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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 16, juillet-août 2001 > DOSSIER : Révolte en Kabylie, révolte en Algérie

DOSSIER : Révolte en Kabylie, révolte en Algérie

FLN : du parti unique à la dictature militaire

Mis en ligne le 1er août 2001 Convergences Monde

Même s’il proclame dans la constitution de 1962 la « République algérienne démocratique et populaire », dès le début le pouvoir du FLN a été une dictature. C’est la conséquence logique de ce qu’était le FLN, dès sa fondation en 1954, quand il lance l’insurrection armée contre l’impérialisme français. C’est dans la droite ligne de sa politique pendant la lutte d’indépendance qu’il a dirigé de façon dictatoriale sans tolérer d’opposition ni chercher à donner le moindre droit de contrôle à la population.

Un programme nationaliste

Les dirigeants du FLN étaient des nationalistes, certes radicaux dans leurs méthodes, la lutte armée. C’est précisément dans ce sens qu’ils se disaient « révolutionnaires ». Il était parfois question aussi, dans leurs discours, d’une future république sociale, voire « socialiste ». Mais il n’etait en rien un parti de la lutte sociale. Même si l’immense majorité des combattants étaient des paysans pauvres, il n’avançait aucun programme social, ni agraire ni autre. Il rejetait même explicitement la lutte des classes, coupable selon lui d’exprimer des intérêts particuliers, corporatistes, au détriment de l’unité nationale.

Ce programme nationaliste radical, mais pas du tout socialiste, trouvait aussi sa traduction dans les méthodes du FLN. La lutte armée et le terrorisme permettaient de justifier l’absence d’expression de divergences politiques.

Un appareil clandestin organisa et prit la tête de la révolte du peuple algérien, mais ce n’était pas pour lui laisser prendre l’initiative, encore moins exprimer des intérêts de classe. Il voulait contrôler la population tout en restant lui-même incontrôlable. Et bien sûr, il n’était pas question de tolérer la moindre concurrence politique. Le FLN assassina systématiquement les militants du MNA de Messali Hadj, le parti nationaliste rival, mais aussi certains des siens comme Abane Ramdane, coupable de contester la primauté du militaire sur le politique. Quant au PCA (le Parti Communiste Algérien), il fut sommé de se dissoudre et ses militants d’intégrer individuellement le FLN ou disparaître.

L’armée au pouvoir

Le 1er juillet 1962, la population algérienne fête dans l’enthousiasme l’indépendance. Mais le nouvel Etat algérien mis en place par le FLN n’est pas le sien. Il n’est même pas celui des combattants contre l’impérialisme français. Les maquisards qui ne l’auraient pas compris assez vite sont écrasés par l’armée des frontières (un appareil militaire cantonné jusque là à l’abri de coups des troupes françaises, mais destiné à jouer un rôle capital au moment de la victoire).

Aussitôt les rivalités pour le pouvoir s’exacerbent au sommet du FLN. Le GPRA de Mohammed Khedah s’oppose à Ben Bella soutenu par Boumedienne, le chef de cette « armée des frontières ». La population n’est pas l’arbitre de cette rivalité, et d’ailleurs aucun dirigeant nationaliste ne l’invite à s’en mêler ! C’est la force armée qui tranche : Boumedienne impose Ben Bella. Par la suite, la plupart de chefs historiques du FLN sont écartés et arrêtés : Keddah, Khidder, Aït Ahmed, Boudiaf… Jusqu’à ce qu’en 1965, l’armée décide de mettre son chef directement à la tête de l’Etat : les blindés investissent les rues d’Alger, Boumedienne jette Ben Bella en prison, pour 15 ans. La dictature montre son vrai visage : la domination d’un appareil militaire, construit à l’époque de la guerre d’indépendance, sur une population sans droits ni libertés politiques. Depuis, c’est la même dictature militaire qui détient totalement et exclusivement les rênes du pays.

Un socialisme contre les travailleurs

Le nouveau régime bénéficie pourtant d’un réel soutien populaire à ses débuts. Les atrocités commises par l’armée coloniale française, le courage des combattants de l’ALN (l’armée du FLN) y sont pour beaucoup. De fait le régime du FLN n’est pas de même nature que les Etats croupions laissés derrière lui par l’impérialisme français, dans le reste de l’Afrique. Il est issu d’une guerre de libération et la nationalisation du pétrole en 1971 est aux yeux de la population le symbole d’une relative indépendance.

Mais les dirigeants nationalistes n’en sont pas moins méfiants et la classe ouvrière est spécialement surveillée. Le syndicat fondé par les nationalistes en 1956, l’UGTA, réclame désormais son autonomie. Pour Ben Bella qui s’exprime lors de son premier congrès en 1962, c’est de « l’ouvriérisme » ! Au 2e congrès l’année suivante, les grèves sont interdites… Le syndicat est rapidement transformé en courroie de transmission du pouvoir.

Parti unique, représentant de « toute la nation », le FLN reprend la politique de bien d’autres dictatures « socialistes » de l’époque : industrialiser sur le dos de la population. En fait de socialisme, il y a seulement une propagande pour demander des sacrifices aux travailleurs des villes comme des campagnes, pour prétendre que les efforts d’aujourd’hui serviront à donner un avenir aux générations suivantes et pour encadrer cette population par des organisations dites de masse, femmes, jeunes, paysans… Mais le régime n’est pas seulement la dictature d’un parti unique, le FLN. C’est bien celle d’une classe dirigeante bourgeoise, essentiellement la caste militaire, liée à l’impérialisme qui maintient de fait sa domination.

Bernard RUDELLI

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