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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 110, janvier 2017 > Dans les entreprises

Dans les entreprises

MC Syncro

Grève pour l’embauche des intérimaires et l’augmentation des salaires

Mis en ligne le 26 janvier 2017 Convergences Entreprises

Le 5 décembre, chez MC Syncro à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, entreprise située juste à côté du site de PSA Poissy, 16 salariés en CDI et 6 intérimaires, en tout 22 ouvriers sur 27 à la production, ont démarré une grève. Ils revendiquent l’embauche de tous les intérimaires, une augmentation de 200 € mensuels et 1 000 € de prime annuelle.

MC Syncro n’est pas une pauvre petite entreprise sous-traitante sans ressources, mais un rapace à la conquête du marché mondial, une filiale du groupe équipementier automobile Eurofit, joint-venture fondée en 1996 entre Michelin et Continental (MC), qui se vante d’employer des milliers de salariés dans une vingtaine de localités et sur quatre continents.

Cette entreprise est l’unique fournisseur de roues de PSA Poissy. Elle a comme seule activité d’en monter et livrer environ 4 500 par jour. L’usine d’assemblage de PSA Poissy avec ses plus de 5 000 salariés fonctionne en flux tendu, il n’y a quasiment pas de stocks, et à peine pour trois jours à MC Syncro. Si ce sous-traitant est en retard de quelques heures dans ses livraisons, l’usine de PSA s’arrête. L’enjeu de briser cette grève est donc de taille pour les constructeurs, sous-traitants et boîtes d’intérim.

Des intérimaires en grève pour leur embauche !

L’événement est assez rare pour être remarqué : des intérimaires sont en grève, depuis décembre. Ils viennent tous d’Alliance ou d’Adecco. Dès l’annonce de la grève, des cadres d’Alliance sont venus sur place mettre illégalement fin aux missions des grévistes pour MC Syncro, en proposant à certains d’autres missions le jour même… à PSA Poissy et à Renault Flins ! Peine perdue, les intérimaires les ont envoyés paître.

Dès le début du conflit, la direction de MC Syncro a fait venir des cadres des autres sites, de Rennes, de Valenciennes et de Moselle pour remplacer les grévistes. « Ils sont à trois, sur un poste que chacun d’entre nous est obligé de tenir seul… Si on reprend le boulot, on saura quoi revendiquer ! », dit un gréviste. Petite victoire des grévistes : ceux des ouvriers qui ne sont pas en grève refusent désormais les heures supplémentaires réclamées par la direction pour briser la grève.

Le recours massif aux « travailleurs détachés »

Comme les chefs, comptables, informaticiens et autres – y compris le directeur du site obligé de retourner sur chaîne pour l’occasion ! – ont du mal à faire le travail des ouvriers, la direction a recruté illégalement des intérimaires et fait venir des travailleurs de MC Syncro (et du groupe Eurofit) de Belgique, de Tchéquie, d’Allemagne, d’Espagne, de Hongrie… Un gréviste ironise en montrant son usine : « C’est l’Euro 2017 là-dedans ! ». Les grévistes ont rédigé des tracts en plusieurs langues pour leur expliquer la situation.

Mardi 3 janvier, des salariés hongrois sont arrivés vers midi devant les portes de l’usine. Les grévistes ont accouru pour leur parler. Dans un anglais approximatif (de part et d’autre), les salariés hongrois ont expliqué qu’ils arrivaient à peine de l’aéroport, qu’ils venaient d’un site MC Syncro de Hongrie. Ils étaient en congé et la direction a envoyé un mail à leur hiérarchie pour une mission en France, avec les billets d’avion ! « Combien serez-vous payé pour cette mission ? » demande un gréviste. « On n’en sait rien », répond un des ouvriers hongrois, « mais on est sûr que ce sera beaucoup plus que chez nous !  ». Et pour cause : alors qu’à MC Syncro le salaire d’un ouvrier français en CDI est de 1 486 € bruts, celui d’un salarié hongrois est de 300 à 400 € nets par mois, nous disent-ils, pour 160 heures dans le mois… Les grévistes montrent leur tract en anglais, les ouvriers hongrois hochent la tête en souriant : « Ce n’est pas contre vous », dit un gréviste, « bienvenue en France ! ». Les grévistes sont contents d’avoir pu leur parler avant la direction, « Ce sera plus difficile de leur reparler ensuite », dit l’un d’eux.

Tous ces « renforts » ne suffiront pas pour tenir les cadences, chaque jour les autres sites de MC Syncro France et autres filiales du groupe Eurofit (à Hambach en Moselle, notamment) aident à la préparation des roues pour PSA Poissy : des milliers de roues qui circulent en camion et parcourent des milliers de kilomètres pour assurer l’alimentation du site de Poissy !

Malgré l’énorme surcoût pour le patron – qui dit que la grève lui coûte 15 000 € par jour –, il ne cède pas. Une victoire des grévistes serait un encouragement pour l’ensemble travailleurs des autres sous-traitants et pour les salariés de PSA.

Une grève qui pointe la gangrène de la précarité

Tout le secteur automobile en est infesté. Elle alimente une forte division entre les travailleurs. Par exemple à PSA Poissy, sur chaîne en équipe de nuit, la majorité des ouvriers vient des boîtes d’intérim. À Renault Flins, dans le même département, il y a 84 % d’intérimaires au Montage (plus de 50 % d’intérimaires en production). À Renault Cléon en Normandie, sur chaîne, le taux d’intérimaires monte parfois à 90 %, et cela s’aggrave d’année en année. Les intérimaires occupent les postes les plus durs, ont régulièrement des problèmes de fiche de paie. Mais ils ne se laissent pas faire : à Renault Flins, en novembre 2015, 350 intérimaires avaient débrayé sur des problèmes de salaires, du jamais vu à l’époque. Tout récemment Adecco à PSA Poissy s’étant permis de ne pas verser aux intérimaires une prime de demi-treizième mois de 600 €, une contestation collective a obligé l’agence à s’engager à régulariser la situation.

Au moment où la direction de Poissy voudrait sous-traiter des secteurs entiers de l’usine : la sécurité, la logistique, la maintenance ou le transport des véhicules neufs, la grève de MC Syncro peut faire figure d’emblème d’une nouvelle solidarité entre CDI, sous-traitants et intérimaires, pour l’embauche de ces derniers et l’augmentation des salaires. Un véritable danger pour les patrons, une carte à jouer pour les grévistes.

Renault et PSA imposent depuis des années des blocages de salaire. Pour PSA, il n’est pas question de laisser planer l’idée chez les salariés qu’ils peuvent espérer autre chose que les aumônes des NAO (Négociations annuelles obligatoires), négociées par certains syndicats soumis. Pourtant à MC Syncro (comme chez PSA et Renault à une autre échelle), l’argent coule à flots. En 2015, MC Syncro France a versé 10 millions à ses actionnaires, et est assis sur près de 2,5 millions de fonds de réserve après versement des dividendes. Ce seul fonds représenterait une augmentation de près de 2 000 € par mois rien que pour les 109 ouvriers en CDI de MC Syncro France. La richesse existe, il faut donc aller la chercher.

Une grève qui doit faire parler d’elle !

Cette grève a été préparée six mois à l’avance par des discussions entre salariés. Certains ont déjà l’expérience d’une grève en 2010, où ils avaient réussi à imposer en une journée l’embauche en CDI de 15 intérimaires et une prime annuelle de 500 €. Ils l’ont été à nouveau en 2014. Cette fois-ci, pour faire connaître leur bataille, ils ont organisé deux collectes devant PSA Poissy, développé tout un réseau de solidarité et ont reçu de nombreux soutiens financiers de syndicats dont celui de la CGT de Renault Flins.

À la fin de cette quatrième semaine de grève, vendredi 6 janvier, les travailleurs de MC Syncro ont voté la poursuite du mouvement pour la semaine suivante. Mardi 10 janvier, ils passent au tribunal en référé pour faire condamner leur employeur pour non respect du droit de grève. À l’heure où nous écrivons, les grévistes n’ont pas reçu la réponse du tribunal. Deux fois déjà depuis le début de la grève, les ouvriers ont été déboutés. En signe d’aveu que ces accusations sont bel et bien fondées, MC Syncro ne se défend que sur la forme. Les grévistes espèrent qu’une victoire juridique renflouera leur caisse de grève et obligera l’entreprise à ne pas recourir à de la main-d’œuvre pour les remplacer, ce qui peut-être bloquerait la production de MC Syncro et donc celle de PSA Poissy. Un espoir qui peut être déçu, tant il est rare que la justice tranche contre le patronat, même voyou.

Quelle que soit la décision du tribunal, la véritable lutte n’est pas juridique. Pour faire plier MC Syncro, l’intérim et leur donneur d’ordre PSA, la grève des travailleurs de MC Syncro doit se faire connaître le plus largement possible, afficher et populariser ses revendications à PSA Poissy, à Renault Flins. Tant leurs revendications et leur lutte, contre la précarité et pour l’augmentation des salaires, sont aujourd’hui celles de tous les autres salariés du pays et d’Europe.

10 janvier 2017, Hersh RAY & Léo BASERLI

Dernière heure : au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons la fin de la grève.

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Numéro 110, janvier 2017