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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 81, mai-juin 2012

Élections législatives en Grèce : le désaveu cinglant des partis de gouvernement

Mis en ligne le 19 mai 2012 Convergences Monde

Les élections législatives du 6 mai en Grèce auraient presque volé la place de vedette à François Hollande. Séisme, crise politique, valses des places boursières, sortie de la Grèce de la zone Euro... L’attention de tous les dirigeants politiques de l’Union européenne s’est portée, une fois de plus, sur la Grèce, tous s’inquiétant que les deux principaux partis de gouvernement, le Pasok (parti socialiste grec) et la Nouvelle démocratie (droite), artisans de l’austérité, n’aient pu obtenir à eux deux une majorité absolue de sièges à l’assemblée nationale. Le spectre de la formation d’un gouvernement qui ne respecterait pas les clauses d’austérité fixées par le mémorandum de l’Union européenne, du FMI et de la BCE hantent les dirigeants de l’Union européenne. Le peuple grec a voté… mais pas comme l’espéraient les dignes représentants de la finance.

Une claque pour les socialistes et les conservateurs

Pourtant le désaveu est sans appel. Le Pasok passe de 43 % des voix en 2009 à 13,2 %, soit 41 sièges. La Nouvelle démocratie passe de 33,4 % à 18,8 %. Malgré une baisse considérable, cela fait d’elle le premier parti qui bénéficie donc de 50 sièges supplémentaires, soit un total de 108 sur les 300 disponibles. En mars dernier, la coalition de ces deux partis avait adopté de nouvelles mesures draconiennes d’austérité comme la diminution de 22 % du salaire minimum*. Et ils ne comptent pas s’arrêter là ! Alors que les salaires, lorsqu’ils sont payés, ont déjà fortement diminué, le prix du fioul domestique va augmenter de 40 % en octobre et ceux de l’eau, de l’électricité et des transports de 25 %. Pas étonnant que le rejet de cette politique d’austérité se soit exprimé massivement dans les urnes.

L’autre perdant est le parti d’extrême droite, le Laos, qui paie le prix de son court passage dans cette coalition gouvernementale. Le Laos, qui avait obtenu 5,63 % des voix et 15 élus en 2009, ne franchit pas la barre des 3 % nécessaires pour l’obtention d’un siège. En revanche, les voix de l’électorat d’extrême droite se sont portées sur l’Aube dorée, une organisation néo-nazie, passant de 0,3 % en 2009 à 7 % en 2012 avec quelque 21 députés. Connue pour ses violents coups de force de plus en plus fréquents depuis deux ans contre les travailleurs immigrés, mais aussi contre les militants de gauche, ses militants organisent dans les quartiers défavorisés du centre d’Athènes des rondes pour bastonner les immigrés, accompagner des personnes âgées à la banques ou encore se substituer à la police. Cette politique a déjà permis à l’organisation d’obtenir un siège au conseil municipal d’Athènes en recueillant 5 % des voix en 2010 et jusqu’à 20 % dans certains quartiers défavorisés. Si globalement le poids de l’extrême droite augmente peu, passant de 15 à 21 sièges et de 6 % à 10 %, le déplacement des voix du Laos vers l’Aube dorée et ses méthodes brutales est inquiétant.

Syriza ou « la révolution pacifique »

Finalement, le grand gagnant de ces élections est Syriza (coalition de la gauche radicale). Avec 16,8 % des voix – près de quatre fois plus qu’en 2009 ! – et 52 sièges, cela fait d’elle la première force politique à gauche. C’est donc à elle, après l’échec de la Nouvelle démocratie dans cette tentative, qu’est d’abord revenue la charge de former un gouvernement de coalition. Syriza s’est présentée sur un programme électoral revendiquant l’annulation de toutes les mesures d’austérité mises en œuvre par le Pasok et la Nouvelle démocratie, un moratoire sur le remboursement de la dette, une modification des institutions et l’introduction d’une vraie proportionnelle aux élections. Bien sûr, cela tranche avec la politique précédente. Et nombreux sont les travailleurs qui ont exprimé leur refus de continuer à subir l’austérité à travers le vote pour Syriza. Mais cela reste une perspective qui s’inscrit strictement dans le cadre parlementaire. D’ailleurs, le chef de file de Syriza, Alexis Tsipras, se garde bien de donner aux travailleurs qui ont porté leur voix sur lui l’objectif de renforcer les luttes nombreuses qui ont secoué le pays depuis le début de cette crise. De la grève des ouvriers des aciéries en banlieue d’Athènes, à l’occupation de l’hôpital de Kilkis par les agents hospitaliers et celle des employés du journal Eleftherotypia, impayés depuis des mois, les initiatives populaires sont nombreuses. Comme cette « révolution des patates », ces producteurs qui viennent distribuer leur production de pommes de terre, d’huile ou de riz dans les quartiers les plus déshérités des grandes villes. Pour tous ces travailleurs en lutte, qui développent des liens de solidarité étroits, la seule perspective serait-elle de placer le bon bulletin dans l’urne ? Pour Alexis Tsipras, oui ! Et il ne s’en cache pas, se félicitant même de ce « message de révolution pacifique » que sont les élections.

L’impasse des urnes

Quoi qu’il en soit, malgré sa volonté de gérer les affaires, Syriza n’a pas pu constituer une coalition majoritaire. L’autre principale force politique à la gauche du Pasok, Le KKE, parti communiste grec qui a obtenu 8,5 % des voix et 26 élus, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne s’allierait pas à Syriza. Ce n’était de toute façon pas suffisant. La Grèce se dirige donc visiblement vers de nouvelles élections législatives au mois de juin. Les dirigeants de la Troïka espèrent certainement que, cette fois-ci, les travailleurs voteront « bien », c’est à dire pour le Pasok ou la Nouvelle démocratie. C’est pourtant bien le contraire qui pourrait se produire.

Cet épisode électoral, s’il est significatif du refus des travailleurs grecs de l’austérité qui leur est imposée depuis trois ans, montre bien que la crise ne se dénouera pas dans les urnes, ni à l’assemblée, mais par la lutte collective. C’est cette perspective que seule l’extrême gauche incarne, présente sous plusieurs listes à ces élections. Sa liste ayant obtenu le meilleur score, l’Antarsya n’a recueilli que 1,2%. Mais les luttes, grèves et occupations qui se succèdent de façon continue, la solidarité entre les travailleurs qui se développe, sont autant d’occasions qui se présentent à elle pour intervenir sur un tout autre terrain que celui des institutions parlementaires.

Le 11 mai 2012

Arthur KLEIN


L’extrême gauche grecque

L’extrême gauche en Grèce est extrêmement morcelée en une multitude d’organisations maoïs­tes, trotskistes ou d’alternatifs, mais dépassant rarement le stade de petit groupe. Il y avait néanmoins, aux élections législatives, au moins trois listes trotskistes ou qui comprenaient un groupe trotskiste.

  • La liste d’extrême gauche ayant recueilli le plus de voix est l’Antarsya, acronyme grec pour Front de la gauche anticapitaliste pour le renversement. Ce n’est pas une organisation trotskiste à proprement parler mais une coalition fondée en mars 2009 après la révolte de la jeunesse de fin 2008 par dix organisations, dont l’éventail va de fractions du PC grec, aux trotskistes en passant par les maoïstes. Antarsya est passée de 0,4 % des voix en 2009 à 1,2 % en 2012. Cette hausse s’explique par une campagne combative centrée sur des revendications générales du monde du travail comme l’interdiction des licenciements, un salaire minimum de 1 400 euros, une semaine de travail de 35 heures sans réduction de salaire, la nationalisation sans compensation et sous contrôle ouvrier du système bancaire, des entreprises à l’arrêt et des services public. Néanmoins, son intervention dans les luttes reste marginale et sa perspective politique principale reste essentiellement de construire un front de la gauche encore plus large, y compris avec le KKE et Syriza.
  • L’OKDE Ergatiki Pali, Organisation communiste internationaliste de Grèce-Lutte ouvrière (à ne pas confondre avec l’ODKE Spartakos, section grecque de la Quatrième internationale qui fait toujours partie d’Antarsya), a également présenté une liste qui a recueilli 0,03 %. L’OKDE a participé à la fondation d’ANTARSYA les trois premiers mois, mais s’est opposée à sa politique de front large avec la gauche. Ses militants mettent en avant l’importance de développer l’auto-organisation dans tous les secteurs.
  • L’EEK (Parti Ouvrier Révolutionnaire) est une organisation trotskiste qui a présentée une liste recueillant 0,10 % des suffrages. L’organisation fait parti du comité de coordination pour la refondation de la Quatrième internationale.

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