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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 66, novembre-décembre 2009

Hôpital de Besançon : Diminuer la journée de travail, mais pas la durée annuelle… pour supprimer des emplois

Mis en ligne le 30 novembre 2009 Convergences Entreprises

Au mois de juin dernier, la direction avait annoncé les réorganisations qu’elle comptait appliquer à partir du 1er septembre. Elle voulait, sans toucher à la durée de travail annuelle, imposer des journées de travail de 7 h 30 au lieu de 8h, ce qui aboutirait à supprimer jusqu’à 12,5 jours de repos pour certains, et diminuer le recours aux contractuels, donc supprimer du personnel. En même temps, elle revient sur l’attribution des temps partiels à 80 % et veut fermer la crèche de l’hôpital trois semaines pendant l’été et une semaine en fin d’année.

Le 26 juin, le directeur général comptait proposer ces mesures aux représentants du personnel pendant le CTE (Comité technique d’établissement qui réunit représentants de la direction et du personnel). Hélas pour lui, il s’était retrouvé devant environ 700 agents, bien déterminés à lui dire qu’ils ne voulaient pas de sa réorganisation. Le CTE n’avait pas pu se tenir et le directeur et son équipe avaient fui par une porte dérobée pour éviter de s’expliquer.

« Faire en 7 heures 36 ce que nous n’arrivons pas à faire en 8 heures »

Suite à quoi la CFDT et l’UNSA avaient annoncé qu’elles iraient faire des propositions pour « que nous ne perdions pas tout ». Et au CTE suivant, alors que les délégués de la CGT, FO et Sud quittaient la réunion après avoir voté contre les propositions de la direction, ceux de la CFDT et de l’UNSA proposaient que les journées de travail soient portées à 7 h 36, et ainsi « sauver » trois repos. Devant une contre-proposition d’une telle teneur, la direction avait décidé qu’il lui fallait prendre l’été pour l’étudier.

Le milieu le plus combatif était très remonté. Mais c’était la période de vacances et la colère de la majorité du personnel contre les deux organisations syndicales qui avaient proposé de négocier de telles broutilles était difficile à évaluer. Y compris sans doute par la direction qui, fin septembre, refaisait les mêmes propositions... à ceci près que la journée de travail était portée à 7 h 36, ce qui entraîne tout de même une perte de 9,5 jours de repos pour certains.

Le jour du CTE, le 16 octobre, l’ensemble des syndicats appelaient à une grève contre cette réorganisation, y compris la CFDT et l’UNSA. Visiblement les deux organisations sentaient que leur base n’apprécierait pas qu’elles signent un tel recul sur les conditions de travail.

Il y avait environ 200 présents pour demander des comptes. Le directeur a fini par reconnaître qu’il entendait limiter, voire supprimer le recours aux contractuels. Et dans la même phrase, il nous a expliqué qu’au moment de la mise en place des 35 h, il n’y avait pas assez de personnel pour faire face à la réduction du temps de travail, que l’activité ne cesse d’augmenter régulièrement chaque année… mais qu’il allait encore supprimer des emplois ! Il compte imposer ses réorganisations à partir du 1er janvier prochain pour « respecter la réglementation et répondre aux besoins des services et des usagers ».

La réaction est quasi unanime : on veut nous imposer de faire en 7 h 36 ce que nous n’arrivons pas à faire en 8 h : donc des relèves entre les équipes ridiculement courtes (15 minutes pour 30 patients entre les équipes de nuit et celles du matin) ? La suppression des contractuels ? Comment allons-nous pouvoir faire correctement notre travail, alors que l’activité des unités ne fait qu’augmenter ?

La conscience professionnelle et humaine de la direction est loin d’être à la hauteur de celle du personnel soignant. Au Conseil d’administration suivant, le 20 octobre, le directeur général a affirmé que le CHU allait devoir faire 15 millions d’euros d’économies par an pendant de nombreuses années pour faire face au déficit principalement engendré par les travaux du nouveau bâtiment. Ce qui veut dire que l’ARH (Agence régionale hospitalière), ou l’ARS (Agence régionale de santé) qui va lui succéder, va imposer encore de nouvelles mesures d’austérité.

Tous ne sont pas (encore) morts, mais tous sont touchés

Cette situation n’est pas particulière à Besançon, elle touche tous les hôpitaux du pays. Dans la quasi totalité les accords RTT basés sur des journées de huit heures sont dénoncés par les directions qui imposent des roulements de 7h30, 7h ou 12h. L’intérêt, pour l’administration, c’est de n’avoir plus besoin de rendre des RTT (ou d’en rendre moins) sans avoir à modifier le volume d’heures annuel. Cela se traduit par moins de jours de récupération, donc moins de besoin de remplaçants, donc des suppressions de contractuels et le non remplacement de départs en retraite.

D’ici à 2012, l’Assistance publique de Paris va supprimer 4 500 emplois dont 500 médecins. Le Professeur Pierre Coriat, le chef des médecins de l’APHP (Assistance Publique, Hôpitaux de Paris) menace de démissionner si le plan de suppression de 1 150 postes pour 2010 n’est pas revu. Pour lui, de pareilles coupes, « nuiraient à la qualité des soins ». Le directeur des Hospices civils de Lyon explique que pour rétablir l’équilibre financier, il faudra vendre de l’immobilier, diviser par quatre les investissements, rationaliser la logistique et ne plus remplacer qu’un départ sur quatre pour les administratifs, deux sur quatre chez les médicaux-techniques et trois sur quatre chez les soignants.

Entre-temps, la Générale de santé [1], premier groupe de cliniques privées en France, se félicite d’avoir investi 220 millions d’euros en 2008 et autant pour 2009 et d’avoir recruté 450 médecins pendant les 18 derniers mois.

Destruction du service public et accroissement du secteur privé et de ses bénéfices, cette spirale infernale voulue et orchestrée par le gouvernement ne s’arrêtera que lorsque les travailleurs hospitaliers engageront une lutte d’ensemble et résolue à l’échelle nationale. Cette lutte, les directions syndicales se refusent à l’organiser malgré la colère générale des personnels, ce sera donc à la base de le faire.

Le 18 novembre 2009

Anne FONTAINE


[1Premier groupe de cliniques privées en France créé en 1987 par la Compagnie générale des eaux. Aujourd’hui elle représente 21 500 salariés dont 7000 infirmières et affichait un chiffre d’affaire de 1,98 milliards d’euros en 2008.

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