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DOSSIER : Salaires : la contre-offensive s’impose, 300 euros pour tous

Juin 36, mai 68 : quand les travailleurs faisaient décoller leurs salaires

Mis en ligne le 18 janvier 2005 Convergences Politique

A deux occasions au moins en France, la classe ouvrière a réussi à se mobiliser et imposer des augmentations de salaires massives.

1936

Après la victoire électorale du front populaire en mai 1936, une puissante vague de grèves balaye le pays se généralisant comme une traînée de poudre. 2,4 millions de travailleurs occupent les entreprises. La grève, démarrée dans l’industrie, entraîne toutes les catégories du monde du travail, y compris dans le commerce et les petites entreprises. Le gouvernement que vient de former le socialiste Léon Blum, appuyé par une coalition PC-PS-Parti radical, est pris au dépourvu.

C’est le patronat qui prend l’initiative d’une négociation. Le 7 juin, il signe les accords de Matignon avec les représentants de la CGT : ils instituent des délégués d’atelier (ancêtres des actuels DP), et dans l’immédiat une majoration des salaires de 12 % en moyenne, avec une hausse plus forte pour les bas salaires. Puis, toujours pour obtenir la reprise du travail, le gouvernement fait voter trois lois, les 11 et 12 juin, qui instaurent les congés payés, la semaine de 40 heures, et les conventions collectives obligatoires. La conjonction de celles-ci et des accords de Matignon se traduit par une augmentation moyenne des salaires de 20%.

Au total, devant la grève générale et par peur de la révolution sociale, les patrons auront accepté en quelques jours une hausse massive du coût de l’heure de travail : + 20 % avec les accords et les conventions, + 4 % avec les con¬gés payés (2 semaines pour 50 semaines de travail), + 2 % avec la majoration des cotisations pour les assurances sociales et les allocations familiales, et encore + 20 % en moyenne avec la majoration du salaire horaire compensant la réduction de la durée du travail, sans compter que les heures supplémentaires sont majorées de 25 %.

1968

Une nouvelle grève générale survient en mai 1968, avec 6 à 7,5 millions de salariés mobilisés. Là encore, le mouvement fait rapidement tâche d’huile, dans un climat de ras-le-bol accumulé, et d’ébranlement du pouvoir politique suite à la révolte étudiante. La grève démarre le 14 à Sud-Aviation (Nantes), pour s’étendre à toute l’aéronautique dans les jours suivants, puis chez Renault, le 15 à Cléon, le 16 à Billancourt, à Flins et au Mans, le 17 à l’ORTF, le 18 au Métro et à la SNCF, le 22 dans l’essentiel de la fonction publique...

Au ministère du Travail, rue de Grenelle, patrons et dirigeants syndicaux débouchent sur ce qu’ils appellent un « constat », le 27 : le SMIG est porté de 2,22 F à 3 F par heure, et le patronat promet une augmentation des salaires de 7 % en juin et de 3 % en octobre, quelques améliorations concernant retraites et durée du travail, ainsi que des droits supplémentaires pour les appareils syndicaux. Le patronat recule, mais cède peu, et de nombreux travailleurs refusent la reprise du travail proposée par les syndicats. Cependant, le mouvement est loin d’être aussi profond et déterminé qu’en 36. Entreprise par entreprise, les syndicats, et au premier chef la CGT, font reprendre le travail. Les avantages obtenus par les grévistes sont donc différents, selon les rapports de force locaux : l’EGF, la RATP et la SNCF ont obtenu des augmentations de salaires de 14 à 21 %, Renault de 10 à 14 % et une heure de travail de moins par semaine. Finalement, en janvier 1969, les salaires auront tout de même en moyenne progressé de 13 %. Et dans les années qui suivent les travailleurs, par des grèves nombreuses, continuent d’arracher des concessions amenant la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises de 64 % à 68 % entre 1972 et 1978.

Se prémunir contre la revanche

Certes, aussi bien après 36 que 68, les patrons, bénéficiant à chaque fois de l’appui ou de la bienveillance des gouvernements de gauche ou de droite, ont cherché à reprendre les concessions qui leur avaient été imposées. Ne serait-ce qu’en répercutant sur le prix de leurs marchandises les augmentations consenties à leurs salariés. Dès l’été 1938, le pouvoir d’achat hebdomadaire du salaire ouvrier était pratiquement retombé à son niveau de mai 1936 ; l’inflation passait de 6 % par an en 1969/1970 à 15 % en 1974.

Que les capitalistes aient pris leur revanche ne détruit pourtant pas les démonstrations faites qu’une mobilisation générale des travailleurs peut imposer de considérables augmentations salariales. Tout au plus elle souligne qu’il ne sera pas suffisant pour les travailleurs de se mobiliser massivement ponctuellement mais aussi nécessaire de s’organiser durablement pour contrôler les comptes, l’activité et la vie de leurs entreprises. En un mot que, même simplement pour protéger nos salaires, il sera nécessaire de ne pas laisser à la bourgeoisie ou à ses représentants de gauche comme de droite ni les commandes de la politique, ni celles de l’économie.

Bernard RUDELLI

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