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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 82, juillet-août 2012

General Motors - Strasbourg : L’appel aux sacrifices pour sauver l’emploi…

Mis en ligne le 3 juillet 2012 Convergences Entreprises

Le 9 mai dernier, la direction de General Motors Strasbourg a fait savoir qu’elle envisageait de vendre ce site qui emploie 1 000 salariés à la production de boîtes de vitesses. C’est la seconde fois que le groupe automobile américain fait le coup à ses salariés de Strasbourg.

La première était en 2008 : le géant automobile américain, frappé par la crise des subprimes, avait été déclaré en faillite. En France, il transférait son site de Strasbourg à une société de liquidation créée à cet effet, la Motors Liquidation Company (MLC). Aujourd’hui, largement renfloué par l’État américain (merci Obama), GM a réalisé les plus gros profits de son histoire (7,6 milliards de dollars en 2011) et a même trouvé quelques millions à investir dans une prise de participation dans le capital de PSA. Mais rebelote.

Car le but même de l’alliance PSA-GM est de faire des économies d’échelle sur leurs activités européennes, à coup de réductions d’effectifs (comme dans les centres techniques PSA) ou de fermetures : Opel Bochum en Allemagne, PSA Aulnay et Sevelnord en France sont donc dans la ligne de mire en plus de General Motors Strasbourg.

Le bon vieux chantage

Après 2008, l’usine General Motors de Strasbourg avait connu une année de quête d’un éventuel repreneur. Puis, en 2010, coup de théâtre, l’ancienne maison mère, General Motors Corporation (GMC), amplement ressortie de sa prétendue dèche grâce à l’argent du contribuable américain, décidait de la racheter à la société de liquidation pour un euro symbolique. La véritable addition, c’était aux travailleurs qu’on allait la faire payer puisque la maison mère mettait comme condition à sa reprise une baisse de 10 % des « coûts de production » : les salariés devaient renoncer à sept jours de RTT, à toute prime d’intéressement, avec des salaires gelés jusqu’en 2013. En échange, GMC promettait de maintenir la production jusqu’en 2014 et développer de nouveaux projets pour la pérenniser au-delà.

Pour faire passer ce chantage à l’emploi, un référendum avait été organisé autour d’une question truquée : « Pour ou contre la pérennité du site ? ». La crainte du chômage a permis à la direction d’obtenir 70 % de « oui ». Les élus locaux (y compris socialistes) avaient fait eux aussi pression sur les travailleurs pour qu’ils acceptent les sacrifices demandés. La signature des syndicats était de plus exigée (seule la CGT a refusé).

Les promesses s’envolent, les sacrifices restent

Mais de la pérennité promise on n’a pas vu la couleur. Le centre technique que comportait le site, censé bûcher sur de « nouveaux projets », a travaillé en réalité à 90 % que pour d’autres sites, tandis que les investissements sont restés en rade. En revanche, ce qui a été pérennisé, c’est le plan de départs « volontaires » qui a continué à vider l’entreprise de ses travailleurs. De 1 700 travailleurs en 2005, GM Strasbourg est descendu à 1 000 aujourd’hui, dont à peine 400 à la production.

Le 9 mai dernier, lors d’un Comité d’entreprise extraordinaire, la direction a annoncé qu’elle envisageait une nouvelle fois de vendre le site. Finies les promesses de 2010, les « projets industriels » et les « carnets de commandes pleins jusqu’en 2014 » : il y a à la place d’un côté l’accord avec PSA, de l’autre les 300 millions investis au Brésil pour y implanter une usine de... boîtes de vitesse.

Les travailleurs mettent la quatrième vitesse

Pour la CGT de l’entreprise, il est clair que celle-ci était promise à la fermeture depuis longtemps. Maintenue seulement le temps d’honorer, au moindre coût, les commandes en cours de BMW, son principal client. BMW privilégiant désormais des boîtes à huit ou neuf vitesses pour lesquelles GMC n’a pas investi un centime à Strasbourg, la promesse de maintien de l’emploi devient tout bonnement caduque.

Pas plus que des promesses des patrons, les travailleurs n’ont rien à attendre des élus locaux du Parti socialiste qui se sont précipités pour les voir le temps des élections législatives. Sur ce terrain aussi, ils sont vaccinés.

Ne pouvant compter que sur eux-mêmes, les travailleurs de Strasbourg, tous services confondus, ont cessé le travail le mardi 12 juin. En assemblée générale, ils y ont voté leurs revendications : maintien des emplois et de tous les acquis jusqu’en 2020 ainsi qu’un fond de garantie de 250 millions d’euros. Pour les imposer, ils savent qu’ils devront reprendre le chemin de la lutte. Le 28 juin une délégation de GM devrait venir à Paris se joindre au rassemblement organisé par les ouvriers de PSA Aulnay.

Dans la région de Strasbourg, GM n’est pas le seul menacé. Il y a toutes les activités annexes des sous-traitants et de bien d’autres entreprises ; 6 000 emplois menacés dans la région. Les ouvriers de la papeterie Stracel se battent depuis plusieurs mois contre une menace de fermeture. Ceux de l’usine de Translohr (voisine de GM), bloquaient l’A35 le jeudi 7 juin lors de l’annonce d’un dépôt de bilan. Changement de scénario, l’usine a été rachetée par Alstom mais risque de perdre 200 emplois sur 941.

L’histoire de GM Strasbourg, sacrifices imposés sous prétexte de « sauver les emplois » suivis d’une menace de fermeture après quelques années de profit supplémentaires, rappelle étrangement un autre scenario : celui de Continental, dont les travailleurs avaient, en 2009, enflammé un petit coin de Picardie et bien au-delà, donnant des sueurs froides aux patrons et à quelques attachés ministériels... Les travailleurs de GM pourraient bien prendre le relais et, dans le contexte actuel, se montrer bien plus dangereux encore, s’ils réussissent, avec ceux d’Aulnay, de Translohr, d’Air France et tant d’autres, à lier leur lutte à celle de toutes les entreprises aujourd’hui menacées, voire en faire le point de départ d’une lutte plus vaste dans laquelle les forces des travailleurs se décupleront.

22 juin 2012

Hugo WEBER

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