Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 21, mai-juin 2002

Editorial :

L’extrême gauche, par delà la compétition électorale

Mis en ligne le 12 mai 2002 Convergences Politique

Pas d’accord entre LO et la LCR. L’extrême gauche n’ira donc pas davantage unie aux prochaines législatives qu’elle ne l’était aux dernières présidentielles. Nul doute que bien des électeurs, sympathisants et militants des deux organisations soient déçus. Certes les candidatures concurrentes d’Arlette Laguiller, d’Olivier Besancenot et de Daniel Gluckstein n’ont pas empêché l’extrême gauche de dépasser les 10%, score électoral jamais atteint jusque là. Certains peuvent même trouver là une raison de cultiver leur hostilité systématique à toute tentative d’unité, voire expliquer que c’est parce qu’elle était désunie que l’extrême gauche a connu un succès de cette ampleur.

Le paradoxe, même habilement manié, qui voudrait que nous soyons d’autant plus forts que nous sommes plus divisés ne peut faire longtemps illusion. Marcher séparément peut-être, suivant le vieil adage, puisque subsistent des divergences de toutes sortes, mais pour frapper quand même parfois ensemble et pas, quoiqu’il arrive, chacun de son côté... encore moins l’un sur l’autre comme il semble qu’il y ait tentation grandissante depuis que LO a repoussé sans discuter les propositions de la LCR, au demeurant faites sans beaucoup de conviction.

Une lourde faute

Certes, il ne fait aucun doute que la décision de la LCR d’appeler à « voter contre Le Pen », c’est-à-dire d’appeler à voter Chirac est une lourde faute. En elle-même. Quelle confiance les travailleurs pourraient-ils faire à une extrême gauche qui ne trouve rien de mieux que de faire appel à la droite sous le prétexte de les protéger de l’extrême droite ? Qui du coup démontre qu’elle n’a confiance ni dans le monde du travail ni en elle-même ?

Mais une faute surtout par le tournant qu’elle pourrait annoncer. La LCR semblait être revenue des tentations de se laisser aller à une dérive qui lui fit pourtant bien du mal il y a quelques années. La campagne de son candidat aux présidentielles s’en était soigneusement gardée. Et voilà que l’on peut à nouveau craindre qu’elle revienne à ses vieux démons : la recherche d’une alliance avec la gauche gouvernementale ou à tout le moins avec la nébuleuse qui entoure cette gauche mais qui ne vaut pas mieux.

Au moment où nombre de travailleurs montrent qu’ils ont pris la mesure de la droite comme de la gauche et les rejettent toutes deux, au moment où le danger grandit de voir une partie de ces travailleurs se tourner vers l’extrême droite faute d’une autre alternative crédible, au moment donc où il est vital pour l’extrême gauche de s’affirmer comme une force politique indépendante, LO était bien fondée à demander des comptes. Si à la moindre pression la LCR peut aller jusqu’à apporter son soutien à la droite, à quelle compromission est-elle donc prête avec la gauche ? La question n’était pas seulement légitime. Elle était indispensable. De la réponse d’ailleurs que la LCR va y apporter maintenant dans les faits dépend, plus encore que l’avenir des relations entre LO et la LCR, l’avenir de la LCR elle-même : partie intégrante de la construction d’une force politique révolutionnaire dans ce pays, quelles que soient les péripéties à venir de cette construction, ou appendice de gauche à la gauche ?

Un grand désintérêt

L’ennui c’est que cette question, notre organisation ne l’a pas posée. Sous prétexte d’en connaître d’avance la réponse, comme elle croyait d’avance connaître la réponse à la question de savoir quelle sorte de campagne allait faire Olivier Besancenot. Sans plus tenir compte qu’en l’occurrence elle s’est trompée : le candidat de la LCR n’avait pas cédé aux pressions de la gauche, avait défendu un programme finalement bien semblable à celui défendu par Arlette Laguiller et sur cette base avait trouvé à son tour l’oreille d’une partie des travailleurs, comme l’ont montré leurs résultats respectifs.

En d’autre termes, LO s’est refusée a priori à envisager un accord. Le vote Chirac, répréhensible, n’a été qu’un prétexte puisqu’elle n’avait fait aucune proposition avant la décision de la LCR, contrairement à ce que lui proposait la Fraction. Par esprit de chapelle ? Par calcul : en s’imaginant que le prestige de la LCR terni auprès de ceux qui n’mnt pas cédé à la pression et pas voté Chirac, ou voté Chirac à contrecœur, risque de valoir à celle-là des déboires aux législatives ? Peu importe ! LO avait l’occasion de s’adresser à tous ceux, y compris beaucoup de militants de la LCR, qui soit n’ont pas accepté l’attitude de celle-ci au second tour, soit craignent de la voir dériver encore à droite. En ne le faisant pas, elle les conforte dans l’impression qu’elle se désintéresse de leurs combats comme de leurs problèmes, voire les méprise. Drôle de manière d’aider à faire apparaître et construire une force politique d’extrême gauche significative qui pourrait être une étape vers le parti révolutionnaire d’envergure que notre organisation se donne pour objectif !

Et pourtant une forte nécessité

Dans de nombreuses circonscriptions il y aura donc des candidats LCR et LO, et peut-être PT, en concurrence. Il ne reste plus qu’à espérer que, malgré l’énorme battage de la soi-disant lutte anti-Le Pen visant à ramener les électeurs à la droite ou à la gauche, une partie d’entre eux n’ait pas été dupe et portera à nouveau ses suffrages sur les candidats d’extrême gauche, malgré leur division, comme elle l’avait fait aux présidentielles. Qu’à nouveau au soir du 9 juin il apparaisse qu’il existe une force politique d’extrême gauche, même sous cette forme un peu confuse, est de l’intérêt de tout le mouvement communiste révolutionnaire.

Pour l’avenir. Car la concurrence devant les électeurs sera de peu de conséquence si sur le terrain de la lutte de classe l’extrême gauche sait au contraire s’unir autour d’un programme de défense des travailleurs, d’un programme qui donne des objectifs à la contre-offensive ouvrière. Le programme que finalement la LCR et LO, et même le PT, ont plus ou moins décliné chacun de leur côté et chacun à sa manière durant la campagne des présidentielles.

A peine né le nouveau gouvernement nommé par Chirac a déjà listé les attaques qu’il entend mener contre les couches populaires et les travailleurs dans les mois qui viennent : des mesures sécuritaires aux cadeaux au patronat, en passant par « l’aménagement » du temps de travail et sans oublier les retraites. Le vrai critère qui permettra de juger l’extrême gauche comme chacune de ses composantes sera sa capacité à contribuer à organiser la défense et la contre-attaque du monde du travail, et à les proposer au mouvement ouvrier tout entier. C’est alors qu’il sera crucial que la LCR ne se laisse pas engluer dans la gauche et que LO n’aie pas peur de proposer l’intervention commune.

11 mai 2002

Mots-clés : | |

Imprimer cet article Réagir à cet article