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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 18, novembre-décembre 2001 > DOSSIER : Afghanistan, crimes et méfaits capitalistes

DOSSIER : Afghanistan, crimes et méfaits capitalistes

L’islamisme, rançon de l’effondrement des nationalistes et des staliniens

Mis en ligne le 1er décembre 2001 Convergences Monde

L’écrasante disproportion des forces va sans doute permettre à l’impérialisme américain de venir à bout et peut-être même de liquider les talibans comme les réseaux de Ben Laden en Afghanistan, bien qu’au moment où nous écrivons cela ne soit pas encore absolument certain. Pourtant, ce qui frappe dans la situation actuelle du monde musulman, c’est l’importance prise depuis deux décennies par les courants islamistes - même si on met de côté le fait que les talibans ont toutes les chances d’être remplacés par des forces tout aussi réactionnaires mais probablement encore plus corrompues, partis islamistes officiellement mais seigneurs de la guerre et bandits de grand chemin en fait.

Ben Laden va peut-être disparaître demain. Une bonne partie de ses troupes d’Al Qaida vont peut-être laisser leur vie en Afghanistan. Personne ne semble douter pourtant, et en particulier pas les gouvernants américains, que de nouveaux Ben Laden peuvent surgir demain, entraînant derrière eux de nouveaux « martyrs » prêts à sacrifier leur vie pour l’Islam comme d’autres l’ont déjà fait dans le ciel américain ou en Palestine par exemple.

Les dollars des puissants

Bien sûr, ce qui explique leur importance, c’est d’abord que les mouvements islamistes ont bénéficié de l’appui, et pas seulement moral mais surtout financier, des gouvernements et classes dirigeantes des pays musulmans comme des impérialistes. Talibans, réseaux Ben Laden, GIA ou FIS algérien, Frères musulmans égyptiens, Hezbollah ou Hamas au Moyen-Orient ont pu prospérer grâce aux conseils mais surtout aux dollars des services secrets du Pakistan, de l’Iran ou d’autres Etats de la région, des émirs ou des princes d’Arabie, de la CIA et des trusts pétroliers, toutes ces aides confondues ou entrecroisées. Pour tous ceux-là, tout mouvement capable de recruter, sur les bases les plus obscurantistes, des gens prêts à combattre tout ce qui pouvait apparaître comme communiste, socialiste, progressiste ou simplement laïc, et surtout capable de dévoyer la rébellion des pauvres et des travailleurs était pain béni.

Pourtant si les dollars expliquent le recrutement de mercenaires ou d’hommes de main, ils n’expliquent ni l’enrôlement de militants dévoués jusqu’au sacrifice suprême ni l’enthousiasme de larges masses de pauvres pour cette cause qui fondamentalement n’est pas la leur.

Le désespoir des opprimés

Si, comme l’écrivait Trotsky, le fascisme et le nazisme européens furent la rançon des échecs du mouvement ouvrier révolutionnaire de l’époque, l’islamisme, cette sorte de fascisme actuel des pays musulmans, est la rançon des échecs des mouvements nationalistes de la seconde partie du vingtième siècle.

Les mouvements nationalistes, de toutes nuances, pro-occidentaux ou pro-soviétiques, se prétendant socialistes ou non, démocratiques ou non, qui généralement après avoir mené la lutte pour l’indépendance sont arrivés au pouvoir dans les années cinquante ou soixante, avaient en effet soulevé l’enthousiasme et l’espoir de ces masses pauvres. Trente ans ou quarante ans plus tard, leurs régimes non seulement sont généralement des dictatures corrompues mais ont laissé les masses urbaines comme rurales dans une situation de misère matérielle et morale bien pire. La gauche, stalinienne ou autre, s’est ralliée ou a disparu. Seuls aux yeux de ces masses les islamistes existent et émergent avec un discours radical même s’il est embrumé des fumées de la religion. Il n’est pas étonnant qu’elles se tournent vers eux. Il n’y a qu’eux vers qui se tourner.

Ainsi l’islamisme est-il bien aussi la rançon des trahisons de la bureaucratie russe et du mouvement stalinien qui ont d’abord déconsidéré le drapeau du communisme en appuyant partout des mouvements nationalistes bourgeois, pour finalement enterrer définitivement l’espoir en une société socialiste en ramenant l’URSS dans le giron du capitalisme.

Seul un mouvement révolutionnaire prolétarien pourrait éradiquer le terrorisme à longue échéance, dans les pays musulmans comme ailleurs. Seule sa renaissance, ses combats et ses succès pourront redonner aux opprimés une perspective autre que celle, finalement désespérée, d’aller le plus vite possible au paradis d’Allah. Il peut sembler que de ce point de vue, il soit encore minuit dans le siècle. Pourtant des embryons d’organisations révolutionnaires communistes existent dans la plupart de ces pays. Dans des conditions très difficiles – on imagine le Pakistan ou l’Algérie, pour ne pas parler de l’Afghanistan ou de l’Arabie Saoudite – l’espoir est qu’ils rencontrent puis prennent la tête des combats d’une classe ouvrière qui a partout, du Maroc à l’Indonésie, grandi ces dernières décennies.

20 novembre 2001

Tristan KATZ

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