans le cas contraire ils assument leurs pertes, et tout se mérite. Mais ce principe n’est respecté que lorsque les pertes sont marginales, ou ne concernent que des acteurs n’ayant pas le poids d’échapper à ces prétendues règles de responsabilité. Pour les capitalistes de première importance, ou lorsque c’est l’ensemble du système qui menace de s’effondrer, les principes font place au chantage du «  Too big to fail  »  ! – trop gros pour tomber. C’est ainsi que la bourgeoisie prend toute la société en otage.

Depuis le début de la crise des subprimes , les États sont donc intervenus de façon massive. En premier lieu ceux des métropoles capitalistes (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, États de l’Union européenne). Via l’action des banques centrales, ils ont injecté depuis août 2007 des centaines de milliards de dollars dans les Bourses de New-York, Londres ou Paris.

Les banques centrales au secours des spéculateurs

Premier levier des banques centrales : les taux directeurs, qui fixent pour la monnaie concernée le niveau du « loyer de l’argent ». Le diminuer rend l’argent plus facile à emprunter, donc favorise l’activité économique, au risque de la surchauffe et de l’inflation. Augmenter le taux a au contraire un effet de frein. Depuis le début de la crise la « Fed » (la Federal Reserve, la banque centrale américaine) a procédé à sept baisses de ses taux, fournissant un loyer diminué de 82 % pour l’argent qu’elle prête aux banques privées. Avec ces taux cadeaux, la Fed a ensuite ouvert grand les vannes du prêt aux établissements financiers en difficulté. Elle aurait ainsi versé en quelques mois 400 milliards de dollars dans le tonneau des danaïdes des spéculateurs malheureux. Alors que les prêts étaient jusqu’alors réservés aux banques commerciales (celles qui gèrent l’argent des particuliers), la Fed a aussi étendu la possibilité de prêt aux banques d’investissement (spécialisées dans la spéculation). La Banque centrale européenne (BCE) a ouvert de son côté un crédit pratiquement illimité aux banques de sa zone économique.

Enfin les banques centrales ont procédé à des rachats directs de portefeuilles, qui se succèdent depuis avril 2008. La Fed a par exemple repris 30 milliards de dollars du portefeuille pourri de la banque Bear Sterns, la rendant ainsi plus comestible pour JP Morgan, qui l’a rachetée immédiatement après. Des banques publiques régionales américaines ont racheté 350 milliards de dollars de crédits subprime aux banques contaminées. Le gouvernement britannique a nationalisé les pertes de Northern Rock par un rachat direct. La banque d’Angleterre a annoncé que les établissements bancaires pourraient se débarrasser de leurs crédits immobiliers auprès d’elle qui, en échange, leur fournira des emprunts d’État. Cette possibilité d’échanger les titres pourris contre des titres garantis par l’État représenterait un coût total d’environ 60 milliards d’euros.

Privatisation des gains, socialisation des pertes

À une époque où les idéologues libéraux dénoncent toujours plus l’intervention étatique, la débauche de moyens publics mis au service des financiers depuis un an et demi montrent que, plus que jamais, ils peuvent compter sur elle lorsqu’ils se retrouvent pris dans les contradictions de leur propre système. Vieille histoire : après l’explosion de la « bulle internet » de 2000-2001, Georges Bush, l’homme des diminutions massives d’impôts et de la « société de propriétaires », s’était tellement activé à mettre les moyens de l’État au service des financiers en détresse qu’il avait réussi à devenir le président le plus interventionniste depuis… Roosevelt, le chef d’orchestre démocrate du New Deal ! Pour relancer l’économie Bush avait fait passer le budget de l’excédent au déficit, avec un transfert de 3 points de PIB.

La réponse de Roosevelt, dite « de gauche », à la crise de 1929 avait été l’exemple par excellence de la mise au service du système financier privé des moyens économiques et politiques d’un État. S’il y a une différence entre les années 1930 et aujourd’hui, c’est finalement dans les délais : de nos jours le pompier étatique intervient beaucoup plus vite. En ce sens les leçons ont été tirées, et il y a bien, comme semblent le souhaiter les anti-libéraux, « plus d’État » pour éponger les dégâts du capitalisme financier… Mais la « puissance publique » fait ce qu’elle est censée faire : se mettre au service du profit privé, remettre d’aplomb le système pour lui permettre (peut-être) de repartir et sévir.

Benoît MARCHAND


« Les fonds souverains », une nouvelle donne ?

La débauche de moyens financiers mis par les Banques centrales au service des groupes financiers privés ne leur a pas suffi. Il faut rappeler que la loi oblige en effet les banques à ne pas prêter au-delà d’un certain multiple de leur capital réel, donc que les pertes dues à la crise ont fait diminuer d’autant leurs capacités de prêt. Une planche de salut pour la recapitalisation a été trouvée avec les « fonds souverains », des fonds d’investissements contrôlés par les États de « puissances émergentes » (Inde, Chine, Corée du Sud…), ou de pétromonarchies : Abu Dhabi, Arabie Saoudite... Des groupes comme Merrill Lynch ou Citigroup aux États-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne, Swiss Re et UBS en Suisse, sans oublier la Société générale française (celle du courtier Jérôme Kerviel et ses ardoises magiques à 5 milliards d’euros) ont fait largement rentrer ces fonds dans leur capital depuis la crise.

Pour ces fonds souverains, le sauvetage de banques aux pertes inestimables, et en tout cas mal estimées par leurs gestionnaires mêmes, représente un risque (qui donne une petite saveur ironique au qualificatif « pour les générations futures » que portent officiellement certains de ces fonds). Mais d’une part, les États qui soutiennent ces fonds ont des raisons similaires à ceux d’Europe ou des USA à ce que le système financier international ne s’effondre pas – eux aussi sont sensibles à la pression du « Too big to fail » ! Et puis, ces fonds sont l’émanation d’États qui n’obéissent pas aux contraintes de rentabilité aveugle des capitalistes privés, et peuvent supporter des pertes temporaires, mêmes lourdes, en échange de bénéfices politiques espérés.

Ces secours d’urgence permettent aussi aux États correspondants de mettre un pied dans le centre de la citadelle boursière mondiale – le cas de la Chine étant le plus emblématique. D’où une certaine inquiétude chez les dirigeants politiques américains et européens, reflétée par la question-réponse d’un journaliste américain : «  Faut-il accepter que les communistes ou les terroristes deviennent propriétaires des banques ? N’importe qui ferait l’affaire, car nous sommes désespérés » . Ou, dans la bouche d’une administratrice de ces fonds : « Ils ne nous aiment pas, mais ils veulent notre argent… »

La crise des subprimes pourrait ainsi contribuer à modifier certains équilibres politiques, sur le plan des rapports de force entre les métropoles impérialistes et les États des puissances émergentes.

B.M.

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