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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 69, mai-juin 2010

Grèce : la colère populaire est grande

Mis en ligne le 29 mai 2010 Convergences Monde

Le rythme de la mobilisation des travailleurs grecs s’est accéléré depuis l’annonce, début mai, des nouvelles mesures du gouvernement « socialiste ». Les confédérations syndicales du public (ADEDY) et du privé (GSEE) ont appelé à une nouvelle journée de grève générale le mercredi 5 mai, la troisième depuis la fin février, spectaculaire par une participation considérée comme la plus importante depuis la chute de la dictature en 1974.

À Athènes, environ 150 000 personnes ont marché vers le parlement pour exprimer leur colère contre le plan gouvernemental dont l’application entraînera, selon le quotidien national Elefterotypia du 2 mai, une baisse allant jusqu’à 30 % du revenu annuel des travailleurs, actifs ou retraités, des centaines de milliers de licenciements et une « croissance négative » (comme ils disent !) de « moins 4 % ».

Voté au parlement grec par les « socialistes » et les députés du parti d’extrême droite LAOS, le plan gouvernemental prévoit notamment la conversion des 13e et 14e salaires (bien plus faibles qu’en France ou en Allemagne, pour des prix à peine inférieurs) en une prime annuelle de 1 000 euros pour les fonctionnaires et de 800 euros pour tous les retraités, l’introduction d’un « contrat nouvelle embauche » pour les jeunes qui entraînera la baisse du Smic de 711 euros actuels à 595 euros, le passage de 37 à 40 ans de cotisation pour une retraite à taux plein, le calcul des pensions sur la base de toutes les années de cotisation au lieu des 10 meilleures actuellement, le recul de l’âge de départ à la retraite à 65 ans et son indexation sur la progression de l’espérance de vie à la naissance, l’indexation du montant des pensions sur la situation financière des caisses de sécurité sociale, la libéralisation des licenciements, la baisse des indemnisations de licenciement et une nouvelle hausse de deux points de la TVA.

Ces nouvelles mesures ont fait monter d’un cran la colère. Ainsi, le 5 mai, outre la massive participation à la manifestation d’Athènes – et de bien d’autres villes du pays –, des centaines de travailleurs des cortèges qui confluaient sans cesse sur la place de Syntagma ont tenté de s’introduire dans le parlement grec sous les cris de milliers de manifestants : « Voleurs », « Au feu le parlement », « Le peuple demande l’emprisonnement des responsables », « Démissionnez ! ». Colère contre les banquiers aussi : la présence du PDG de la banque Marfin, devant l’agence incendiée, a provoqué l’indignation de centaines de manifestants qui l’accusaient de la mort des trois salariés (contraints à venir travailler sous peine de licenciement, et quasiment bouclés sans issue de secours). Le PDG a été finalement évacué grâce à l’intervention des CRS, sous les huées et les cris de « voyou », « assassin », « voleur ».

Le climat de mécontentement est tel que les centrales syndicales du public et du privé ont appelé à une manifestation le lendemain, jeudi 6 mai, pour protester à nouveau contre le plan gouvernemental et « condamner l’acte criminel qui a coûté la vie à trois de nos collègues ». En même temps ce 6 mai, l’OTOE, la fédération syndicale du secteur bancaire, appelait à une journée de grève pour protester contre les vrais responsables de la mort des trois salariés : la politique gouvernementale et les pratiques des directions des banques qui tentent d’empêcher la participation des travailleurs aux manifestations. Plus de trente mille personnes ont répondu à l’appel des confédérations et manifesté dans le centre ville d’Athènes.

Manœuvres syndicales contre un « tous ensemble »

Toutefois, la direction de la GSEE (Confédération du privé) dominée par PASKE, la tendance syndicale liée au parti socialiste grec, fait tout pour contenir la colère des travailleurs et éviter la convergence entre les salariés du privé et du public. Elle n’avait pas appelé à rejoindre la journée de grève du 22 avril annoncée par l’ADEDY contre le plan d’austérité et la réforme des retraites. Selon Panagopoulos, président de la GSEE, « la journée du 22 avril est importante pour les fonctionnaires », mais « il faut d’abord étudier le projet de réforme des retraites et ensuite appeler à la grève ». Le même Panagopoulos déclarait par ailleurs le 26 avril que « le secteur privé ne doit pas être touché par les mesures car il incarne le seul espoir qui nous reste ». La direction de la GSEE tente de faire croire aux travailleurs du privé qu’ils sont à l’abri des mesures qui frappent les fonctionnaires et que son intervention, armée d’arguments et de chiffres, rendrait toute coupe dans leurs 13e et 14e salaires improbable. Quelques jours plus tard, et malgré l’annonce des mesures frappant aussi bien le privé que le public, la GSEE appelait à 24 heures de grève le 5 mai alors que l’ADEDY appelait à 48 heures.

Les mots d’ordre des deux confédérations sont en apparence radicaux. Elles exigent le retrait de la réforme des retraites et de toutes les mesures annoncées, l’interdiction des licenciements. Mais elles demandent en même temps au gouvernement le sauvetage de l’économie par une meilleure négociation des termes de l’emprunt, la mise en place d’un plan de relance et le rejet des mesures imposées par le FMI. Pour la GSEE, il faut surtout sauver le pays, et les travailleurs ne devraient pas en être les seuls sacrifiés. Elles désignent comme responsables de la crise non pas le système capitaliste mais quelques voyous qui ont pillé les richesses nationales. Elles demandent au gouvernement le changement des lois qui protègent les députés afin de juger ceux qui sont responsables du pillage des finances publiques.

Des opposants à gauche, tonitruants… mais strictement électoralistes

La politique du Parti communiste grec (KKE) ne facilite pas l’union pour la riposte. Son discours sonne radical et « lutte de classe », ses slogans et tracts dénoncent le système capitaliste et le choix du gouvernement de faire payer la dette et la crise au « peuple grec ». Toutefois, depuis le début du mouvement, le PAME, tendance syndicale liée au KKE, appelle systématiquement les travailleurs à des manifestations séparées et refuse toute coordination du mouvement. Lors de la manifestation du 22 avril à Athènes, les membres du KKE ont formé une chaîne humaine pour que les travailleurs du cortège de leur tendance PAME ne convergent pas avec ceux des deux centrales syndicales. Significatif aussi, le KKE a refusé l’appel de SYRIZA, coalition de la Gauche Radicale, à l’organisation d’un rassemblement commun le 1er mai. Le KKE accuse les « monopoles » d’être responsables de la crise, demande leur « socialisation », la sortie du pays de l’UE et de l’OTAN et la construction d’un front populaire de tous les travailleurs, artisans, commerçants et paysans. Un cadre du parti déclarait au journal Elefterotypia du 2 mai que le KKE pourrait devenir « le débouché de la colère populaire ». Un programme davantage destiné à lui apporter des voix de mécontents et de nationalistes à de prochaines élections qu’à offrir des perspectives à l’actuelle mobilisation montante des travailleurs qu’au contraire il s’attache à affaiblir en la divisant.

Quant à SYRIZA, coalition de gauche radicale, elle ne polémique pas avec le KKE sur le meilleur terrain puisqu’un de ses députés a accusé le Parti communiste de vouloir faire sortir le pays d’une Union Européenne qui selon SYRIZA aurait « tellement contribué au développement du pays ». SYRIZA, dont la composante la plus importante, SYNASPISMOS, fait partie de la Gauche Européenne, continue à déplorer la perte de souveraineté nationale, l’absence d’une Europe sociale et solidaire qui prêterait à un taux avantageux aux pays en difficulté et milite pour la relance d’une économie socialement et écologiquement utile. Cette coalition exige la renégociation de la dette et propose une « autre gestion de la crise », qui consiste à taxer le capital spéculatif et, dans la même lignée patriotique que le KKE, à utiliser les réserves de la banque centrale grecque pour arrêter le pillage de la richesse nationale par les investisseurs étrangers. Au mieux des phrases. Rien sur les moyens à employer pour faire ployer patronat et gouvernement. SYRIZA ne dépasse pas le cadre institutionnel et son orientation reste électoraliste. Ainsi, un communiqué de presse du 11 mai affiche pour priorité la construction d’une « nouvelle majorité sociale et politique » qui « mettrait fin à la soumission au FMI » et « à l’attaque contre les travailleurs ».

Quelles perspectives ?

Le mercredi 11 mai, hors grève, 10 000 personnes se sont encore rassemblées à Athènes à l’appel des deux confédérations syndicales. La pression est telle que GSEE et ADEDY ont décidé d’appeler à une nouvelle journée de grève générale le jeudi 20 mai.

Lors de la manifestation du 5 mai, une banderole déployée sur le Parthénon à Athènes (par des militants du Parti communiste KKE) disait « Peuples d’Europe, soulevez-vous ! ». Si elle a fait à sa manière le tour d’Europe par médias interposés, c’est qu’elle indique effectivement la voie à suivre : un appel à révolte généralisée des classes populaires d’Europe et d’ailleurs. Mais qui, en Grèce, peut vouloir se donner les moyens de relever ce gant et d’aider les travailleurs à lancer l’appel (pas seulement suspendre banderole) à la guerre sociale, par-delà les frontières ?

12 mai 2010

Stéphane BESSON

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