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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 95, septembre-octobre 2014

Ferguson (États-Unis) : La population s’empare de la rue pour réclamer justice

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Monde

Le samedi 9 août, aux environs de midi, Ferguson − une petite ville de la banlieue de Saint-Louis, dans le Missouri – a été le théâtre d’une scène bien trop fréquente : un flic a tué de sang-froid un jeune Afro-Américain désarmé, Michael Brown. La population de Ferguson est descendue dans la rue, et la contestation s’est répandue un peu partout dans le pays.

Âgé de 18 ans, Michael Brown a été tué par un flic blanc parce qu’il marchait sur la chaussée. Lui et son ami ont ignoré l’ordre donné par l’officier de police Darren Wilson de monter sur le trottoir. Le flic l’a alors agrippé et a commencé à l’étrangler. Quand Brown a tenté de se dégager, le flic a tiré. Dans la confusion, les deux jeunes se sont mis à courir. Wilson est alors sorti de sa voiture et a tiré sur Brown. Celui-ci s’est alors retourné et a crié : « Ne tirez pas ! ». Il a reçu au moins six balles. Les quatre premières l’ont atteint dans le bras et l’épaule droits. D’après des témoins, Brown est alors tombé à genoux, penché en avant en signe de soumission. Alors que Brown était encore en vie, Wilson lui a tiré deux autres balles dans la tête.

Les secours n’ont pas été appelés pour sauver le jeune homme : Michael Brown a été laissé agonisant dans la rue, pendant quatre heures ! L’équivalent d’un lynchage légal. La colère s’est amplifiée et les gens se sont rendus à la station de police, réclamant que le flic soit inculpé et arrêté. (Plus d’un mois après, ce dernier est toujours en liberté en dehors de la ville et perçoit son salaire.) Pendant les semaines qui ont suivi, jour après jour, les gens sont descendus dans la rue. Les forces de police de toute la zone ainsi que la garde nationale du Missouri ont été mobilisées contre la population, faisant de Ferguson une zone de guerre. Munies d’équipements de combat dernier cri, les forces armées ont envahi la zone et se sont largement déployées, terrorisant les gens dans la rue et chez eux avec des véhicules blindés, des grenades éclairantes, des gaz lacrymogènes, des bombes assourdissantes, des balles en caoutchouc et des munitions pour tirs réels.

Cette démonstration de force n’a pas suffi à décourager la population. Les autorités ont tenté de déplacer leurs forces pendant le jour encourageant les marches pacifiques et décrétant le couvre-feu le soir, attaquant et arrêtant tous ceux qui le violaient. Aucune de leurs manœuvres n’a eu d’effet immédiat.

Les jeunes Afro-Américains se retrouvent face à une police blanche à 94 %. La police de Ferguson, tout comme le reste des institutions locales, est un vestige des années 1990, quand la ville était blanche à 73,8 %. Le maire est blanc. La Commission d’enseignement est composée de six membres blancs et d’un Hispanique. Il n’y a qu’un seul Afro-Américain au Conseil municipal dans une ville qui est aujourd’hui à 67,5 % composée d’Afro-Américains.

La violence policière s’étend partout aux États-Unis. Les statistiques mêmes collectées par le FBI montrent que, durant les sept années qui ont précédé 2012, aux États-Unis, près de deux fois par semaine, un policier blanc a tué un Afro-Américain…

De soi-disant leaders de premier plan de la communauté afro-américaine, Al Sharpton et Jesse Jackson, se sont dépêchés de se rendre à Ferguson. Les gens qui étaient dans les rues n’ont pas écouté leurs appels au calme ou à canaliser leur colère vers l’élection d’Afro-Américains. Les gens ont vu des Afro-Américains accéder à des fonctions électives mais les conditions de vie ont peu changé et, en réalité, n’ont fait qu’empirer au cours des dernières décennies.

Eric Holder, le Procureur général d’Obama, est venu s’engager à ce que justice soit rendue. Mais les investigations sont menées en secret et servent souvent à couvrir ce genre de crimes. Avec le battage qui a été fait, il est possible que le meurtrier de Michael Brown soit traduit en justice et peut-être même reconnu coupable (avec la certitude que ce jugement sera discrètement cassé plus tard). 

10 septembre 2014, Ken BUTLER


Un exemple des discriminations et du harcèlement systématique de la population noire : les amendes délivrées aux conducteurs et aux habitants

À Ferguson, lors d’un contrôle, un Afro-Américain a presque deux fois plus de chances d’être fouillé qu’un Blanc (12,1 % contre 6,9 %) et deux fois plus de chances d’être arrêté (10,4 % contre 5,2 %). Les fouilles d’Afro-Américains aboutissent à la découverte de produits illicites seulement dans 21,7 % des cas, contre 34,0 % dans le cas de Blancs.

On pourrait croire qu’il ne s’agit que de tracasseries. Mais c’est plus que cela. Les véhicules sont souvent saisis, ce qui empêche d’aller au travail. Et manquer un jour peut entraîner le licenciement. Ne pas pouvoir payer une amende a pour conséquence une augmentation considérable de la somme due et, en fin de compte, un séjour en prison.


Qu’est-ce que la Garde nationale ?

Chaque État possède sa propre Garde nationale, partie intégrante de la réserve de l’armée américaine. Elle est placée sous le contrôle du gouverneur mais peut passer sous contrôle fédéral avec l’accord de ce dernier et ses membres peuvent partir se battre hors des États-Unis, comme ce fut le cas au Vietnam, en Amérique centrale, ou encore, pour beaucoup de soldats, en Irak et en Afghanistan.

La Garde nationale est une force militaire destinée aux urgences, pour répondre en principe à des situations de crise causée par les inondations, les ouragans, les tornades, les tempêtes de vent ou de neige… prévenir les pillages. Mais, comme toute force armée d’État, elle peut aussi être utilisée contre la population.

La Garde nationale est devenue davantage qu’une simple force organisée après la grande grève du Rail de 1877 − une grève massive qui s’était propagée le long des voies ferrées depuis la Virginie occidentale jusqu’à Saint-Louis et Chicago. Souvent, la police locale ne voulait ou ne pouvait pas se battre contre les grévistes. On avait fait appel aux troupes fédérales qui s’étaient déployées de ville en ville : il leur avait fallu 45 jours pour écraser la grève. Depuis, cette dernière a été utilisée de nombreuses fois contre la population – durant les émeutes urbaines des années 1960, contre le mouvement étudiant anti-guerre (il y a eu, dans l’État du Kent, quatre morts et neuf blessés) ; à Berkeley, après que la police eut tué un homme dans les combats de People’s Park ; en 1992, à la suite des incidents de Rodney King, qui firent cinq morts. Plus récemment, en 2005, elles ont constitué la principale force d’occupation à la suite de l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans conjointement à Blackwater [1], tuant et terrorisant un nombre inconnu de personnes. 


À Ferguson… et ailleurs

Régulièrement, des flics tuent de sang-froid, devant de nombreuses personnes témoins de leurs méfaits, ces derniers étant parfois filmés comme dans le cas d’Oscar Grant, à Oakland, qui a été tué le 1er janvier 2009 devant des centaines de témoins par un flic agenouillé au-dessus de lui. La réponse des flics avait été de tenter de confisquer les téléphones mobiles et de terroriser les témoins les plus proches. Le policier bourreau a quitté l’État après le meurtre, continué à percevoir sa paye ; il a fini par être traduit en justice avant d’être acquitté après avoir prétendu qu’il croyait se servir d’un taser et non de son revolver.

C’est toujours la même histoire. Quelques jours après le meurtre de Michael Brown, un Afro-Américain agité qui brandissait un couteau a été tué de sang-froid près de Saint-Louis, à huit kilomètres de Ferguson. À New York, le 17 juillet, Eric Garner, père de six enfants et grand-père de deux autres, membre bien connu de sa communauté, est mort étranglé sous les mains d’un flic newyorkais qui appliquait la technique de strangulation, explicitement interdite. La liste n’en finit pas et les flics restent en liberté.


[1Blackwater Worldwide est une armée privée créée aux États-Unis en 1997 dont les mercenaires ont terrorisé les populations en Irak, en toute impunité. Quelques jours après que l’ouragan Katrina eut dévasté la Nouvelle Orléans en 2005, 600 mercenaires de Blackwater ont été déployés dans la ville pour renforcer la Garde nationale. Le reporter américain Jeremy Scahill a dénoncé les exactions de cette puissante milice privée dans Blackwater. L’ascension de l’armée privée la puissante du monde.

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Numéro 95, septembre-octobre 2014