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Irak : Une guerre sans fin pour le pétrole et le prestige de l’Amérique

27 septembre 2007

Deux des évènements récents résument le bourbier dans lequel se sont enlisés les Etats-Unis en Irak : la fusillade, dimanche 10 septembre, déclenchée par les mercenaires d’une société privée américaine, qui a fait une dizaine de morts en plein Bagdad, et l’assassinat, le 13 septembre dernier, d’un chef de clan sunnite, allié des USA.

Mercenaires omnipotents et gouvernement fantoche

Blackwater, la société privée responsable de la fusillade, est l’une des plus grosses sociétés américaines de ce type : 10 000 baroudeurs à son service, des bateaux, des hélicoptères, des véhicules blindés… En Irak son contingent est d’un millier d’hommes, « service » qui a déjà rapporté à la firme près de 600 millions d’euros. 30 000 à 50 000 mercenaires opèrent ainsi aux côtés de l’armée américaine, appartenant à une centaine de telles sociétés.

Ils n’en sont pas à leurs premiers crimes. Cette fois, le gouvernement irakien s’est senti tenu de faire acte d’autorité en annonçant l’interdiction pour Blackwater d’exercer sur son sol… mais devra se contenter de simples excuses et n’aura fait que montrer son impuissance.

Pourtant lorsque fut formé ce gouvernement en mai 2006, sous l’égide du notable chiite Al Maliki, après une parodie d’élections et six mois de tractations, les USA prétendaient avoir enfin trouvé le gouvernement de coalition nationale auquel ils pourraient passer le relais. Bush parlait alors d’un progressif retrait des troupes.

L’Irak de demain, version Bush

En janvier 2007, en guise de retrait, Bush annonçait l’envoi d’un renfort de 30 000 hommes. Quant à la coalition gouvernementale, elle s’est réduite comme peau de chagrin. Mais les USA jouaient déjà d’autres cartes, toutes aussi véreuses.

Le Cheikh Abou Richa tué le 13 septembre était l’une d’elle. Chef de clan sunnite de la province d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad, il s’était rallié aux USA fin 2006, armé et financé par Washington. Sans compter les petits pourboires : 75 millions de dollars de contrats pour l’entreprise de bâtiment qu’il possède. C’est dans cette province que Bush s’est rendu, début septembre, pour se faire photographier à côté de cet ancien rebelle. « Quand vous vous trouvez sur ce sol, dans l’Anbar, et écoutez ce que disent les gens d’ici, vous pouvez voir à quoi pourra ressembler l’Irak de demain », déclarait-il. L’assassinat de ce nouvel allié tombe mal.

Un retrait des troupes... pour la saint glinglin

Pour justifier la poursuite de la guerre, l’administration américaine invoque le chaos que laisserait le départ de ses troupes. Comme si ce n’était pas l’occupation américaine qui l’avait pour l’essentiel déclenchée et qui l’entretenait, notamment en finançant des milices comme celle d’Abou Richa.

Mais un recul des USA en Irak mettrait à mal l’autorité américaine. Il encouragerait, ajoute Bush, l’Iran à soutenir le terrorisme et à faire « planer la menace d’un holocauste nucléaire ». Notre « French doctor Folamour » (comme le Canard Enchaîné a surnommé Bernard Kouchner) traduit qu’il faudrait menacer l’Iran de guerre !

Alors l’annonce récente du retrait de quelques troupes, par Bush, pourrait avoir le sort de celle de 2006. De toute façon, il ne s’agirait que du retrait des récents renforts pour… la fin de l’été 2008. Avant que Bush ne passe, après l’élection présidentielle de novembre 2008, le relais de la guerre d’Irak à son successeur.

Des démocrates prêts à prendre la relève ?

S’ils gagnent cette présidentielle, les démocrates ne s’engagent pas plus à en finir avec la guerre. Au Congrès où ils sont depuis un an majoritaires, ils se sont bien gardés de bloquer le budget de guerre, sous prétexte de n’être pas « accusés d’abandonner les troupes ». Et entre les deux principaux candidats à l’investiture démocrate, la polémique vole bas.

Le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, critique les démocrates « Bush light » et rappelle que lui, manifestait dès 2002 contre la guerre d’Irak quand d’autres votaient pour. Notamment sa rivale Hillary Clinton. Celle-ci le traite en retour de naïf irresponsable. Mais si Obama promet de rapatrier les troupes, c’est en ajoutant qu’il en conserverait assez sur place pour assurer la surveillance anti-terroriste et l’entraînement des forces irakiennes (les tâches que Bush assigne à son armada). Et cela lui permettrait, dit-il, d’envoyer quelques brigades de plus en Afghanistan ou d’intervenir au Pakistan pour y faire la chasse à Al Quaida si le président pakistanais ne le fait pas.

On comprend que les critiques contre les politiciens démocrates aient fusé parmi les participants à la manifestation anti-guerre qui a rassemblé des milliers de personnes à Washington samedi 15 septembre. Des soldats eux-mêmes protestent ou désertent. C’est la montée des protestations contre cette sale guerre qui pourra imposer le retrait des troupes.

Olivier BELIN

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