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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 45, mai-juin 2006

Israël : le triomphe du nationalisme et racisme anti-arabe ?

Mis en ligne le 25 avril 2006 Convergences Monde

Les élections législatives qui se sont déroulées fin mars en Israël ont marqué, une fois encore, l’emprise des sentiments racistes et nationalistes au sein de la population juive.

Du parti Kadima fondé par Sharon aux russophones d’Avigdor Lieberman en passant par le Likoud et les différentes formations ultra-religieuses, la droite et l’extrême droite totalisent 85 sièges sur 120. Quant à la gauche, elle est réduite à la portion congrue avec 25 sièges, dont 20 aux travaillistes d’Amir Peretz et 5 aux « pacifistes » du Meretz, ces derniers très actifs dans le mouvement « La paix maintenant » [1]. Encore faut-il préciser que la gauche en question partage largement avec le premier ministre actuel et leader de Kadima, Ehud Olmert, la même conception de rejet et de mépris de la population palestinienne.

À droite tous

Les quelques positions pacifistes prises par Peretz au début de la campagne électorale ont rapidement disparu de son programme et il s’est finalement rallié peu ou prou aux idées sécuritaires d’Olmert, approuvant l’achèvement du « Mur de séparation » d’avec les Palestiniens et applaudissant aux différents raids de l’armée israélienne en Cisjordanie dans les jours qui ont précédé les élections, notamment celui contre la prison de Jéricho.

Quant au Meretz, dont un des leaders Yossi Belin avait signé en 2002 avec le responsable de l’OLP Yasser Abbed Rabo « l’accord de Genève » qui se voulait la base d’une paix possible entre Israéliens et Palestiniens, il a d’ores et déjà fait savoir qu’il était prêt à participer à un gouvernement de coalition autour de Kadima et des travaillistes.

Or Olmert a été on ne peut plus clair. Un futur gouvernement de coalition qu’il dirigera aura pour tâche essentielle de terminer le « Mur de séparation » qui servira de frontière définitive à l’État d’Israël, d’annexer Jérusalem-Est en évacuant si besoin par la force la majorité de ses habitants arabes, d’abandonner quelques colonies « sauvages » tout en renforçant les principaux blocs de colonisation en Cisjordanie, de couper cette dernière de la Jordanie en maintenant une zone militaire sous contrôle israélien le long du Jourdain, etc.

En fait tout ce que le Meretz pourrait obtenir de ses futurs partenaires au sein du cabinet (si ces derniers acceptent qu’il en fasse partie, ce qui n’est pas gagné ) ce sont quelques modifications de détail du tracé du « Mur », voire quelques marchandages sur le nombre de colonies à évacuer. Sur le reste, comme elle le fait toujours depuis plusieurs décennies, la gauche sioniste s’alignera sur la droite, sans remords et sans état d’âme.

La gangrène du sionisme

Quant à la population juive israélienne - y compris ses couches les plus opprimées et les plus exploitées que Peretz avait voulu séduire un temps en proposant quelques mesures sociales sur lesquelles il a rapidement mis une sourdine - elle approuve passivement une telle politique anti-arabe qui cadre largement avec ses propres préjugés.

Les raisons en sont sans doute multiples. La crise économique touche de plein fouet un grand nombre d’Israéliens, notamment les Juifs orientaux (en général originaires des pays arabes) qui constituent toujours une des parties les plus pauvres de la population. Ces derniers trouvent quelque maigre consolation à tourner leur colère et leur frustration contre ceux qui sont encore plus pauvres, plus méprisés et plus opprimés qu’eux, c’est à dire les Arabes, que ces derniers soient citoyens israéliens ou palestiniens.

De plus les attentats meurtriers et stupides menés contre la population civile israélienne par les groupes terroristes palestiniens n’ont fait que renforcer le sentiment de nombre d’Israéliens que la politique du bâton mise en œuvre par Sharon puis par Olmert était la seule possible.

Mais il y a aussi une explication plus profonde et plus fondamentale.

Il a fallu presque un siècle pour que le terme de « peuple palestinien » fasse son apparition dans le vocabulaire de la classe politique sioniste, grâce notamment à la lutte héroïque menée par les Palestiniens contre l’oppression et pour la défense de leurs droits nationaux.

Une nouvelle version de ce mythe - réactualisée au goût du jour - a été lancée en 2000 par le dirigeant travailliste Ehoud Barak après l’échec des entretiens de Camp David. On ne niait plus la réalité du peuple palestinien mais on avançait l’idée que toute négociation avec lui était impossible puisqu’il n’y avait aucun interlocuteur légitime dans ses rangs, légitime signifiant dans ce contexte prêt à accepter toutes les exigences israéliennes.

Yasser Arafat devait d’abord faire les frais de cette politique que les successeurs de Sharon poursuivent aujourd’hui à l’égard du gouvernent du Hamas... avec le soutien de la gauche sioniste, des États-Unis et de l’Union européenne qui vient à son tour de décider de couper ses subventions à l’Autorité palestinienne qui comme on le sait est une bien plus grande menace pour Israël que celui-ci pour les Palestiniens...

Il s’agit là d’un simple prétexte pour appuyer la politique de refus de négocier avec les Palestiniens et permettre ainsi de ne pas tenir compte de leurs droits nationaux, fouler aux pieds leurs aspirations légitimes et s’approprier les parties les plus riches de leur territoire, voire transformer le reste en zones d’occupation permanente ou en bantoustans comme ceux qui existaient en Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.

Seule la lutte des Palestiniens

Tout le mouvement sioniste - droite et gauche confondus - a, dès son origine, dénié tout droit, voire toute existence nationale, aux Palestiniens. Des le début du XXe siècle les sionistes mettaient en avant l’idée que la Palestine était « une terre sans peuple » qui convenait donc parfaitement à « un peuple sans terre » (les Juifs). Ce mythe a été inculqué à des générations d’Israéliens qui voyaient dans les Palestiniens au mieux des voisins encombrants dont il faudrait se débarrasser à la première occasion, au pire des ennemis sanguinaires, mais en aucun cas un peuple auquel il fallait tendre la main. Cette atmosphère délétère imprègne plus que jamais l’ensemble de la société israélienne.

En ne s’opposant pas aujourd’hui à cette politique criminelle - voire en l’approuvant - les prolétaires israéliens se préparent des lendemains difficiles. Car non seulement elle rend impossible toute coexistence (sans même parler de coopération) avec les Palestiniens mais, partant, elle renvoie aux calendes grecques toute paix véritable et durable.

Le 26 mars, deux jours avant les élections, dans le quotidien israélien Haaretz, le journaliste Gidéon Lévy

T [2] dénonçait courageusement le racisme latent et rappelait un sondage qui avait montré que 68% des Juifs israéliens étaient hostiles au fait d’avoir un Arabe pour voisin. Constat bien pessimiste en effet. Sauf à se rappeler que des situations tout aussi désespérantes ont déjà pu être retournées. Quand les opprimés et méprisés (Noirs en Afrique du Sud, Algériens il y a un demi siècle) ont imposé par leur lutte le respect de leur dignité et de leurs droits à un autre peuple (Blancs sud-africains, Français) qui ne comptait pourtant dans ses rangs qu’une bien petite minorité prête à les accepter comme voisins et égaux (et alors probablement pas même 32 %). Et comme, de toute évidence et heureusement, les Palestiniens ne sont pas près de cesser le combat, c’est la petite minorité israélienne qui n’accepte pas les injustices ni de son État ni de ses compatriotes qui porte un avenir pour les habitants de cette région du monde, en premier lieu pour les Juifs israéliens eux-mêmes.

22 avril 2006

Léo STERN


[1Trois listes de la minorité arabe se sont partagé les 10 sièges restant, 4 revenant à celle proche du PC, 3 à des nationalistes laïques et 3 à des islamistes.

[2raduit de l’hébreu par Michel Ghys, il a été reproduit pour la première fois en français dans le bulletin du mois de mars (n° 12) de la Coordination des Appels pour une paix juste au Proche-Orient (Capjpo, site : www.europalestine.com).

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